Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 31 mai 2009 à 12:36 :
Un héros qui est blond , fort et sans reproche n’est pas inventé et calibré par ses créateurs pour devenir un modèle comme dans les films de propagande nazi.
Le mot "aryen" est évidemment ici utilisé avec une pointe d’ironie (je crois que tout le monde l’a bien compris). Et oui, la publicité et d’autres médias formatent un modèle de héros, certes moins suranné, que le profil romain de la propagande nazie, mais qui diffuse de l’idéologie, politique et/ou marchande. Rahan est l’héritier de cette tradition occidentale.
A ce compte-là , on pourrait très bien faire une lecture politique de tous nos chefs-d’œuvre et il ne faudrait pas beaucoup pour inventer un statut parfaitement collectiviste aux schtroumpfs de Peyo !
Cela a déjà été fait. Et qu’est-ce le Schtroumpfissime, sinon une fable politique ? Comme les Fables de la Fontaine, d’ailleurs.
Je crois qu’on cultive un immense malentendu en taxant la presse ou l’édition bd d’inféodation. Même si les liens étaient réels, pourquoi nier que les créateurs jouissent de leur liberté de créateur au sein d’une entité qui elle a son identité. Hugo Pratt a été publié dans Pif. Le rédacteur en chef de l’époque a-t-il indiqué la voie à suivre à l’auteur ?
Personnellement, je n’ai jamais lu une case de Rahan où il dit : "Mon Dieu !". La censure de la Loi de 1949, votée par les Catholiques et les Communistes à la Libération, s’est employée à éradiquer toute allusion choquante. Franquin, Goscinny, Morris, Sirius, Tillieux, Jacobs, etc. ont tous été en butte avec cette fameuse commission qui réprimait durement les bandes dessinées américaines. Ils s’en plaignaient ouvertement. Rien n’est anodin.
Sans doute trouverions-nous moins de personnages bourgeois( petite famille, automobile , maison 4 façades, haie de séparation ) dans une certaine presse.
Dans la mesure où (je cite de mémoire) 75% des Français vivent dans une maison familiale individuelle, non.
En attaquant la bande dessinée par ce biais, il reviendrait à dire que des bandes dessinées comme Dan Cooper ou Tanguy et Laverdure étaient pro-militaires, que Michel Vaillant prônait à la fois le culte de la victoire et la puissance de l’industrie automobile et que toutes les deux , puisque les héros étaient beaux et sans défaut, étaient produites pour former la jeunesse.
Mais évidemment. Le film Tanguy et Laverdure a été financé en grande partie par l’armée française. Evidemment qu’ils sont "pro-militaires". De même Michel Vaillant est une série à la gloire de l’industrie automobile.
de Franquin à Hergé , pour parler des plus grands, ils ont pu créer une oeuvre gigantesque dans ce que certains appellent un carcan.
Tu ne peux nier les faits. Plusieurs témoignages concordent qui racontent qu’un ecclésiastique a longtemps émargé à la rédaction du journal de Spirou.
Hergé envoie Tintin chez les Soviets sur la suggestion de son rédacteur en chef et sa vision de la Chine a été orientée par un missionnaire. Tintin au Congo opérait dans le contexte de la colonisation de l’Afrique. Tout ceci est incontestable.
Rahan aurait tout aussi bien pu être publié dans Tintin . Son cousin préhistorique Tounga y a d’ailleurs chassé dans les mêmes territoires.
Mais pas de la même façon. La ligne politique est visible dans bien de ses scénarios. Ce qui ne veut pas dire que les valeurs proposées sont nulles et non avenues d’ailleurs.
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Répondu par Mario le 31 mai 2009 à 17:24 :
Comme prévu, on va plus parler de ces mots qui ont été choisi de façon très "volontaires".
Je suis atterré par cette façon de voir cette BD ainsi que par le "mépris" de ses lecteurs en faisant croire que nous pouvons nous prosterner devant l’icône.
Le problème de ce genre de critique intellectuelle est qu’elle est faite à postériori.
Jamais dans vos réponses, vous ne vous mettez au niveau des lecteurs.
Jamais, vous ne vous dites que nous avons apprécié Rahan, lorsque nous étions enfants ou ados, parce que c’était l’aventure et l’amitié entre les peuples qui prédominaient.
C’est à ce demander si, un jour, enfant, vous avez lu Rahan. Même adulte.
Vous ne vous rendez même pas compte que le plus souvent, ce sont les personnages rencontrés qui en sont les vedettes.
Un exemple marquant qui me vient à l’esprit : Le signe de la peur.
