Répondu par Sergio Salma le 2 mars 2008 à 18:23 :
Le réflexe premier est en effet de trouver ça un peu triste.
Si on veut vraiment blâmer quelqu’un , ce serait plutôt du côté des Japonais. Ce sont eux qui auraient pu retranscrire cet esprit, cette ambiance. Parce que cette histoire-là est aussi faite de ça. Taniguchi a élaboré une histoire très simple, très pure, nue. Elle est enrichie par toutes les notes visuelles, le décor, les vêtements, les attitudes. Nous, Européens, on a été touchés par la grâce de l’ensemble. Et on n’imagine pas à ce stade comment ce thème décrit dans ce décor pourrait être transposé ailleurs.
On se doit d’être amnésique . Justement.
Maintenant, si un projet mené par les Japonais, un studio, des scénaristes, pourquoi pas une adaptation façon Myazaki , ne s’est pas fait, il doit y avoir des raisons. Peut-être aimons-nous ce récit grâce aux images qu’il nous renvoie à nous, étrangers.
ça rappelle le principe d’autres adaptations qui oblige aussi à oublier le récit original. Il y a bien sûr les romans dont on tire un scénario. Parfois un grand roman devient un petit film ; parfois l’inverse ; il n’y a pas de règles ni de loi contrairement à ce qu’on énonce souvent.
Il y a aussi les films dont on fait des remakes. Et où l’on est priés d’oublier, si on l’a vu , la première version( Les 7 samouraïs, les 7 mercenaires...) On peut s’amuser à noter la valeur de l’un et de l’autre si on a envie d’être sévère mais le plus intéressant c’est d’observer comment un auteur , de par sa culture , son éducation, son histoire va traiter un thème qui deviendra intemporel. La même histoire deviendra tout autre.
Intéressant de noter pour l’instant ces nombreux échanges de "bons procédés" entre l’Asie et le reste du monde. "Les infiltrés" & "Infernal affairs" est un exemple mais il y en a beaucoup. Hollywood n’hésite pas , si l’histoire plaît, à acheter le scénario et à le transposer ailleurs.
Pour ce qui concerne "Quartier lointain" c’est donc "le cinéma français" qui adopte cette attitude.
Notre méfiance concernant cette adaptation est compréhensible mais après tout, qui sait ?
Peut-être sera-ce un bon film.
Peut-être que les auteurs, le scénariste, le metteur en scène sauront transposer avec art et intelligence le contenu de ce chef-d’oeuvre.
Et les lecteurs qui connaissent le livre originel auront alors le choix en sortant de la salle. Ils pourront dire soit : "Quelle daube ! Vaut mieux lire le bouquin japonais, c’est le plus européen des auteurs japonais qui l’a dessiné."
Ou alors (soyons optimistes) :" Pas mal ce film, mais ça n’a RIEN à voir avec le bouquin qui a été adapté."
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Répondu par Cricroc le 4 mars 2008 à 15:15 :
Taniguchi adapté pour le cinéma français. La belle affaire ! Peu importe la nationalité de celui qui l’adapte ; ce ne serait important que dans l’hypothèse où cette histoire n’aurait touché que des lecteurs japonais. Or, ce n’est pas le cas du tout. Ce qui veut dire que cette œuvre dessinée recèle en elle un noyau qui n’est pas réductible à sa source nippone. D’ailleurs, il n’est pas sûr du tout que lecteur européen aura perçu le même aspect que le lecteur japonais. Ceci pour dire que, de toute manière, le lecteur a le droit indiscutable de percevoir ce qu’il peut dans une œuvre ; la lecture est une affaire intime qui n’a de compte à rendre ni aux autres, ni même à l’auteur. Ce qui pose vraiment problème dans cette affaire, c’est que, comme d’habitude, et avec la bénédiction de la Foule en Délire, la page imprimée se sent adoubée dès qu’elle est transposée au cinéma. On oublie de rappeler, ou on feint d’oublier, que la grande métamorphose ne se passera pas au niveau du respect du scénario. Non, ce qui constituera la vraie métamorphose dans cette affaire, c’est le changement total du médium. Ce qui était encre et papier se transformera en acteurs qui cabotineront (peut-être), en bande-son, en lumière, en représentation "vraie" ; en codes différents qui, forcément, anéantiront l’essence même de l’œuvre originale. Et quand on accepte cela avec un sourire béat, ça veut simplement dire que l’on a renoncé à faire entendre la spécificité du langage imprimé (texte et/ou image). J’espère que cela donnera un mauvais film, un très mauvais film car, comme le dit Jean-Luc Godard : Seul un mauvais livre peut donner un bon film.
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Répondu par TiphN le 9 mars 2008 à 15:23 :
Juste une question qui me turlupine. Ce que je préfère dans Taniguchi se sont justement ces cases sans textes, cette manière si japonaise de donner énormément de sens au silence...Comment retranscrire ça au cinéma, surtout à la sauce européenne où les plans fixes sont souvent désastreux.
Et puis zut ! J’en ai marre que les gens ne créent rien mais adaptent réadaptent et encore adaptent une oeuvre. C’est comme en musique, on ne fait presque plus que des reprises d’anciens succès. La belle affaire ! Et la prise de risque artistique dans tout ça ?
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