Le Cahier à fleurs, T2 - Par L. Galandon et V. Nicaise - Editions Bamboo

22 mars 2011 0 commentaire
  • Suite et fin de l'épopée tragique consacrée par Laurent Galandon et Viviane Nicaise au génocide arménien. Un télescopage douloureux et sensible entre petite et grande histoire.

Nous avions laissé Maraynouche et son frère, deux jeunes Arméniens entraînés malgré eux au cœur du génocide et prisonniers d’une famille turque . Cette épopée tragique racontée par Dikran, seul rescapé des événements trouve aujourd’hui son dénouement dans ce second tome.

La première partie de cette histoire nous présentait les deux enfants musiciens, d’abord dans leur quotidien puis très vite dans les bouleversements de cette année terrible. Déportés par les autorités turques, fuyant la haine et les massacres les deux enfants sont « recueillis » et surtout... exploités par Oktar paysan inculte et sauvage, véritable terreur de la famille et du village. Si Maraynouche joue à nouveau du violon, elle subit comme son frère, les brutalités du paysan . Faute de partition, elle écrit un morceau dans le cahier à fleurs.

Salim est attiré par l’adolescente et supporte de moins en moins l’attitude de son père à l’égard de la jeune femme dont le ventre s’arrondit : elle attend un enfant d’Oktar ! Dans cette Anatolie de début du XXe siècle, le frère et la sœur vont, de péripéties en anecdotes tragiques, traverser un des épisodes les plus sanglants de l’histoire en empruntant des voies bien différentes. Si Dikran réussit à échapper à son bourreau et fuir la Turquie, sa sœur elle, connaitra une fin beaucoup plus tragique.

Le récit du garçon devenu aujourd’hui un vieillard fragile permet au jeune violoniste turc Hasmet, de découvrir la face cachée de l’histoire officielle mais aussi... une partie de ses origines familiales. Le jeune musicien, décidé à récupérer la partition musicale (Le Cahier à fleurs) s’aperçoit à quel point ses origines sont liées à l’itinéraire du vieil Arménien. Le lecteur découvre au fil du récit l’implacable mécanique de ce qui sera désigné bien plus tard comme un crime contre l’humanité.

Le Cahier à fleurs, T2 - Par L. Galandon et V. Nicaise - Editions Bamboo

Si le premier épisode nous décrivait en détails la mise en place du processus génocidaire, cette seconde partie dévoile les origines du musicien et nous fait approcher les blessures profondes et intimes générées par "la grande histoire".

Une fois de plus Laurent Galandon parvient à mêler histoire officielle et destins individuels avec talent et efficacité. Comme pour la Guerre d’Algérie ou la France de l’Occupation avec l’Envolée sauvage, le scénariste nous décrit comment les événements chamboulent voire détruisent les histoires personnelles. S’il force parfois le trait pour certains personnages, au risque de verser dans la caricature (avec personnage d’Oktar notamment), l’ensemble reste parfaitement crédible et pénétré par une vraie sensibilité.

La justesse du trait de Viviane Nicaise contribue beaucoup à susciter l’émotion et l’intérêt pour cette histoire. D’un trait délicat, la dessinatrice parvient avec élégance et réalisme à restituer toute l’émotion, les ambiances qui se dégagent de ce récit particulièrement fort à mettre entre toutes les mains.

(par Patrice Gentilhomme)

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Le Cahier fleurs © Grand Angle pour Bamboo Édition 2011 - Laurent Galandon, Viviane Nicaise

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