Le héros de l’Histoire est un homme noir qui va au-delà de ses appréhensions. Où est la domination du Blanc ? Où est le pseudo-racisme qu’on pourrait y trouver. Le héros est Noir. Vouloir faire une lecture politique de la BD, sauf si elle est faite dans ce sens, est franchement inutile. Le public s’en fiche.
Je suis bédéphile depuis 40 ans, et je lis de la BD parce que c’est de la BD. Simple, amusante, voire "pédagogique"...
Si je veux du dessin politique, je vais lire Charlie, Hara et autres Siné.
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Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 31 mai 2009 à 23:21 :
Le problème de ce genre de critique intellectuelle est qu’elle est faite à postériori. Jamais dans vos réponses, vous ne vous mettez au niveau des lecteurs. Jamais, vous ne vous dites que nous avons apprécié Rahan, lorsque nous étions enfants ou ados, parce que c’était l’aventure et l’amitié entre les peuples qui prédominaient.
Je ne méprise pas le lecteur, je réclame juste le droit à l’interprétation (après, libre à vous de la contester et les échanges ci-dessus montrent que je peux modifier mon point de vue).
Franchement, croire qu’il n’y a pas d’intention politique dans Rahan, c’est aussi mépriser le travail du scénariste qui savait très bien quelles valeurs il voulait dispenser. Manifestement pas celles du libéralisme et de l’argent-roi.
Un exemple marquant qui me vient à l’esprit : Le signe de la peur. Le héros de l’Histoire est un homme noir qui va au-delà de ses appréhensions. Où est la domination du Blanc ? Où est le pseudo-racisme qu’on pourrait y trouver. Le héros est Noir.
Et le personnage qui est dans l’erreur, contrairement à Rahan, dans votre exemple est noir. CQFD.
Vouloir faire une lecture politique de la BD, sauf si elle est faite dans ce sens, est franchement inutile. Le public s’en fiche.
Mais elle EST faite dans ce sens. C’est insulter les auteurs que de croire le contraire. C’est ma thèse, du moins. Qui êtes-vous pour connaître les goûts du public, et ceux des lecteurs d’ActuaBD ?
Je suis bédéphile depuis 40 ans, et je lis de la BD parce que c’est de la BD. Simple, amusante, voire "pédagogique"... Si je veux du dessin politique, je vais lire Charlie, Hara et autres Siné.
Il est erroné de croire qu’une littérature pour enfants, ou de distraction, ne diffuse pas de l’idéologie.
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Répondu le 1er juin 2009 à 12:43 :
Franchement, croire qu’il n’y a pas d’intention politique dans Rahan, c’est aussi mépriser le travail du scénariste qui savait très bien quelles valeurs il voulait dispenser.
Si des valeurs d’amitié, de fraternité, d’échanges culturels sont le seul apanage du Parti Communiste, c’est à désespérer du reste.
Ou alors, nous avons raté le coche en ne vivant pas sous ce régime.
Vous nous avez ouvert les yeux, cher Didier. ;o)
Manifestement pas celles du libéralisme et de l’argent-roi.
ça, c’est sûr, à cette époque.... Mort de rire.
Qui êtes-vous pour connaître les goûts du public, et ceux des lecteurs d’ActuaBD ?
Je suis simplement un lecteur de Rahan. Je l’ai été et je le suis encore. Simplement, pourquoi ?
Comme je l’ai déjà évoqué, je lis Rahan pour ce qu’il véhicule. Lorsqu’on lit d’autres séries provenant d’autres obédiences, puisque vous aimez bien le terme, ces valeurs humaines sont également véhiculées.
Mais quand j’évoque ceci, je me replace en tant que lecteur, pas en tant que critique adulte.
On le voit bien avec Tintin qui développe autour de lui, tout et n’importe quoi. demain, on va trouver une étude sur le port et la couleur de ses chaussettes.
Lisons de la BD, simplement.
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Répondu le 31 mai 2009 à 18:38 :
Précision quant au physique de Rahan : j’ai interviewé très récemment André Chéret (film visible dans une quinzaine de jours) et il me racontait qu’il avait proposé en 1968 (période baba-cool, ne l’oublions pas !) à la rédaction de "Vaillant" un personnage de gaulois (version "réaliste" d’Astérix ?), blond à cheveux longs et à moustache, et que Roger Lécureux l’a adopté pour le transformer en Rahan - personnage qu’il venait de créer. Devenu imberbe, Rahan a néanmoins gardé le collier prévu par Chéret, et qui est devenu mythique... (juste pour dire à quel point André Chéret est le créateur de l’identité visuelle de Rahan !)
