"Topo" n° 1 : le début d’une nouvelle aventure éditoriale

1er septembre 2016 4 commentaires
  • Ce jeudi 1er septembre paraît le n° 1 de la revue "Topo", destinée au moins de vingt ans. Concocté par l’équipe de "La Revue dessinée", qui allie ici humour et pédagogie, d’une grande diversité et, de ce fait, un peu inégal, ce premier numéro augure d’une nouvelle aventure et d’un réel pari éditorial.

Le projet de la revue Topo fut lancé il y a quelques mois par l’équipe de La Revue dessinée. Nous retrouvons ainsi Sylvain Ricard (directeur de la publication), Franck Bourgeron (directeur de la rédaction) et quelques auteurs ayant déjà officié pour La Revue, comme Marion Montaigne, Benjamin Adam ou Pochep. Ce projet était clair : offrir aux moins de vingt ans une revue décortiquant l’actualité, tous les deux mois, au moyen de la bande-dessinée. Chaque « article » ou presque devait être réalisé par un duo associant un journaliste et un dessinateur. ActuaBD vous a présenté le site de Topo au moins d’août : la revue papier en reprend la typographie et l’esprit.

Ce premier numéro a été réalisé grâce à un financement participatif, avec une campagne de pré-abonnement [1]. Sont prévus six numéros par an, soit un tous les deux mois : le prochain est déjà annoncé pour le 3 novembre. Ce rythme de parution doit être mis à profit pour prendre du recul sur l’actualité et permettre aux auteurs de prendre le temps de l’analyse. Sans aller jusqu’au « slow journalisme », la rédaction de Topo souhaite éviter de courir après la mode tout en donnant des clés de lecture du monde actuel. Ce que parvient à faire, globalement, ce numéro.

En effet, le choix des sujets, axés culture et société, ainsi que la façon de les traiter, sont bien ancrés dans le présent. Pour autant, nous échappons aux marronniers comme aux clichés : rien sur la rentrée, sur les bleus, sur les Pokémons… Et c’est heureux. En lieu et place, Topo nous donne à lire une grande variété de contributions, que l’on peut regrouper en trois catégories.

"Topo" n° 1 : le début d'une nouvelle aventure éditoriale

La force de la revue réside tout d’abord dans ses reportages, enquêtes et témoignages les plus denses. Claire Le Nestour et Matthieu Méron nous expliquent comment YouTube est devenu une « usine à fric ». Guillemette Faure et Benjamin Adam tentent de répondre, avec une grande clarté, à cette épineuse question : « Pourquoi Barack Obama n’a-t-il pas réussi à interdire les armes aux Etats-Unis ? ». Pierre Corbinais et Léon Maret révèlent pourquoi une partie de l’industrie du jeu vidéo reste raciste et sexiste. Zineb Dryef et Benjamin Bachelier transcrivent les témoignages de deux jeunes Syriens réfugiés en France. Description de la marchandisation du Net, explication du blocage politique américain sur les armes à feu, dénonciation des clichés et discriminations dans les jeux vidéo, approche humaniste des migrations : Topo choisit son point de vue, l’assume, et le fait avec intelligence.

PNG - 338.2 ko
"Pourquoi Barack Obama..." p. 40-41 (c) Guillemette Faure / Benjamin Adam / Topo 2016

Nous pouvons ensuite regrouper dans une deuxième catégorie des participations au format intermédiaire, de quelques pages, et apportant comme une respiration puisqu’il s’agit de traiter de sujets moins graves, parfois avec humour. Pascal Pierrey et Marion Mousse reviennent sur l’histoire des Sex Pistols, avec un dessin qui correspond bien au sujet. Marion Montaigne, dans la veine de son blog Tu mourras moins bête…, nous apporte son éclairage sur la pilosité humaine. Frederick Peeters nous rappelle quant à lui, après de poétiques détours, pourquoi la Joconde est considérée comme un chef-d’œuvre. Et Bernard Génin met en lumière l’apocalypse « selon Hollywood », soutenu par le trait virtuose d’Hugues Micol.

PNG - 288.9 ko
"Tous à poils !" p. 52-53 (c) Marion Montaigne / Topo 2016

Dernière catégorie enfin : des formats très courts, d’une à quatre pages, parfois très sérieux, parfois simplement humoristiques. C’est peut-être avec ces formats que Topo est la moins convaincante. Nous apprécierons la rigueur de Stefanie Schüller et Stéphane Trapier brossant le portrait d’Angela Merkel ou le second degré et l’art de la caricature de Pochep à propos de Tyrion Lannister et Game Of Thrones. En revanche, l’humour de Nine Antico, Lisa Mandel ou Nix laissent plus dubitatifs (mais peut-être faudrait-il interroger un "moins de vingt ans" ?). Les analyses de Zineb Dryef et Donatien Mary – sur le complotisme – et de Pauline Auzou et Vincent Sorel – sur une photographie de Martin Parr, si elles sont intéressantes, pourront laisser certains lecteurs sur leur faim de connaissances.

PNG - 276.3 ko
"Tyrion Lannister" p. 102-103 (c) Pochep / Topo 2016
JPEG - 109.4 ko
Kinderlan (c) Mawil - Gallimard Jeunesse

Deux contributions doivent cependant être mises à part. Topo nous permet ainsi de lire un extrait de Kinderland (Gallimard Jeunesse) de Mawil. La chute du mur de Berlin est en effet un épisode historique qui mérite bien une exception. Autre récit singulier, celui de Stéphane Melchior et Sacha Goerg : prémices d’une série fictionnelle ayant pour toile de fond le 13 novembre 2015, Le Meilleur des Mondes possibles attire par la fraîcheur de son dessin et ses couleurs pastel, mais interroge quant aux intentions de ses auteurs.

PNG - 463 ko
"Le Meiller des Mondes possibles" p. 128-129 (c) Stéphane Melchior / Sacha Goerg / Topo 2016

Le soin apporté aux couleurs, à la maquette ainsi qu’à la conception graphique, due à Emma Huon-Rigaudeau et Cizo, ne gâche rien, bien au contraire. Mise en page sobre et moderne, colorisation vive sans être criarde, papier et couverture de qualité font de Topo un bel objet. Un ensemble qui donne envie d’en voir et d’en lire plus…

Nous avons donc là un numéro riche, bien qu’un peu inégal, mais qui répond à ses principaux objectifs. Le défi est certes difficile à relever. Visant un lectorat jeune, d’adolescents principalement, Topo aura à trouver son équilibre. Son aventure est quoi qu’il en soit bien lancée.

Découvrez la librairie de BD numérique ActuaBD avec Sequencity

[1Le lecteur au regard perçant pourra retrouver le nom de l’auteur de ces lignes parmi ceux des pré-abonnés, cités en fin de revue. Ce qui lui a permis de lire la revue dès le mois d’août... et donc de rédiger cette chronique. Mais il n’y a pas de dividendes prévus : donc aucun conflit d’intérêt !

Documents
"Les Sex Pistols, des punks tout crachés" p. 32-33 (c) Pascal Pierrey / (...) "Le derrière de la Joconde" p. 72-73 (c) Frederick Peeters / Topo (...) "L'apocalypse selon Hollywood" p. 118-119 (c) Bernard Genin / Hugues Micol / (...)

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  4 Messages : Participez à la discussion