Tanguy Dohollau : « L’art est toujours présent dans ma vie. C’est quelque chose de naturel. »

17 août 2009 0 commentaire
  • Fils de la poétesse Heather Dohollau dont il a illustré plusieurs ouvrages, Tanguy Dohollau a également travaillé avec Edmond Baudoin ou encore Jean-Marie Gustave Le Clézio. Aujourd’hui {« Pas à pas »} est sa première bande dessinée en tant qu’auteur complet. Nous le suivons dans son univers plein de poésie, de réflexion et d’ouverture sur le monde et les autres…

Vous avez mis quatre ans je crois pour réaliser cet album ?

J’ai mis en effet quatre ans pour concrétiser sur le papier ce projet. J’avais tout d’abord écrit l’ensemble de l’histoire en détaillant plusieurs scènes sur des brouillons pendant un an. Puis j’ai commencé à la retranscrire par demi-planche les années suivantes. Cela a provoqué d’autres brouillons. Je me posais des questions pour chaque case et j’ai écarté beaucoup de dessins en réalisant les planches. Quand j’ai fait le "montage" final, j’ai enlevé plusieurs demi-planches aussi.

En êtes-vous satisfait, avez-vous atteint vos objectifs ?

Je suis plutôt content du résultat maintenant que le livre est édité. Bien entendu, il y a plusieurs choses que je modifierais volontiers, mais ce serait des petites modifications. Comme c’est la première fois que je réalise une bande dessinée, j’ai conscience qu’il y a beaucoup d’imperfections !

Jean-Marie Le Clézio, qui apprécie la Bande Dessinée, dit beaucoup de bien de vous… C’est très valorisant j’imagine ? François Cheng, également, apprécie beaucoup les poèmes de votre mère, Heather Dohollau, et vous a félicité pour « Pas à pas »… Vous êtes par contre un nouveau venu dans le milieu de la bande dessinée en tant qu’auteur, bien que vous ayez une grande expérience de l’illustration ; comment avez-vous appréhendé ce nouveau domaine artistique, avez-vous rencontré votre lectorat et que vous dit-il ?…

Je connais Jean-Marie Le Clézio depuis plus de vingt ans. C’est quelqu’un qui s’intéresse beaucoup au dessin parmi ses divers autres centres d’intérêts comme le cinéma. Il dessine lui-même. Quand il était très jeune il avait même souhaité devenir un auteur de bande dessinée.
J’avais organisé une exposition autour de ses livres l’année 1990 en Bretagne. Cette présentation avait eu lieu à la Bibliothèque de Châteaulin dans le Finistère. Elle s’intitulait L’Or des mots. C’était la première exposition à lui être consacrée. J’avais pu réunir beaucoup d’éléments originaux dont certains que m’avait confié Jean-Marie Le Clézio lui-même pour cette manifestation et il y avait une place importante réservée au dessin. Il y avait d’ailleurs plusieurs de ses dessins exposés... J’avais eu l’envie de faire cette présentation dans cette région car, quand il était enfant, il venait passer des vacances non-loin de là. Il y revient régulièrement depuis. Il a des liens très forts avec la Bretagne. C’est l’une des raisons qui nous a rapprochés.
Quand il parle de moi avec des termes très élogieux, je ne sais plus où me cacher !

C’est depuis longtemps aussi que je regarde et que je lis les livres de François Cheng. Je les ai ouvert grâce à ma mère, qui a des grandes connaissances et une bibliothèque très importante. Elle m’a mis beaucoup de livres dans les mains très jeune. Et puis ensuite, travaillant dans une librairie pendant plus d’une vingtaine d’années, j’ai vu apparaître les magnifiques grands ouvrages très illustrés que François Cheng avait fait éditer aux éditions Phébus au début des années 1980 jusqu’à ces dernières années. C’est ainsi que j’ai pu découvrir ce peintre, calligraphe et poète, au nom premier de Chu Ta. Et j’ai donc imaginé et mis en scène quelques instants de sa vie dans "Pas à pas ". Il y a une résonance particulière entre Chu Ta et François Cheng, car ils sont tous les deux nés dans la même ville chinoise de Nan Chang et ils ont eu tous les deux de grosses difficultés avec les pouvoirs en place à des siècles de distance.

