Fishermen story t.1 « En attendant Hemingway », par Konior chez Caravelle

11 septembre 2004 0 commentaire
  • Un climat humide à en faire pleurer la reine d'Angleterre, des couleurs d'automne aux îles Féroë, un lac, deux pêcheurs et des poissons gros comme l'Empire State Building... Bienvenue dans l'univers déliro-dépressif de Konior.

Un beau matin, un pêcheur voit la taille des poissons de son lac multipliée par... beaucoup. Et un poisson qui pèse -à la louche - quelques tonnes, c’est pas très sympathique ! Le pêcheur d’en face, lui, n’hésite pas à se prendre en photo à côté de l’un de ces pachydermes marins. C’est le début d’une lutte entre ces deux hommes et les monstres nouvellement apparus. Au cours de la bagarre apparaîtront un éléphant, un faux chef de gare vraiment neurasthénique, deux hiboux et Ernest Hemingway avec lequel l’oncle d’un des pêcheurs a fait les quatre cents coups en Afrique.

En termes de scénario, le début d’En attendant Hemingway semble tout droit sorti d’un trip aux champignons hallucinogènes. Pourtant on tourne les pages, happé par cette ambiance particulière et la logique interne - mais très sûre - qui sous-tendent les premières planches. Ce n’est qu’à la page 34, avec l’arrivée effective d’Hemingway, que l’on commence à entrevoir l’existence d’un scénario autre que purement absurde. On aurait d’ailleurs tendance à le regretter. En effet, le charme de cet album tient certainement au flou, à l’abscons dans lequel il nous plonge. À vouloir trop expliquer ses délires, Konior fait ressortir les faiblesses scénaristiques de l’album.

Côté dessin, Konior a su peindre une ambiance et des décors à se fracasser la tête contre les murs. La couleur directe est glauque à l’extrême, alors que le trait est naïf, voire sympathique. Des deux pêcheurs, on ne voit que les yeux, perdus qu’ils sont sous leurs chapeaux, engoncés dans leurs grands pardessus. L’un d’eux a des faux airs de Napoléon, d’ailleurs son oncle s’appelle Léon... Un rapport ? Les poissons géants ont l’œil mauvais et les dents agressives. Difficile à décrire le dessin de Konior, mieux vaut regarder la couverture pour comprendre. La seule chose à dire, c’est que chaque planche, chaque case, fait rire (éventuellement jaune) le lecteur.

Fishermen story est une belle série, une résurgence de l’absurde dans la BD, un album à l’humour différent comme il n’y en a pas assez. Espérons que Joachim Regoutcontinuera dans cette voie originale et n’hésitera pas à faire travailler ses auteurs.

Voir en ligne : Le site des éditions Caravelle

(par Martin Grillard)

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