Les intégrales de l’été (4e partie) - Le Lombard crée la surprise

24 août 2017 0 commentaire
  • Coïncidence, ou volonté éditoriale? Le Lombard édite peu d’intégrales actuellement et, curieusement, la majorité des séries qu'il publie sous cette forme n’ont pas été éditées initialement sous ce label... Épuisement du fonds, volonté de se diversifier ? Quoiqu’il en soit, saluons ce geste patrimonial, avec son plus beau des transfuges : Benoît Brisefer !

Cette publication d’intégrales principalement étrangère à son fonds historique est-elle un hasard du calendrier ou la volonté de Gauthier Van Meerbeeck, le directeur éditorial du Lombard, de renforcer encore l’image de sa maison d’édition auprès du grand public ? Les deux sans doute. Car au-delà de la publication, il y a l’enjeu de la licence qui, alors que les adaptations d’univers de bande dessinée à l’écran se multiplient, n’a plus rien d’anodin. C’est aussi une façon d’attacher un auteur à une maison d’édition.

Les intégrales de l'été (4e partie) - Le Lombard crée la surpriseVoici ce que nous expliquait précisément l’année dernière à ce propos le timonier du Lombard, concernant une édition intégrale d’une série de Warnauts & Raives parue initialement chez Casterman en neuf tomes : « Même si elle n’était pas publiée initialement au Lombard, "Suites Vénitiennes" reste une superbe série dont il était très compliqué de dénicher les différents tomes. Mus par notre excellente relation avec les deux auteurs, il nous a paru évident de la publier. »

Effectivement, difficile de bouder notre plaisir avec ce troisième recueil qui termine l’édition de cette série. Le format légèrement agrandi permet de profiter pleinement du magnifique travail des auteurs. Une opération complexe, comme Raives nous l’expliquait récemment : « J’ai re-scanné tous mes dessins. Le lecteur lambda ne s’en rendra peut-être pas compte mais j’ai repris tous les bleus originaux et j’ai tout scanné, tout réintégré parce qu’à l’époque où j’ai réalisé ces planches, la couleur était séparée du trait, et il faut tout réintégrer case par case. Puis j’ai complètement refait tout le lettrage. Donc pour moi, c’est comme si je venais de réaliser un nouvel album ! Enfin le résultat ressemble vraiment à ce que l’on voulait faire il y a vingt ans. »

Et Warnauts d’enchaîner : « Les dessins sont faits à l’aquarelle et il faut que les livres soient dans un grand format pour que les lecteurs puissent apprécier à sa juste valeur le travail fait sur les couleurs, d’autant plus que les "Suites vénitiennes" ont duré dix ans. »

Et même si le dossier introductif de quatre pages n’est pas très épais, les propos des auteurs sont forts et révèlent leur amour de la bande dessinée : « Certains auteurs cherchent à réaliser l’album parfait. Guy et moi croyons plutôt à un travail global à long terme et aux remises en cause permanentes. Aux ruptures franches, tranchées, nous préférons l’évolution continue des auteurs qui nous ont marqués, les Pratt, Munoz, Tardi, Loustal, Cosey, Baru… Des auteurs artisans qui peaufinent album après album, leur Art. C’est ce que nous nous efforçons de faire, gardant en tête le mot d’ordre donné par Jean-Paul Mougin lorsqu’il nous ouvrit […] la porte de la revue A Suivre : "Rester populaire en étant innovant." »

Les intégrales Bob Morane ? En progrès...

Nous avions précédemment salué la publication en intégrale de la mythique Bob Morane. En effet, pour la première fois, un éditeur reprenait la totalité des récits en bande dessinée de l’Aventurier pour les publier chronologiquement, en dépit des multiples dessinateurs et maisons d’édition qui sont intervenues dans leur publication. En revanche, nous étions plutôt consternés par la qualité des dossiers dédié à cet écrin. Le manque de réelle implication qui se dégageait des dossiers de Jacques Pessis gâchait quelque peu la fête.

Sans constater de réel revirement, il serait mesquin de ne pas remarquer une amélioration dans les deux derniers volumes parus. En effet, non seulement le cinquième recueil rassemble les dernières histoires publiées initialement chez Michel Deligne, toutes dessinés par Gérald Forton, mais Pessis signe également un intéressant portrait du prolifique et talentueux Henri Vernes. Ainsi apprend-on par exemple que l’infatigable globe-trotter ne parle pas anglais, mais uniquement le français et l’espagnol, et qu’il est toujours parvenu à se faire comprendre dans les endroits reculés qu’il a visités pendant des décennies !