Tanguy Dohollau : « L'art est toujours présent dans ma vie. C'est quelque chose de naturel. »
Extrait de "Pas à pas"
(c) Tanguy Dohollau / Des ronds dans l’O

Comment ai-je appréhendé la bande dessinée ? Je lis des bandes dessinées depuis très longtemps également et c’est un domaine qui m’a toujours intéressé depuis que je l’ai découvert. Au début, il y a... très longtemps, je lisais ce que l’on nommait des "illustrés". C’était donc il y a très très longtemps n’est-ce pas ? C’était, comme vous le savez, des bandes dessinées de la taille des mangas actuels au japon, imprimés sur du mauvais papier. Je regardais et lisais Blek le Rock, Zembla, Battler Britton.... Je lisais aussi Bibi Fricotin et Les Pieds Nickelés entre autres. Et puis, au milieu des années 1970, j’ai feuilleté un Pif gadget et je suis tombé stupéfait sur les bandes dessinées de Hugo Pratt. Ca a été un très grand choc. Par la suite, je me suis orienté vers des bandes dessinées ayant cette dimension littéraire. Je suivais, c’est le cas de le dire, la revue (A suivre) avec une grande attention. Je trouve qu’il y a encore beaucoup de choses possibles à explorer avec la bande dessinée.

Pour ce qui est de la réception de ma bande dessinée "Pas à pas " par le lectorat, je n’ai pas eu encore beaucoup d’échos sauf par les articles de presse. Mais des personnes l’ayant lu m’ont dit qu’elles avaient été très sensibles à cette histoire. Plusieurs d’entre-elles m’ont dit qu’elles l’avaient lu lentement et qu’elles la reliraient. Cela m’a touché.

Il y a en effet un petit côté « Zen » à la lecture de « Pas à pas »… Personnellement j’y ai vu une comparaison avec l’esprit des films de Ozu… Concernant la revue (A Suivre), effectivement je pense que « Pas à pas » aurait pu s’y inscrire parfaitement ; il y a beaucoup de similitudes là aussi avec l’esprit des « Romans (A Suivre) », jusque dans le format du livre. D’ailleurs votre graphisme dans un premier temps m’avait fait penser à celui de Marc-Renier à l’époque dans la revue… Avez-vous lu les mangas de Jiro Taniguchi également ? On y retrouve le même aspect contemplatif /zen que dans « Pas à pas »

Ce côté "Zen" provient aussi certainement du fait que je me suis rendu en Asie du Sud-Est et que j’ai pu rester quelque temps dans des monastères. J’apprécie beaucoup les films de Yasujiro Ozu et j’ai beaucoup pensé à lui également quand j’ai réalisé cette histoire. J’aime voir et revoir certains de ses films. J’ai lu plusieurs histoires de Jiro Taniguchi. Je garde en mémoire par exemple l’un de ses recueils d’histoires dessinées courtes. Ce sont des sortes de nouvelles dessinées. Ce recueil porte le titre en français de "L’homme qui marche". Il y a en effet des résonances dans nos perceptions. Il y a un écho sensible. "L’écho répond à l’écho, tout se répercute" avait écrit Georges Braque.

Nous apprenons par l’éditrice que "Pas à pas" est épuisé au placement en librairie. Alors que l’on sait que le marché est difficile en ce moment, que les contrats entre auteurs et éditeurs sont freinés à cause de la crise, vous signez chez un petit éditeur... Est-ce un choix délibéré, et que pensez du marché actuellement, sachant que votre expérience de libraire et votre statut d’auteur vous fait voir ces deux facettes de la chaine du livre ?

Je cherchais une maison d’édition qui correspondrait bien à mon projet.

C’est lors d’un court périple à Bruxelles l’année dernière que j’ai découvert l’un des livres publiés par les éditions Des ronds dans l’O. Je ne connaissais pas ces éditions. J’ai immédiatement apprécié la présentation et le contenu de ce livre. Puis, quelque temps après, alors que je ne lui en avais pas parlé, une personne très familière du monde de la bande dessinée, Thierry Groensteen, ayant vu et lu mon roman graphique, m’a conseillé de faire parvenir mon projet à ces éditions. Ce que j’ai fait. Nous devions vraisemblablement faire connaissance, d’autant plus que le nom des éditions fait un bel écho au contenu de "Pas à pas, à l’écoute du silence" ! J’ai rencontré l’éditrice ensuite et j’ai pu aussi voir d’autres livres qu’elle avait publiés. Cela m’a confirmé que ce choix était le bon, car j’ai également aimé les autres titres et leur contenu. Cette éditrice a été réceptive à ma proposition et nous nous sommes rapidement entendus. J’ai pu voir qu’elle était très attentive et méticuleuse. Je lui ai fait confiance ainsi qu’à ses collaborateurs pour faire exister ce livre. Et le résultat est là. Ils ont fait encore un très beau livre.

