Sibylline Meynet "Silencieuse(s)" : "Le harcèlement de rue est un problème banalisé."

3 août 2017 7 commentaires
  • Sibylline Meynet est une jeune et talentueuse illustratrice qui fait le buzz sur les réseaux sociaux. Artiste autodidacte, elle vient de publier son premier album intitulé "Silencieuse(s)" chez PerspectiveArt9. Il s'agit d'une oeuvre militante écrite par Salomé Joly, pour sensibiliser le public au problème du harcèlement de rue.
Sibylline Meynet "Silencieuse(s)" : "Le harcèlement de rue est un problème banalisé."
Silencieuse(s)
Sibylline Meynet & Salomé Joly (c) éditions PerspectivesArt9

Vous venez de publier votre premier album de BD : Silencieuse(s). Comment est né ce projet ?

Sibylline Meynet : C’est Salomé Joly qui en est à l’origine. Elle a écrit un journal intime fictif pour son projet de fin d’études, Le journal d’Anaïs, qui raconte l’histoire d’une ado qui subit le harcèlement de rue au quotidien. Elle a récolté pas mal de témoignages de jeunes filles et de femmes un peu partout pour créer ce journal. Un ami de la famille de Salomé a fait le lien entre elle et notre éditeur PerspectiveArt9. Puis l’éditeur m’a contacté pour mettre cette histoire en images. C’est comme cela qu’est née la BD Silencieuse(s).

Pourquoi avez-vous choisi un sujet engagé pour vos premiers pas dans la BD ?

Parce que c’est un sujet qui me touche particulièrement. C’est un problème banalisé qui pourtant existe bel et bien. Lorsque j’ai su que la BD serait aussi distribuée dans les écoles et les bibliothèques, je me suis dit que c’était le moment d’en parler aussi aux jeunes, aussi bien aux garçons qu’aux filles.

Votre participation à l’album Silencieuse(s) est donc un acte militant.

Notre but est d’arrêter la banalisation du harcèlement de rue. Nous en sommes victimes tous les jours, et cette BD permet de montrer en images et en dialogues ce qui se passe psychologiquement chez les filles lorsqu’elles subissent le harcèlement de rue. C’est aussi un moyen pour les filles qui n’osent pas en parler de briser le silence. Beaucoup de filles grandissent en se faisant harceler dans la rue et pensent que c’est normal. Elles doivent comprendre qu’aucune forme de harcèlement est normale.

Silencieuse(s)
Sibylline Meynet & Salomé Joly (c) éditions PerspectivesArt9

Quels étaient les points importants et les pièges à éviter pour que votre message puisse passer ?

J’ai d’abord lu l’histoire de Salomé que j’ai découpée en neuf chapitres. Je ne voulais pas que ce qui arrive à Anaïs, dans l’histoire d’origine, soit trop lourd à porter pour une seule fille, sur une centaine de pages. Nous avons donc décidé de raconter l’histoire de dix filles qui vivent en France, en Belgique et en Suisse.

Les pièges à éviter sont bien sûr les stéréotypes : tels types d’hommes qui harcèlent, telles femmes se font harceler... L’histoire se déroule d’ailleurs en hiver, les filles sont la plupart du temps en manteaux et portent un pantalon et de grosses écharpes.

Pourriez-vous nous présenter les principaux personnages Silencieuse(s) ?

On suit chaque personnage dans son quotidien, j’ai donc choisi de raconter des bouts de vie et d’introduire une scène de harcèlement de rue qui vient casser la journée du personnage, un peu comme dans la vraie vie.

On commence avec quatre lycéennes dont Anaïs. Elle ne s’entend pas avec son frère et fait du volley. Le soir en rentrant chez elle, un homme l’interpelle dans le bus. Il y a Mahé, qui se fait interpeller à une terrasse car elle porte une jupe. De son côté, Zoé est victime d’attouchements puis est suivie dans le métro. Julie quant à elle, se fait siffler par des hommes de chantier sur le chemin de l’école. Il y a aussi Lana, une femme active, qui est suivie jusqu’en bas de chez elle. Elle n’ose pas parler de son expérience traumatisante à son fiancé.

Agathe vient de recevoir une promotion. Elle décide de fêter la bonne nouvelle avec ses copines, mais un homme sur son chemin va la mettre mal à l’aise par rapport à sa tenue. Nous avons également Marion, une stagiaire, qui se retrouvera confrontée à un couple aux idées plutôt misogynes. Enfin, il y a Solène, la fille de ce couple justement, qui se retrouvera dans plusieurs situations délicates sans recevoir de soutient de la part de ses parents. Nous terminons l’histoire avec une fille sans nom. C’est à vous de découvrir le rôle de ce dernier personnage !

Ce début d’été a été marqué par la disparition de Simone Veil. Représente-t-elle quelque chose pour vous ?

Elle est l’icône de la lutte pour les droits de la femme. Pour moi et pour beaucoup, elle représente toutes les femmes.

Vous portez comme prénom le nom d’un célèbre personnage de BD et vous êtes la fille du dessinateur Félix Meynet... La BD et plus généralement une carrière artistique étaient-elles des évidences pour vous ?

Pas forcément la BD, mais le dessin oui. J’ai toujours dessiné, et travailler dans l’illustration était une suite logique pour moi.

Quel est votre parcours ? Avez-vous suivi des études artistiques ?

Je n’ai jamais fait d’études, j’ai eu mon bac, puis je me suis lancée directement dans le monde de l’illustration en freelance à 18 ans.

Gwen Stacy (Spider-Gwen)
Sibylline Meynet (c) DR

Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux. Avoir de nombreux followers vous aide-t-il à vous faire remarquer des clients, des éditeurs ?

