Roba, un géant invisible

11 juillet 2005 6 commentaires
  • Le XXème siècle a été, pour la BD belge, le siècle des géants. Distinguant Hergé, Franquin, Morris, Peyo ou d'Edgar P. Jacobs aux talents et aux destins incomparables, l'histoire a été bien ingrate avec ceux qu'elle a placés, malgré elle, au second rang. Jean Roba, l'auteur de {Boule & Bill}, a eu une influence marquante sur la BD belge. Un livre d'entretiens avec Philippe Cauvin (Editions Toth) vient le rappeler à propos.

Uderzo, préfacier de ce livre, prétend que «  le talent de ce dessinateur et le succès de Boule et Bill n’est plus à démontrer ». Pour le succès du duo familial du Journal de Spirou, on est prêts à le suivre. En ce qui concerne la reconnaissance artistique de Roba, cela reste encore à prouver. Celui-ci attend encore un Grand Prix à Angoulême, une académie fortement représentée par les Parisiens, il est vrai. Il peut pourtant y prétendre pleinement.

Roba, un géant invisible
Roba, une monographie
signée Philippe Cauvin. (Edtiions Toth)

Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, la modestie naturelle du dessinateur. Roba fait partie de ces gens qui ont vécu dans l’ombre des grands dessinateurs de l’École de Marcinelle, qu’il admire sincèrement. D’ailleurs, il leur doit tout : Peyo lui fournit le texte du premier conte qu’il illustre pour Le Journal de Spirou, Franquin lui offre ni plus ni moins la possibilité d’entrer dans le monde de la bande dessinée par la grande porte, en lui proposant de devenir son assistant. Cette déférence aux anciens qui lui ont permis d’entrer dans la carrière pousse Roba à les encenser plutôt qu’à se mettre en avant.

Un influence discrète

L’autre raison est que Roba vient de la publicité. Pour certains amateurs de BD, c’est presque une marque d’infâmie. Son dessin léché, ses lettres parfaites, sa mise en page d’une évidente lisibilité, tout cela est trop propre pour être artistiquement honnête. Or, c’est précisément par ces qualités que Roba, comme Will, a profondément influencé la BD belge de l’âge d’or. Apportant à ce genre autarcique les ficelles des techniques de la communication publicitaire, comme Jacobs a pu le faire avec sa connaissance du théâtre ou encore Van Melkebeke et Duchâteau avec leur science du roman populaire, Roba et Will ont apporté au Journal de Spirou (et de Tintin dans le cas de Will) un incontestable sens de la lisibilité, une audace dans l’usage de la couleur, une esthétique parfaitement en phase avec la modernité de leur époque, des techniques enfin -de l’illustration à la gouache en couleur directe à la mine de crayon au grain parfaitement maîtrisé qui faisait l’admiration de ses commanditaires, comme de ses lecteurs- qui donnaient à ces hebdomadaires une cohérence graphique alors peu fréquente dans les publications pour la jeunesse. Cette qualité artistique n’a pas peu contribué à sortir la BD de sa gangue populaire où le vulgaire se disputait à l’anecdote artistiquement sommaire.

Family strips

Le 30ème Boule & Bill
Il est dessiné par Verron, adoubé par Roba. (Rd. Dargaud)

La dernière raison est peut-être aussi la tradition dans laquelle s’inscrit le dessinateur de la Ribambelle. En créant Boule & Bill, il reprend un standard qui avait fait florès aux Etats-Unis : le Family Strip. Né dans les quotidiens, ce genre avait ses lettres de noblesse : The Katzenjammer Kids (« Pim, Pam, Poum » en France) de Knerr et Dirks, Bringing Up Father de Géo McManus, Blondie de Murat Bernard "Chic" Young, The Peanuts de Charles Schultz... Roba récupère ce genre propre aux BD américaines (et que Franquin avait développé un temps avec Modeste & Pompon) pour le transposer dans le style rond qui le caractérise, lui aussi héritier d’une longue lignée : « ...ma famille artistique se compose d’un grand-père, Walt Disney, d’un père, Joseph Gillain et d’un grand frère du nom d’André Franquin... » dit-il. Et puis, il y a ce coup de patte, cette habileté du trait humoristique fondé sur le dessin réaliste, marque de fabrique de l’école belge qui la distingue des écoles américaine et japonaise : « Cette faculté peut se comparer au swing en musique, nous dit Walthéry qui témoigne dans cet album : on l’a ou on ne l’a pas. Jean Roba l’a indéniablement. » Les dizaines d’illustrations parfois inédites qui parcourent cet album rétrospectif en témoignent pleinement.

Aujourd’hui, Jean Roba est à la retraite. Il profite de la vie, ayant laissé la destinée de Boule & Bill à un talent de la nouvelle génération, Laurent Verron. Cette première monographie jette un peu de lumière sur ce géant discret de l’école belge.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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6 Messages :
  • > Roba, un géant invisible
    14 juillet 2005 16:06, par Laurent

    Serait-il possible de savoir où est disponible ce livre puisque je ne l’ai trouvé nulle part (et notamment sur les sites de vente en ligne) ?

    Merci d’avance.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 14 juillet 2005 à  16:50 :

      Les éditions Toth ont un site. L’album coûte 22€.

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    • Répondu par Olivier AUBRIET le 16 juillet 2005 à  21:05 :

      Comme l’a bien écrit Laurent, il est extrêmement difficile de trouver ce livre qui n’est répertorié nulle part.
      De plus, je n’ai pas trouvé le site internet des éditions Toth.
      Pouvez vous me communiquer l’adresse du site internet des éditions Toth ?
      Merci d’avance
      Olivier

      Voir en ligne : Forum/Roba, un géant invisible

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      • Répondu par François Peneaud le 16 juillet 2005 à  21:54 :

        Voici : http://www.editions-toth.com/

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        • Répondu par pppasc le 1er août 2005 à  18:01 :

          Je n’ai vu que le tirage de tête (oui, il semble y en avoir un), il contient probablement plus que le tirage normal, mais il coute quelque chose comme 140 EUR chez album à Paris.

          De plus, album me disait que le tirage normal n’était pas encore paru (..?)
          Pascal.

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  • > Roba, un géant invisible
    2 août 2005 10:15, par Vaimic

    Admirateur de Jean Roba, et fan et collectionneur de Boule et Bill depuis leurs débuts, j’attendais cet album-hommage depuis très (très) longtemps.

    Si la partie biographique est correcte, la bibliographie me semble avoir été complètement baclée et faite dans la précipitation (sauf pour la partie SPIROU).

    L’auteur (ou les auteurs) a, semble-t-il, fait une confiance un peu trop aveugle au BDM, citant notamment des BD qui n’ont jamais existé que dans l’imagination des auteurs de ce BDM (exemple : le deuxième album publicitaire consacré à la SABENA qu’aucun marchand, ni collectionneur n’a jamais vu... depuis sa parution en 1990, et dont même l’ancien chargé de relations publiques de cette défunte SABENA n’a jamais entendu parler !).
    De plus, il manque un nombre important d’albums didactiques, ludiques, publicitaires ou illustrés.

    J’ai l’impression que cet album devait en quelque sorte servir de promotion au nouvel album de Verron ou vice-versa, ce qui est inutile, "l’héritier" perpétuant à merveille la ligne directrice du "maître".

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