Je constate avec effarement, ce qui se passe pour les livres dans le circuit de la distribution qui fait penser à L’apprenti sorcier de Goethe. La vie d’un livre dans une librairie est de plus en plus courte. Les libraires ont à peine le temps de découvrir un nouveau livre et de vouloir en parler à leurs clients qu’il faut déjà qu’ils le retournent ! Ils sont absolument submergés par le flot incessant et grandissant des parutions

Comment faire face à ce phénomène qui s’amplifie fortement d’années en années ? Ce sont les gros éditeurs qui retirent toujours facilement leur épingle du jeu grâce à leurs moyens financiers importants leur permettant d’être très visibles. Les autres éditeurs ont dans ce contexte de plus en plus de difficultés à l’être.

Je suis sensible à ces éditeurs qui ne sont pas gros. Ils se battent avec ténacité alors qu’il est très difficile pour eux d’exister.

Tanguy Dohollau devant une de ses fresques

Pour être tout de même optimiste, je trouve que l’existence de l’Internet avec les sites, les blogs et facebook, permet de faire circuler d’une autre manière des informations. C’est une autre forme de "bouche à oreille" permettant de parler de ces livres dont on ne parle pas ou très peu dans les grands médias. Quand je travaillais dans une librairie, je trouvais que le "bouche à oreille" était la forme la plus efficace pour la vie d’un livre, car elle est simple et vraie. Il y a plusieurs exemples de livres qui se sont fait connaître en dépassant largement les modes d’information classique. L’existence de l’ Internet est dans ce sens une chance.

Vous partagez avec Le Clézio le même goût pour la Bretagne, que vous représentez dans "Pas à pas"... Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je suis né en Bretagne au nord de cette région entre Brest et Rennes, à Saint-Brieuc. Cette ville est située au creux d’une vaste baie où la mer vient et se retire sur de très grandes étendues. Et j’ai eu la chance de me rendre souvent sur l’île de Bréhat où mes parents habitèrent. J’y allais très souvent jusqu’à l’âge de vingt ans. Je voyage beaucoup, mais je suis comme les escargots ou plutôt les... berniques qui retournent toujours au même endroit après leurs déambulations. Aujourd’hui, et cela depuis une vingtaine d’années maintenant, j’habite tout au bord de la baie de Saint-Brieuc. Selon les marées, je suis au bord des sables ou de la mer. J’aime regarder ces espaces de sable et j’aime écouter et voir la mer qui change tout le temps en restant immuable. Quelques pages de mon journal dessiné de cet endroit où je vis le plus souvent ont été publiées dans un recueil portant le titre de « Par les grèves ». Sous ce titre, en ombre, on peut lire aussi « Par les rêves ».
Je suis très attaché à ces espaces qui ont une grande force.

La cécité est un sujet rarement abordé en bande dessinée ; pourquoi ce choix ?

On vit le plus souvent sans se poser de questions sur le fait que l’on peut voir, entendre, marcher... jusqu’au jour où l’on perd pour un temps ou définitivement l’une de ces facultés. Et quand cela arrive on se rend compte de la chance que l’on a d’avoir ces fonctions. Cela ne m’est jamais arrivé, mais j’ai présent à l’esprit cette chance que nous avons. Et, comme je dessine, le regard est très important dans ma vie. Je me suis souvent interrogé sur ce fait de voir et sur nos façons de regarder. À un moment au cours de l’histoire dans Pas à pas, Pierre se souvient que Lucie lui avait dit "Combien de fois, quand on peut voir, prend-on le temps de regarder - vraiment - quelque chose dans une journée " ( 8ème case, p.89 ). C’est quelque chose dont je me suis rendu compte au fil du temps. On ne regarde pas vraiment ce qui nous entoure le plus souvent, il me semble. Il faut en faire l’apprentissage. Il faut apprendre à en avoir la patience. Cela peut se faire lentement. C’est le cas aussi pour nos autres sens que l’on sous-utilise le plus souvent. Mais on peut ne pas en avoir la possibilité dans les contextes de travail auxquels on peut être confrontés. C’est aussi une question de disponibilité.

