Spirou & Fantasio : Paris sous-Seine - Par Morvan et Munuera - Dupuis

4 septembre 2004 4 commentaires
  • En chroniquant un tel ouvrage, on sait d'avance que l'on part en croisade. Une armée de détracteurs lui ont déjà fait le plus mauvais sort possible. Si les auteurs lisent les forums, ils doivent avoir le cœur bien accroché pour ne pas se sentir avilis par les jugements parfaitement injustes qui y sont publiés. Ils reflètent surtout le conservatisme et l'hostilité au changement d'une certaine frange de lecteurs.

La reprise de Spirou est une chose impossible. Le grand Franquin, déjà, faisait ce constat : « Je n’avais pas à intervenir [dans le choix d’un successeur à Spirou] sachant combien il est difficile de reprendre une série et de faire la liaison avec le style imposé longtemps par un autre dessinateur. Non seulement c’est difficile mais c’est horriblement désagréable pour les lecteurs de la série en question qui sont en général fâchés d’avance avec le nouveau venu, installés qu’ils sont dans leurs habitudes... »

D’abord série d’écolage : Jijé, Franquin, Fournier, Broca, Tome et Janry y ont tous fait leurs premières armes, Spirou perpétue une tradition attachée à un journal. Il n’est pas en outre la propriété de ses animateurs. La succession de Franquin a traumatisé tous les lecteurs qui stigmatisèrent un peu facilement des auteurs qui n’avaient pas le souffle, et encore moins le génie, du créateur des Idées Noires. Mais ce dernier a souffert en dessinant Spirou. C’était pour lui un boulet aux pieds. Peut-être lui doit-il la dépression qui l’accabla durant de longues années. En la portant au sommet, il a une fois de plus fait la preuve que, selon le mot d’André Gide, « l’art vit de contrainte et meurt de liberté. »

Quand Tome reprit la série avec la complicité de Janry, nombre de nostalgiques ont eu des hauts le cœur. La série Le Petit Spirou est clairement un meurtre du père, et plus certainement encore du grand-père (Jijé). Pourtant, le public l’a plébiscité, le petit groom vendant quatre fois plus que le grand... Que demande-t-on à Morvan et Munuera ? Certes de respecter, autant que faire se peut, le mythe. Mais du point de vue de l’éditeur, c’est vendre des albums tant et plus pour que la série se maintienne dans son catalogue qui est le premier objectif.

La reprise est loin d’être honteuse. Si Munuera a encore beaucoup de mal à maîtriser les personnages principaux, son interprétation laissant filer parfois une grimace, l’histoire est dynamique et bien enlevée, susceptible de séduire un nouveau et jeune public. Cette intrigue fantastique qui redonne de la vigueur au vieux Champignac et qui tente de raccrocher ce nouvel album aussi bien aux classiques de Greg et Franquin (la fameuse saga de Zorglub) qu’aux récits de Tome et Janry , se laisse lire sans déplaisir. Son évocation de Paris sous les eaux est séduisante. Les designs de Buchet pour les robots sont souvent très réussis. On ne voit pas très bien où Morvan nous emmène avec ce retour d’un amour de jeunesse du vieux savant... Constatons seulement que le trio s’est approprié la série. Espérons que, ayant pris de l’assurance, ils en feront le meilleur usage.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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4 Messages :
  • On cite jamais assez Gide pour parler de Spirou : à quand une chronique sur "Lucky Luke" citant Duras ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 7 septembre 2004 à  21:40 :

      Citer Duras à propos de Lucky Luke ? C’est facile !

      Lucky Luke par Laurent Gerra ? Comme dirait Marguerite Duras, "c’est sublime, forcément sublime."

      Allons maintenant au fond de la question : Qu’est-ce qui vous choque dans cette jolie citation de Gide ? Qu’on associe un prix Nobel de littérature avec de la BD ?

      Dans ce cas, non seulement vous seriez un lâche anonyme qui n’a pas le courage de ses opinions, mais vous seriez en outre un méprisable snob.

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      • Répondu par Ciboulette le 8 septembre 2004 à  19:06 :

        disons que la citation vient surtout comme un cheveu sur la soupe... tu nous montres que tu sais lire un dictionnaire des citations mais quel est l’intéret ??