Oui bien sûr. Je travaille surtout dans l’illustration, j’ai la chance d’illustrer des couvertures de comics américains par exemple, chez BOOM ! Studios et Valiant Comics. C’est grâce aux réseaux sociaux que les éditeurs remarquent les artistes et je pense que le nombre de followers aide beaucoup.

Vous avez participé à plusieurs projets en ligne en tant qu’illustratrice. Pourriez-vous nous parler de quelques uns de vos travaux ?

J’ai réalisé des illustrations d’héroïnes de DC Comics et Marvel Comics. Il s’agissait en fait d’un petit challenge que je m’étais lancé à moi-même il y a deux ans. J’ai dessiné à ma façon douze héroïnes, puis j’ai ensuite partagé mes dessins sur internet. Suite à cela, j’ai eu pas mal de réactions positives, dont Geek-Art, qui a inclus quelques unes de ces illustrations dans son troisième volume. Aujourd’hui nous travaillons ensemble sur une série de prints sur le thème des héroïnes de jeu vidéo. Plus tard, j’ai été contacté par Netflix pour faire une série d’illustrations de la série Orange Is The New Black pour la promo de lancement de la saison 2.

Orange Is The New Black
Sibylline Meynet (c) Netflix

Est-ce facile de s’émanciper dans un milieu artistique lorsque l’on est “fille de...” ?

Oui, j’ai grandi en voyant mon père travailler dans son atelier. L’avantage, c’est de suivre la conception d’une BD, de voir les dessous d’un projet artistique et de comprendre les difficultés du métier. Après, il y a aussi des inconvénients, comme par exemple ne pas être prise au sérieux ou ne pas avoir de mérite parce qu’on est “la fille de”.

Quels sont vos prochains projets ?

Je travaille sur une BD avec ma sœur au scénario. Mais il encore un peu tôt pour communiquer davantage sur celui-ci.

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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En médaillon : Sibylline Meynet
Crédit : © PerspectiveArt9

Logo : Sibylline Meynet & Salomé Joly
Crédit : © PerspectiveArt9

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7 Messages :
  • Il y a aussi sur le sujet ce blog
    http://diglee.com/stop-harcelement-de-rue/

    ainsi qu’un livre Sociorama, je crois, et Thomas Mathieu.

    Répondre à ce message

  • Pauvres femmes !

    Quand le féminisme devient un argument marketing pour fourguer sa camelote et une posture pour se positionner socialement.

    Bel abyme,puisque ça fonctionne aussi dans l’autre sens.

    Il y a aussi cette manière de véhiculer l’idée que les femmes seraient des victimes chroniques ;pourtant ,je connais un paquet de femmes qui ont peu de chances de subir le harcèlement de rue.Celui qui s’y risquerait en serait vite pour ses frais,ce qui de la manière la plus juste lui ferait les pieds....ou autre chose !

    Rien à dire,rien à faire:les femmes valent beaucoup mieux que les féministes !

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    • Répondu par Sébastien le 8 août à  16:40 :

      Dans cet album, Salomé Joly et Sybilline Meynet ne se lancent pas dans un pesant plaidoyer plein d’amalgames. Il ne s’agit pas ici de dresser un portrait féministe agressif, mais bel et bien de prendre conscience que ce genre de scène s’inscrit dans un ensemble de gestes quotidiens, au détour d’une rencontre inopportune dans un bus, à la terrasse d’un café qui n’ont rien de fondamentalement exceptionnel et que cela peut arriver à toutes celles qui auraient le malheur de croiser la route d’un imbécile sans scrupule.
      Il n’est pas non plus question de passage à l’acte, d’agressions sexuelles, "juste" d’un sifflement, d’une phrase désobligeante qui rendent la moindre balade en ville difficile et pénible.

      Par Fredgri, le 01/08/2017

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    • Répondu le 18 août à  10:24 :

      Vous n’avez jamais entendu autour de vous une femme raconter une situation de harcèlement qu’elle a dû subir ?
      Moi, si, mon épouse et ma fille. Et plusieurs fois. Franchement, c’est relou cette permissivité d’une partie de la gente masculine. Donc, que ces autrices souhaitent aborder ce sujet, ce n’est même pas du marketing-féministe, c’est juste parler de ce qu’elles connaissent et que les hommes, pour la plupart, ne connaissent pas et ne comprennent pas.

      D’autre part, la qualifier de "Fille de", je ne trouve pas ça très juste, son dessin est bien plus élégant et bien plus subtil dans ses compositions et recherches formelles et harmonies colorées que celui de son père. Fouillez un peu sur internet, ces illustrations sont très bien composées et raffinées. Il faudra peut-être bientôt dire dire de lui "Père de". Il peut être fier de son talent.

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      • Répondu par La plume occulte le 20 août à  14:51 :

        "Franchement, c’est relou cette permissivité d’une partie de la gente masculine."

        Qui a cautionné ce genre de comportement ici ? C’est ce genre de manoeuvre pour détourner ou clore le débat qui est "relou" !

        La condition féminine ,ou de tout être humain est quelque chose de sérieux,pas quelque chose qu’on utilise.On est pas à la foire au jambon.

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        • Répondu par kyle william le 22 octobre à  11:33 :

          Il y aurait donc des sujets trop "sérieux" pour en faire des bandes dessinées ?

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      • Répondu par Christian Missia Dio le 28 octobre à  12:33 :

        Bonjour,
        Je ne vois pas où est le mal de dire de Mlle Sibylline Meynet qu’elle est "fille de". En se lançant dans la BD, elle marche tout simplement dans les pas de son père. Ce qui ne l’empêche pas de se distinguer de lui dans son travail, grâce à sa personnalité et son talent.
        Bien à vous,

        CMD

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