C’est vrai que je ne connais pas beaucoup de bandes dessinées évoquant cet handicap. Mais il y en a certainement que j’ignore. On trouve un effroyable aveugle dans l’adaptation de L’Île au trésor de Stevenson par Hugo Pratt. Il y a un court récit de Edmond Baudoin qui est dans son album Carla. Il y a aussi La fantôme de E. Vaccaro et G.Pervieux.
Dans la littérature, l’un des premiers à en parler, étant lui-même aveugle, est sans doute Homère. Il y a eu beaucoup plus tard Diderot qui avait écrit Lettres sur les aveugles et puis plusieurs écrivains au XXème siècle, dont Jean-Marie Le Clézio. On trouve beaucoup plus d’histoires avec des aveugles dans le cinéma ; ainsi dans le film de Woody Allen Hollywood Ending par exemple.

Votre histoire à un côté pédagogique, initiatique, avec ces deux êtres qui se découvrent l’un l’autre ainsi qu’eux-mêmes... C’est presque une ascension spirituelle.

J’ai appris beaucoup de choses en réalisant, page à page, cette histoire. Si ce que j’ai abordé peut inciter aussi le lecteur à en savoir plus j’en serai heureux.

Nous suivons la progression de cette rencontre entre Lucie et Pierre qui devient peu à peu une amitié très grande. Il y a un cheminement qui est fait par les personnages et le lecteur peut participer à ce cheminement.

Quand on découvre Pierre au début du récit, on s’aperçoit vite qu’il est imbu de lui-même. C’est progressivement que son attitude va changer après avoir fait plus ample connaissance avec Lucie. Le lieu où il se trouve aussi va jouer dans cette transformation. Lucie, quant à elle, va aussi progressivement évoluer. Pierre lui permettra de se confier et cela la fera également changer. Et puis il y a Chu Ta dont on suit quelques instants de la vie en contrepoint des rencontres entre Lucie et Pierre. On assiste à son lent apprentissage qui modifie en profondeur son appréhension du monde. À travers le temps, ces trois personnages ont des points communs.

L’art est un autre aspect important de ce livre. Quel rôle joue-t-il dans votre vie ?

L’art est toujours présent dans ma vie. C’est quelque chose de naturel. J’ai côtoyé très jeune des œuvres par le biais des reproductions surtout grâce à mes parents et en particulier grâce à ma mère. Ensuite, quand j’ai commencé à pouvoir voyager, j’ai fréquenté les musées et les galeries également. Cette fréquentation d’œuvres d’art se poursuit aujourd’hui et je suis toujours aussi curieux de découvrir de nouvelles réalisations artistiques. C’est un attrait simple, intuitif et émotionnel. On trouve cette dimension par Lucie qui évoque plusieurs choses qui la touchent dans l’art. L’art c’est prendre le temps de regarder, mais c’est aussi prendre le temps de sentir, toucher, écouter et goûter. C’est quelques bribes de tout ça que j’ai mis dans cette histoire.

« Pas à pas » n’est pas une BD autobiographique mais il y a un air de ressemblance entre le héros et vous (si l’on compare votre photo dans le livre avec le dessin de la 8ème case à la page 8, par exemple, c’est frappant) ; avez-vous rencontré une femme qui ressemble à Lucie ?…

Pour ce qui est de la ressemblance entre Pierre, l’un des protagonistes de l’histoire, et moi, oui, c’est indéniable ! Et pour cause ! Je me suis servi de mon apparence physique pour lui. Je l’ai un peu transformé tout de même pour que la ressemblance ne soit pas trop évidente. Pourquoi moi ? Et bien, n’ayant pas de "modèle" pour ce personnage sous la main, j’ai trouvé bien pratique de pouvoir me faire poser à n’importe quel moment sans le demander à quelqu’un.

Pour ce qui est du personnage de Lucie, c’est différent. J’ai fait la connaissance d’une femme aveugle et elle a prêté ses traits pour incarner Lucie. Cette personne a aussi participé à cette histoire par plusieurs de ses propos que l’on trouve dans le récit. Ce qui n’était pas prévu par moi au départ. Elle a joué un grand rôle dans cette histoire et je l’en remercie encore. J’ai fait sa connaissance d’une manière assez étonnante. Il faut revenir au tout début où je commençais à brouillonner cette histoire. J’avais montré quelques pages à une personne me demandant ce que je faisais. J’avais fait des croquis imaginaires de Lucie entre autres. Cette personne me dit alors qu’elle connaissait cette femme aveugle que j’avais dessinée et que je ne l’avais pas inventée ! Je la connaissais certainement ! Je la persuadais que je l’ignorais. Alors quelques semaines plus tard, elle me la présenta. C’était très troublant, car elle ressemblait vraiment à mon personnage. Nous avons discuté et je lui ai parlé de mon projet. Elle était très intéressée. Elle voulait bien y participer - ceci dit avec un grand rire - si je montrais quelqu’un dans sa situation comme une personne "normale" bien qu’ayant cet handicap. Cette première rencontre a été suivie par plusieurs autres où elle me parlait de sa vie de femme aveugle au quotidien. Elle est kinésithérapeute et est aveugle depuis l’âge de 18 ans. Son apport est important dans cette histoire.