        Pour ce qui est de l’album de Spirou, de toute évidence le nouveau personnage issu de la jeunesse du comte est destiné à revenir, et ouvre de nouvelles possibilités narratives tres larges (puisque Zorglub reviendra certainement ajouter sa "touche" personnelle à ce retour aux sources). Il faudra voir si, là encore, c’est totalement superficiel, ou si tout cela "colle" avec l’ambiance. Mais pour l’instant, cet album laisse un goût d’inachevé. On a envie d’en voir plus, ce qui est plutot positif, mais on craint aussi que cela reste dans le flou... Paradoxalement, on pourra faire une vraie critique de cet album quand le prochain sortira : on saura alors si les auteurs maitrisaient vraiment leur creation, ou si l’album est sorti dans l’urgence et sans reflexion scenaristique sur le long terme.

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  • Vous êtes bien indulgent, par cet album Spirou rejoint la Bd bas de gamme industrielle à la Vandersteen ;les personnages sont moches, schématisés a l’extrème et le scénario sans queue ni tête.
    Dupuis a pris des années pour se donner un successeur à T et J pourquoi nous avoir imposé cette daube ?
    Le seul point positif est que quoi que ces incapables feront dans le futur ça ne pourra pas effectivement être pire.(quoique)

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 7 septembre 2004 à  21:50 :

      Quand on vous disait que les vieux lecteurs nostalgiques ont du mal à accepter les changements... Cette intervention de Flocon donne le niveau.

      Il me trouve par ailleurs indulgent dans le cas de Munuera et Morvan. En revanche, il trouve plein de bonnes excuses aux clichés racistes du vieux Hergé.

      Finalement, que Flocon n’aime pas cette version de Spirou, c’est bon signe.

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      • Répondu par Flocon le 9 septembre 2004 à  15:32 :

        "Il donne plein de bonnes excuses aux clichés racistes du vieux Hergé"
        J’arrive difficilement à croire ce que je lis là .
        Hergé est vieillot, raciste et clicheteux ! d’après monsieur Pasamonik
        Ah bon ! je le note et je souhaite que ce soit bien remarqué par tous les tintinophiles et que monsieur Pasamonik assume l’entière rsponsabilité de cette affirmation.
        Je ne suis pas un vieux lecteur , j’ai 26 ans !
        J’aime beaucoup les versions de Fournier et la plupart des T et J et je suis un fervent partisan de la continuation des séries après le décès de leurs créateurs ; j’ai même écrit à Uderzo et Leloup pour les supplier qu’ils prennent des successeurs et félicité Martin pour sa générosité mais je dois dire que dans ce nouvel album , je trouve que les nouveaux auteurs n’ont pas le niveau des prédecesseurs.
        On a dû leur dire "faite un nouvel album" et les "jeter à l’eau" sans qu’il y ait derrière quelqu’un pour veiller à la qualité .
        Franquin a aidé Fournier pour son premier Spirou et T et J ont dû se dépasser pour relever le défi par rapport aux autres candidatures mais ici ( et je regrette de dire ce qui suit car c’est très cruel)je reste sur l’impression qu’ils ont choisi les auteurs actuels faute de mieux.
        Bien sûr j’espère me tromper et surtout que pour le prochain album , ils nous feront oublier cette horreur.
        Qui aime bien sait se monter sévère.

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  • Chronique d’un fan déçu annoncée
    11 septembre 2004 19:37, par Polo

    Bonsoir à tous,

    Quelle ne fut pas ma surprise ce soir, d’apprendre par le biais d’une amie, qu’un quarante-septième tome des aventures de Spirou et Fantasio était dans les bacs.

    Sept ans. Si je ne m’abuse, cela fait sept ans que j’attends un nouvel épisode des aventures de Spirou et Fantasio. J’étais en CM2 quand "Machine qui rêve" est sorti, et me voici en Terminale... Que de chemin parcouru, et toujours cette même impatience quant à la sortie d’un #47 qui se la jouait à l’Arlésienne...

