Nouvelle donne pour le FIBD à Angoulême : la mairie passe à droite

31 mars 2014 6 commentaires

On s’était habitué à la figure du maire PS Philippe Lavaud dans le dialogue toujours musclé entre le Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) et la mairie d’Angoulême, l’un des principaux bailleurs de fonds de la manifestation. Suite aux élections municipales, il va devoir faire la place à l’UMP Xavier Bonnefont très confortablement élu, avec 60,15% des suffrages.

Élu en 2008 face au maire centriste Philippe Mottet, Philipe Lavaud ramenait la mairie à gauche après 9 ans à droite, à la suite du scandale financier laissé par le socialiste Jean-Michel Boucheron.

Il reprend le dossier au moment où l’association du Festival confie, à la suite d’une sorte de putsch contre son directeur Jean-Marc Thévenet, la gestion du FIBD à 9e Art+ pour un contrat de dix ans qui a suscité bien des interrogations et des polémiques. C’est Samuel Cazenave qui est alors le représentant de la mairie dans le cadre de la signature de cet accord entre l’Association (Loi 1901) du FIBD et 9e Art+.

En 2009, Lavaud obtient que la quote-part de la ville soit réduite, rééquilibrant le financement public en mettant pour partie la charge sur l’Agglomération du Grand Angoulême, c’est-à-dire sur les communes avoisinantes, également contrôlées par la gauche. Une décision plutôt habile. Quelques temps plus tard, il inaugure le tout nouveau Musée de la bande dessinée en compagnie de Ségolène Royal. Les relations sont au beau fixe.

En 2010, après une partie de bras de fer avec Franck Bondoux, le patron de 9e Art+, qui menace d’annuler la 37e édition du Festival, si l’on ne lui garantit pas un accord qui pérennise les subsides accordés au FIBD, il signe un contrat triennal reconductible tous les trois ans. Dans la foulée il lance le projet d’une Très Grande Médiathèque qui devrait desservir 15 communes environnantes.

Conflit ouvert avec la Cité de la BD

Mais son accord avec le FIBD et son projet de médiathèque laissent un grand déçu : Gilles Ciment, le patron fraîchement nommé de la Cité de la BD dont les financements dépendent pour l’essentiel du Conseil Général de Charente, dirigé par le sénateur Michel Boutant, socialiste d’une tendance rivale à celle de M. Lavaud, et de l’État, puisqu’il s’agit d’un musée national, et non de la ville.

Par ailleurs, le très ambitieux Gilles Ciment voit d’un mauvais œil la manœuvre de 9e Art + qui tend (et qui y réussit...) à "privatiser" son établissement dans la période entourant le festival, qui lui interdit l’accès à tout financement privé via des sponsors dans ce cadre, de même que toute communication sur son établissement à propos de l’événement qui se passe pourtant dans ses murs.

Ciment craint aussi que le projet de médiathèque soit un moyen de "déshabiller" les missions de son équipement public, notamment par la mobilisation de ses collections de bandes dessinées pour alimenter la bibliothèque de la médiathèque, alors que la Cité possède une bibliothèque de BD qui fonctionne déjà très bien.

À partir de ce moment, M. Lavaud quitte sa position de conciliateur pour se ranger derrière 9e Art + et c’est le début d’une guerre picrocholine qui alimente la chronique angoumoisine régulièrement.

Malgré les exhortations du maire poussant le FIBD et la Cité "à s’entendre", jamais un accord entre les parties ne sera signé.

Actuellement, sa signature est toujours en suspend, Gilles Ciment, récemment reconduit dans sa fonction, refusant de le signer. Le Directeur Général de la Cité est d’ailleurs en congé maladie depuis janvier dernier, victime d’un sévère burn out, sans doute imputable à cette situation proprement névrotique.

La nouvelle donne politique va-t-elle changer les équilibres entre le FIBD et la Cité ? L’allié UDI Samuel Cazenave, deuxième sur la liste du maire, qui lui doit, par son soutien, une part substantielle de son élection, s’il suit sa logique : "Qui paie, décide !", devrait laisser les coudées franches à la Cité comme au FIBD, deux entreprises aux logiques distinctes, chacun faisant sa part de travail sans interférer sur l’autre. La balance devrait logiquement pencher en faveur de la Cité, implantée localement et pourvoyeuse d’emplois. Une structure pérenne susceptible d’élaborer une vraie stratégie de déploiement économique autour de la bande dessinée comme en rêve l’élu.

La nouvelle mairie pourrait jouer un rôle pacificateur en invitant les parties au dialogue. "Je pense qu’Angoulême a besoin de son Grenelle de la BD rapidement, nous disait Samuel Cazenave qui risque bien de devoir piloter le dossier dans quelques jours. À un moment, on prend la main parce que l’on discute avec les gens. Personne ne discute avec personne, ici. Chacun est derrière sa citadelle, derrière sa Ligne Maginot. Il ne se passe rien. Le maire, le président du Conseil général, le patron de la CIBDI, le patron de 9e Art +. Bondoux ne voit jamais le maire, Ciment, non plus. Il y a un vrai problème d’autisme complet sur ce secteur qui est pourtant majeur."

Justement, nous croyons savoir que le ministère de la culture doit réunir tous les financeurs du FIBD ces jours-ci. Une occasion unique pour pacifier le dossier et redonner une dynamique à la bande dessinée à Angoulême.

DP

En médaillon, le nouveau maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont.

Photo : DR

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6 Messages :
  • 60, 15% ; ce n’est pas une victoire arrachée de justesse. On peut le féliciter et l’encourager pour trouver un bon accord avec le FIBD, à une époque où les subventions publiques (enfin, financées par nos impôts) se raréfient. De nombreuses pistes de reflexion sont ouvertes, il suffit de voir ce qui coûte de l’argent et ce qui en rapporte, poste par poste.

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  • Ca va pas simplifier les choses, la droite a toujours détesté la bande dessinée...

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    • Répondu le 31 mars 2014 à  20:45 :

      Comment lancer un débat : énoncer une vérité toute faite. J’attends maintenant ceux qui vont répondre à peu près : "Mais non, je suis de droite et je défend depuis toujours la bande dessinée". Ce à quoi plusieurs vont suivre par "Qu’a fait la droite pour la bande dessinée ?", " et la gauche alors ?" On risque ensuite de lire quelques réflexions sur les subventions à la Culture, le prix unique du livre, et les ministres successifs qui n’y connaissaient rien. Je conclurai bien par une digression sur les auteurs qui, de toute façon, exercent tous une profession libérale. Le tout ponctué par quelques insultes et reproches à certains de garder l’anonymat.

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    • Répondu par max le 31 mars 2014 à  21:05 :

      Parce que la gauche aime la BD ?!!! Ahahah, la gauche aime UNE forme de "Bayday"....

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    • Répondu par Oncle Francois le 1er avril 2014 à  11:04 :

      ah bon ? alors Le Figaro ne doit pas être de droite, car ils publient de plus en plus souvent des articles de qualité sur la bande dessinée.

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