Adieu Dominique Corbasson

23 février 2018 7 commentaires
  • Dominique Corbasson, une belle artiste, nous a quittés hier des suites, comme on dit, d’une « longue maladie » ; elle allait sur ses 60 ans. Discrète, bien que mondialement connue, elle avait travaillé pour des dizaines de magazines internationaux et était l’illustratrice de référence pour de grandes marques. Elle exposait régulièrement à Paris, Genève, Tokyo et Dinard. Elle avait illustré aussi de nombreux livres pour enfants et une seule BD : « Les Sœurs Corbi », un album aux accents quelque peu autobiographiques publiée chez Gallimard BD.
Adieu Dominique Corbasson
Joli Paris par Dominique Corbasson - Ed. Milan

Voici un an, elle faisait une expo en commun à la Galerie Huberty-Breyne avec son époux François Avril où sa délicate palette colorée se déclinait dans des paysages urbains qui faisaient écho à ceux de son mari. Un dialogue charmant, musical pour ainsi dire, les traits fluide de Dominique répondant aux variations plus cérébrales de François.

Après son diplôme de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, Dominique Corbasson avait commencé comme styliste dans une grande maison de mode où elle faisait des croquis d’ambiance ou des sujets pour des foulards. Puis, elle travailla en indépendante pour les sociétés de textile réalisant des maquettes pour des imprimés de tissus d’ameublement, de lingerie ou de vêtements pour enfants. Mais bientôt l’illustration l’attire et elle pousse les portes de la rédaction du Cosmopolitan qui lui publie ses premiers dessins.

Dominique Corbasson en février 2017.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Une carrière internationale

Elle prend ensuite un agent (Tiphaine Illustration) et multiplie les travaux pour la presse (Figaroscope, Figaro Madame, Cosmopolitan, Vanity Fair, Psychologies magazine, Bayard Presse, Maison Magazine, Muze, Vivre Côté Paris...).

Envoyant sa carte de vœux à l’agent de François Avril au Japon qui ignorait qu’elle était son épouse, elle est prise « à l’essai » et c’est le succès. Elle croule très vite sous une multitude de demandes d’illustrations, surtout dans le secteur de la mode japonaise. Son nom devient une référence là-bas, couvrant des grandes campagnes qui se déclinent à toutes les saisons. On lui commande des dessins pour des accessoires, des foulards, des assiettes… « On a gagné plein de sous et cela nous a permis d’aller souvent au Japon » racontait-elle joyeusement.

Cette relation avec le pays du Soleil Levant ne s’arrêta pas, François Avril y travaillant également : on l’a vu concevoir des habits pour les poupées Blythe !, tandis qu’un autre agent lui permet de rebondir aux États-Unis et de voir ses dessins publiés dans Vanity Fair ou dans des publicités pour Tiffany…

Un style immédiatement reconnaissable

« Mon dessin est sans trait, nous expliquait-elle. Celui qui m’a inspiré à mes débuts, c’est Raoul Dufy parce qu’il pouvait faire des arbres bleus ou jaunes, le trait changeait de couleur… Mes lumières, je les ai un peu chopées chez Bram Van Velde où les couleurs sont mises les unes à côté des autres mais où il y a toujours du blanc qui circule, ce qui donne de la lumière au dessin. J’aime ce genre de dessins aérés où les couleurs ne sont pas « salies ». Elles sont juxtaposées mais pas mélangées, ce sont des « vraies couleurs », il faut que ce soit lumineux, frais...  »

Il y a dans son dessin un jeu sur le fluide, voire le flou. « Il y a différentes écritures dans mes dessins, analysait-elle. Des fois il y a des choses qui sont en masse, compactes, qui se posent comme des taches architecturales. Après, je « tricote », je reviens avec des choses plus fines, j’affine, je reprends parfois même au crayon de couleur pour avoir des traits très fins. La peinture m’a amené à travailler sur des plus grands formats, avec une plus grande liberté dans les thèmes. Je suis très instinctive. »

Les Soeurs Corbi Par Dominique Corbasson (Ed. Gallimard BD)

Elle avait publié un livre, Joli Paris (Ed. Milan) où elle mettait en lumière le Paris qu’elle aimait : «  Il y a toujours quelque chose à découvrir : l’architecture, les proportions des fenêtres, des portes, des jolies cours, des jardins… Je ne cherche pas à dessiner des choses oppressantes, angoissantes. Je dessine des choses qui me font plaisir. Il faut que cela ait l’air facile… »

En 2009, elle publie sa première et seule bande dessinée, Les Sœurs Corbi (Gallimard BD) où deux Miss Marple jumelles aux airs d’ingénues partent enquêter sur une série de meurtres dans le 16e arrondissement de Paris. Elle luttait contre la maladie depuis des années, avec un courage indescriptible. Ses dessins aux thématiques universelles et intemporelles lui assurent l’éternité.

Les Soeurs Corbi Par Dominique Corbasson (Ed. Gallimard BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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7 Messages :
  • Adieu Dominique Corbasson
    23 février 19:53, par Basil Sedbuk

    Petite précision, ce n’est que le 30 mars qu’elle allait avoir 60 ans. Elle en avait donc 59.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 février à  21:34 :

      Merci. C’est corigé.

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    • Répondu par m Christine Martinez le 24 février à  05:52 :

      Dominique la talentueuse la discrète la battante la bienveillante la courageuse
      Et bien d autres qualités qui te qualifient
      Tu resteras toujours dans nos ❤ et à travers ton oeuvre tu vas vivre a jamais
      Mon amie de toujours je ne t oublie pas !!!
      Just Love

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      • Répondu par isabelle Kleinert le 25 février à  08:52 :

        Belle hommage, ma chère cousine si talentueuse....

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  • Adieu Dominique Corbasson
    27 février 00:00, par Philippe Wurm

    J’adorais les "sœurs Corbi" !
    C’est un livre enjoué, au ton si particulier et enthousiasmant, il m’a aussi permis de mieux connaître et apprécier Dominique. Sa disparition est très très triste. Son Art fait de douceur, de légèreté et de lumière bienveillante nous aidera à poursuivre le dialogue discret avec elle.
    Toutes mes pensées vont à François, leurs filles et sa famille.

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  • La beauté, simplement.
    9 mars 09:26, par bernard cosey

    Je suis un grand fan des travaux de Dominique Corbasson, depuis toujours.
    Et j’apprécie autant ceux de François Avril.
    Bernard Cosey

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