Mort aux vaches - Par F. Ravard et A. Ducoudray - Futuropolis

2 août 2017 0 commentaire
  • Mort aux vaches : un polar à l’ancienne de très haute volée : de l’Audiard en cases, des Tontons flingueurs en bulles !

Ferrand, José, son complice homosexuel surnommé « l’Andalouse à chaussures vernies », Cassidy, une « marie-couche-toi-là » et le quatrième larron, Romuald, un jeune costaud à la « tête d’endive d’hiver », font un casse et vont ensuite se planquer dans la ferme du cousin de Ferrand, qui est en bisbille avec les vétérinaires, car il refuse que l’on abatte une de ses bêtes qui a la vache folle. Ils restent planqués le temps que l’agitation passe : « la cagnotte pour l’instant, elle est comme la République : unie et indivisible ».

Mort aux vaches - Par F. Ravard et A. Ducoudray - Futuropolis

Le problème, c’est qu’on est loin de la mise au vert reposante ou de la vie de château. Le cousin Jacky en veut à Ferrand d’avoir culbuté sa femme juste avant le mariage quinze ans plus tôt ; Cassidy et Romuald, les deux tourtereaux, sont eux focalisés sur le plumard, parce que « l’amour ne dure que le temps qu’on le fait […] l’amour c’est du temps perdu à essayer d’attraper un truc qui de toute façon n’existe pas  ». Les policiers du coin viennent voir Ferrand qui n’avait plus remis les pieds dans la ferme depuis quinze ans, et cela ne va pas sans créer quelques tensions (« Moi, les cognes, je leur parle pas, ça les instruit »). Tout part en vrille, des vétérinaires retenus en otage au clan des filles de l’Est qui voient d’un mauvais œil la venue de Cassidy, qu’elles prennent pour une rivale venue leur piquer leur monopole de mariage sur les paysans locaux.

On ne peut pas ne pas songer à Audiard et Lautner en lisant cet album, imbibé des clichés des polars des années 1960-1970 et l’on ne s’étonne pas qu’il ait reçu le Prix Hors les murs 2017, décerné par dix établissements pénitentiaires de Normandie lors du Normandiebulle de Darnétal. Ducoudray et Ravard s’amusent avec les codes du genre, et ils s’en tirent avec brio. Même si l’album est censé se passer pendant la crise de la vache folle, au milieu des années 1990, objets, voitures et décors, tout renvoie aux sixties, jusqu’aux voisines, des mamies qui n’en reviennent pas que le « cécécépé » ait disparu (« Eh ben, c’était bien la peine qu’on vote communiste pendant vingt-cinq ans pour que ça existe plus ! »).

On est loin de l’hommage servile et stérile, et cette BD a tout pour elle-même devenir culte. Le dessin est d’une élégance folle, avec son noir et blanc et ses beaux grisés qui campent une belle ambiance, il est surtout d’un dynamisme à tout épreuve, avec des cadrages serrés et un séquençage plus qu’efficace ! Le scénario est fluide, les dialogues taillés au couteau.

Du grand art, un vrai plaisir jouissif que l’on recommande à tous les amateurs de rythme effréné et de verbe haut !

(par Tristan MARTINE)

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