S. - Gipi - Vertige Graphic/Coconino Press

29 novembre 2006 0 commentaire
  • Gipi se lance dans l'auto/bio/graphie, avec ce superbe album consacré à son père. De la belle ouvrage.

Une initiale, une simple lettre, pour nommer ce qui ne l’est pas, le père, ses souvenirs racontés au fils, ses souvenirs réels ou fabriqués, imaginés ou enjolivés, sa mort, son absence, sa présence qui infuse toutes les pages.

Dans cet album de 120 pages, Gipi nous donne à lire un certain nombre de séquences mélangées, entre les années 40 de la jeunesse du père et l’époque contemporaine, dans un tourbillon narratif qui semble simuler les chemins tortueux de la mémoire. Il est d’ailleurs intéressant de noter que deux ouvrages aussi différents que le Fun Home d’Alison Bechdel et ce S., qui parlent tout deux du père et de son absence, ont aussi bien l’un que l’autre adopté une structure non-chronologique, mais manifestement très réfléchie.

S. - Gipi - Vertige Graphic/Coconino Press

Gipi tire donc plusieurs fils de la pelote des souvenirs entrelacés de son père et de sa propre personne : le bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale de la ville où se trouvait son père, qui causa la destruction de la maison de la fiancée de celui-ci ; une escapade en bateau où Gipi enfant se retrouva seul une nuit avec son jeune cousin, leurs pères ayant eu la mauvaise idée d’installer leur tente dans une zone militaire ; comment la famille fit face à la mort du père ; mais aussi de nombreuses mises en parallèle (ou en opposition ?) de son comportement et de celui de son père.
Et surtout, il remet en question la véracité des souvenirs présentés, faisant basculer tout l’album dans une zone d’incertitude à la fois inconfortable et passionnante pour le lecteur.

Et puis, il y a son utilisation de l’image, du texte, leurs relations, la beauté fragile des cases, ces aquarelles qui continuent à surprendre et à enchanter, même après plusieurs albums. Ses personnages ont beau avoir des physionomies peu variées, ils sont tous doués d’une personnalité, d’une solide présence physique qui contraste avec la technique picturale choisie.

Que dire de plus, si ce n’est que S. fait partie des albums incontournables de cette fin d’année, qui n’en manque pourtant pas.

(par François Peneaud)

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