Si la qualité du dossier retombe pour le sixième recueil, c’est pour s’effacer devant le génie de William Vance. Celui à qui Bob Morane doit sa survie dans le domaine de la BD, selon Pessis, méritait bien évidemment cette mise à l’honneur. Si l’ex-illustrateur publicitaire se rapproche tout d’abord du trait de son prédécesseur, c’est pour mieux s’en éloigner progressivement, afin de conférer aux récits d’Henri Vernes une atmosphère bienvenue de mystère et le souffle du suspense. Rien que la couverture du premier album réalisé par Vance, réalisée six ans après la première publication, permet d’identifier l’évolution effective de son style, sans qu’il y ait de franche rupture. Édifiant !

Là où certains récits dessinés par Forton ou Attanasio subissent l’usure du temps, ceux dessinés par Vance continuent de transporter le lecteur dans un univers sans comparaison dans le domaine francophone des romans pour la jeunesse. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les nostalgiques de ces grandes années !

Et Benoît, dans tout ça ?!

Parmi ces albums qui ne furent pas publiés initialement au Lombard, Benoît Brisefer reste le plus beau des transfuges ! On l’oublie parfois, mais le petit surhomme était l’un des héros vedette du Journal de Spirou dans le début des années 1960, au point que Charles Dupuis voyait d’un mauvais œil le fait que Walthéry s’investisse dans une nouvelle héroïne, une certaine Natacha !

Et si cette intégrale est publié au Lombard, c’est dû au fait que les albums de Peyo, et donc d’IMPS, sont arrivés au sein de la maison bruxelloise au début des années 1990. Comment la répartition se réalise-t-elle entre Dupuis et Le Lombard pour les intégrales ? Difficile à dire, car Les Schtroumpfs et Poussy sont toujours édités par Marcinelle, tandis que le Lombard s’occupe des intégrales de Johan et Pirlouit, ainsi que de celles de Benoît Brisefer.

On peut d’ailleurs parler de réel événement, car le petit blondinet au béret n’avait bénéficié d’intégrales populaires à proprement parler. Certes, il y a bien les deux volumes consacrés par Rombaldi, ou encore l’épaisse intégrale vendu uniquement par Amazon et préfacée par le réputé Hughes Dayez, mais pour trouver une intégrale vendue en librairie, il fallait aller jusqu’en… Espagne ! Le seul pays qui avait jusqu’alors reconnu les mérites de cette grande série.

En effet, les années n’ont pas effacé l’efficacité de Benoît Brisefer, et de « l’atelier Peyo » qui au faîte de sa gloire, s’est investi avec passion dans les trois aventures qui sont recueillies dans le deuxième tome qui vient de paraître. Les dessins, mis en scène comme dans un petit théâtre sont, comme toujours chez Peyo, d’une grande lisibilité, et le dynamisme que Walthéry a acquis en travaillant sur Jacky et Célestin fait déjà des merveilles dans Les Douze Travaux de Benoît Brisefer avant de culminer dans l’album Tonton Placide. Un titre d’ailleurs bien paradoxal, car il est impossible de rester de glace devant les trésors d’amusement et d’ingéniosité, fournis par le trio Peyo, Gos et Walthéry.

Et de François Walthéry justement, il est bien entendu largement question dans le volumineux et passionnant dossier une nouvelle fois concoctée avec érudition par Patrick Gaumer. Il serait fastidieux de citer les anecdotes, les récits et les pépites graphiques de ce dossier de 32 pages. Les originaux y côtoient les inédits, sans oublier les incontournables tel le Treizième travail de Benoît Brisefer, un pastiche aussi parodique qu’irrévérencieux du héros, mais qui reflète à merveille l’ambiance qui régnait au sein de la maison de Peyo pendant ces années de labeur !

Avec ces deux premiers recueils à dos rond publiés en moins de six mois, Le Lombard marque d’un sceau bienvenu la valorisation du fonds franco-belge. Benoît Brisefer en intégrale : pas besoin d’être enrhumé pour s’assurer de la force qui s’en dégage !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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