    Même si j’ai découvert la série à un jeune âge, j’ai toujours su l’apprécier à sa juste valeur. Selon moi, Spirou était LA BD mythique de référence. Franquin avait su donner le style qu’il fallait à notre groom chéri. Regardez bien, si on regarde la BD "les maisons préfabriquées" dans le HS#2 "Radar le robot", et qu’on retrouve la toute première case dessinée par Franquin qui succède à Jijé, on remarque très bien ces sourcils et ces yeux noirs qui faisaient son charme à ce personnage !!!

    J’ai découvert les uns après les autres tous les albums de Franquin, par la bibliothèque municipale de ma ville, par les vieux journaux Spirou de la mère de mon voisin... C’est simple, Franquin et Spirou m’ont rendu accro de la BD Franco-Belge. J’ai beaucoup aimé pour la petite histoire, une BD dont je n’arrive plus à me souvenir du nom. C’était dessiné par Roba, et c’était une bande de gamins avides d’idées intelligentes qui avaient leur QG installé dans un champ.

    Pour tout vous dire, c’était ainsi que j’imaginais Spirou jeune. Comme faisant partie de cette Ribambelle (n’était ce pas le nom de cette BD ?).

    Mais non... Il paraît dans "le petit Spirou" comme un gamins "comme les autres" finalement...

    Grosse déception. Là où "la jeunesse de Picsou" (je suis super fan de Picsou ^^) de Don Rosa partait d’informations hyper précises laissées par Carl Barks et représentait vraiment quelque chose pour la série Picsou, ici, Tome et Janry ne font rien que profiter du succès de Spirou pour y apposer un gamin qui n’a rien à voir... Pour moi "le petit Spirou" n’a rien de mieux que "Cédric" par exemple, d’ailleurs je préfère "Cédric" qui est une BD qui est partie d’elle même, et ne présente aucune grossièreté à la Titeuf...

    Bref, passe encore, mais voici que plus ça va, et moins ça va pour Spirou...

    Les albums du Petit Spirou se suivent et se ressemblent, alors que les albums de Spirou, le Grand avec un G majuscule ne se suivent plus...

    "Luna Fatale" avait su me montrer que Tome et Janry étaient LES dignes successeurs de la série, de ce "cadeau empoisonné" comme aimer l’appeler Franquin. (vous le dites si bien dans votre article)

    Voilà "Machine qui rêve". Un style totalement différent qui me rappelle Largo Winch.

    J’avais même écrit à la rédaction de Spirou, le journal, pour demander quelques explications sur ce changement. La seule chose que j’ai eue dans ma réponse personnalisée dans ma boîte postale était "l’évolution, la clé du succès".

    Alors après cette réponse j’ai fidèlement attendu les suivants, LE #47, qui serait une suite à ce style de "Machine qui Rêve", qui était finalement pas si mal, juste différent...

    Mais rien.

    Et là voici que je vais sur le site de Dupuis, m’attendant (au titre de la BD) à une passionante enquête dans les bas fonds de Paris.

    Et là, un visuel coloré, des têtes de gamins.

    Non, le visuel me déçoit. L’ambiance glauque, que finalement on voyait déjà dans Luna Fatale, Spirou à New York... me manque.

    Je vais acheter ce nouvel épisode dès que je le pourrai.

    Mais je pars déçu...

    Voilà, j’avais envie de partager mes émotions quant à ce changement soudain.

    Autre chose, je tiens à passer un gros coup de gueule quand à ces jeunes lecteurs qui préfèrent des BD qui n’ont rien de mieux que les autres comme "Le Petit Spirou", et par là même tuent les Grandes séries comme Spirou.

    C’est ce que je me suis dit "soit T&J préfèrent délirer sur le petit Spirou, soit c’est du chiffre tout connement". C’est du chiffre. Encore une déception.

    Je pensais que T&J continueraient, j’apprends que non. Bon.

    Sur ce amis spirouphiles je vous salue chaleureusement,

    Polo

    (PS : je tiens à préciser que je n’ai pas lu "les mémoires de spirou", qui apparemment n’est plus édité depuis un bail, à ma déception, si quelqu’un l’a déjà lu, j’aimerais bien savoir à quoi ça ressemble)

    Voir en ligne : Mon Site Web

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