Et évidemment, quand on connait les récits de Lécureux, le terme "colonialiste" pour parler de ce personnage est à contresens ! D’ailleurs, Rahan ne fait que passer et ne cherche jamais à s’imposer, sinon à partager avec les tribus rencontrées ses multiples découvertes...
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Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 31 mai 2009 à 23:39 :
Et évidemment, quand on connait les récits de Lécureux, le terme "colonialiste" pour parler de ce personnage est à contresens ! D’ailleurs,
Vous avez raison, je bats ma coulpe. D’ailleurs, je parlais d’un cliché contradictoire avec le support, à savoir le mythe colonialiste de Tarzan.
Il est évident que les valeurs humanistes de Rahan prévalent sur toutes les interprétations politiques que l’on peut y déceler. C’est ce qui en fait sa pertinence aujourd’hui. Notre article était là pour le rappeler. Inutile de nier l’obédience communiste du journal : Elle est directement responsable de cet état d’esprit, pour le coup positif.
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Répondu par Fred Boot le 1er juin 2009 à 03:12 :
Inutile de nier l’obédience communiste du journal : Elle est directement responsable de cet état d’esprit, pour le coup positif.
Mais peut-on parler d’obédience communiste concernant Pif Gadget ? Le mot "obédience" correspond à une notion de soumission et d’obéissance, le terme me paraît quand même bien fort. Hervé Cultru à la fin de son ouvrage sur Vaillant évoque d’ailleurs "les derniers feux du politique" pour qualifier l’évolution que sera Pif Gadget en 69. Richard Medioni rappelle de son côté l’indépendance éditoriale de la revue par rapport au PCF. Ceci ne veut d’ailleurs pas dire que les deux hommes nient le terreau politique qui aura vu la naissance de cette presse dite "progressiste" et de ses fondamentaux.
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Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er juin 2009 à 09:36 :
Mais peut-on parler d’obédience communiste concernant Pif Gadget ? Le mot "obédience" correspond à une notion de soumission et d’obéissance, le terme me paraît quand même bien fort.
C’est évident. On ne verra pas dans Pif une vie de saint, une biographie du Maréchal Leclerc ou la moindre critique du régime communiste, même symbolique comme dans "L’Affaire Tournesol", "QRN sur Bretzelburg" ou "La Patrouille des Castors : la Couronne cachée".
De la même façon, "Le Grêlé 7-13" perpétuait la gloire d’une Résistance où le PCF a joué un rôle majeur.
Maintenant que les créateurs soient en accord avec la ligne du journal, c’est bien possible. Il y a avait un cadre idéologique, tout le monde savait que le journal était communiste, qu’il y avait des règles à ne pas transgresser. Il doit y avoir sûrement des exemples d’auteurs qui sont allés trop loin. Le fait qu’ils n’aient jamais témoigné n’apporte pas la preuve qu’ils n’existaient pas.
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Répondu par Fred Boot le 1er juin 2009 à 11:39 :
Pas de saints, pas de critique du régime politique communiste, certes... Mais on ne voit pas non plus dans PG de séries comme Fils de Chine ou des frondes anti-capitalistes voire anti-américaines comme on en trouvait au détour de Vaillant parfois. La laïcité est l’un des fondamentaux du journal, mais sincèrement son contenu reflêtera de moins en moins au fil des années une quelconque obédience communiste, se concrentrant vers la fantaisie et la pédagogie de la découverte. Je ne suis pas sans connaître le dogmatisme dont a pu faire preuve le PCF durant les années Marchais (qui arrive sur le devant de la scène en 70, presque au même moment que Pif gadget ! :) ), et si le parti avait tenu en laisse Pif Gadget cela se sentirait vraiment beaucoup plus.
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Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er juin 2009 à 12:28 :
C’est oublier, cher Fred, l’air du temps. Le PCF est alors (déjà) en crise permanente : crise du modèle sous les coups de boutoir du PC italien et face à la calcification du modèle soviétique ; divergences sur la stratégie à mener par rapport à l’Union de la gauche ; crise par rapport à la base (en Mai 68, le PCF n’est pas forcément du côté de la révolte). Ensuite, on est sous Pompidou et Giscard dans un contexte de libération des mœurs, innervé par un gauchisme libertaire.
Il aurait été malvenu de se montrer autoritaire. Mais des œuvres comme Fils de Chine ou Les Pionniers de l’Espérance (années cinquante) sont clairement dans la ligne du parti.
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