Votre dessin est très fin, précis, léger également. Quelle technique avez-vous utilisée et quelles sont vos éventuelles influences ?

Pour ce livre, Pas à pas, à l’écoute du silence, j’ai souhaité dessiner dans une tonalité faisant écho à Lucie et à sa perception de la lumière. Elle ne peut percevoir que des variations entre le noir le plus dense et le blanc le plus lumineux. Et puis comme il y a la présence de Chu Ta, ce peintre chinois du XVIIe siècle présent dans cette histoire, il y a la peinture chinoise et en particulier cette utilisation du lavis très souvent employé en Chine à l’époque de Chu Ta. J’ai donc utilisé de l’encre de Chine principalement. Les personnages, les décors ainsi que le contour des cases sont réalisés avec une plume. Pour ce qui est de la colorisation de chaque case, je me suis servi du lavis qui offre la possibilité de nuances très subtiles. Pour les réalisations artistiques de Lucie, j’ai utilisé le crayon à papier et l’aquarelle. Comme le livre a été très bien imprimé, il y a une excellente restitution de ces différents médiums.

J’ai été influencé certainement par beaucoup de choses avant et pendant la concrétisation de cette histoire sur le papier. L’influence artistique picturale est donc liée à la peinture chinoise. C’est un aspect que je voulais bien montrer pour ce récit. J’ai composé cette bande dessinée avec un contrepoint que l’on retrouve tout au long du déroulement de ces histoires mêlées. Il y a des cases bien délimitées quand il s’agit de l’histoire se passant en Bretagne, et pour ce qui est des instants de la vie de Chu Ta, ce sont des cases qui ne sont pas cernées par des traits pour apporter une autre dimension à ces moments qui sont décrits. J’ai voulu définir aussi ces passages brefs de la vie de Chu Ta avec la vision intérieure de Lucie et ensuite celle de Pierre. Leurs visions sont aussi légèrement différentes et je les ai transposées ainsi sur le papier. Par ailleurs, ayant lu beaucoup de bandes dessinées, il doit y avoir aussi des influences souterraines de certains auteurs auxquels je suis sensible. Une autre influence est celle du cinéma par le découpage, le "montage" de cette histoire. J’apprécie beaucoup le cinéma et je pense que, même inconsciemment, j’en ai été influencé pour ma bande dessinée.

J’ai fait plusieurs allusions aux cinéastes Andreï Tarkovski et moins directement à Ozu. Il y a des allusions à d’autres cinéastes aussi, mais il faut plus les chercher. J’ai salué à ma façon, ces films en noir et blanc qui avaient une qualité d’images superbes. Grâce aux DVD ont peut revoir ces films avec une très bonne restitution de la qualité de ces images.

Vous avez été invité en résidence à la Villa Marguerite-Yourcenar. C’est une première pour un auteur de bandes dessinées… Que pouvez-vous nous dire de cette expérience ?

Oui, c’est une belle récompense cette résidence dans la "Villa Médicis du Nord " comme elle se fait aussi appeler. J’y ai été tout le mois de juillet au même moment que deux écrivains. Je vais y retourner tout le mois de novembre aussi. C’est la première fois qu’un dessinateur et auteur de bandes dessinées - maintenant que j’ai une bande dessinée de publiée - est invité dans ce très beau lieu. Comment cela s’est passé ? J’ai surtout continué mon nouveau projet d’histoire dessinée pour lequel je ne suis qu’à la phase de l’écriture du scénario. J’ai surtout brouillonné. C’est un endroit très calme et qui permet de se concentrer sur ce que l’on a envie de faire. Je l’ai entrecoupé de promenades dans le vaste parc, de lectures, car il y a plusieurs bibliothèques dans cette imposante demeure, et par des rencontres dans les médiathèques de cette région qui exposaient des planches que l’on retrouve dans "Pas à pas " principalement. Cette première invitation d’un auteur-dessinateur sera suivie certainement par d’autres. C’est une reconnaissance pour le 9 ème art.

(par François Boudet)

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