Biographie de Franquin (1) : premiers dessins

14 septembre 2004 0 commentaire
  • Interviewer André Franquin était un véritable bonheur. On retombait en enfance. Il nous entraînait avec lui dans sa cour de récréation imaginaire où les petits peuvent enfin faire la nique aux plus grands grâce aux bonnes blagues qu'il inventait pour eux. Nous avons choisi de retracer sa vie et sa carrière via des extraits d'entretiens.

1924, le 3 janvier
André Franquin naît à Etterbeek, une commune de Bruxelles, en Belgique qui avait également vu naître, seize ans plus tôt, un certain Georges Rémi, qui n’était pas encore Hergé.

"Ma famille était de celles où l’on ne riait pas", se rappelait Franquin. "Mes parents étaient très renfermés. Mon père, un employé de banque, était très sérieux. Et moi, entre eux deux, j’avais cet énorme besoin de rire que je ne parvenais pas à combler. J’aurais acheté du rire comme on achète de la drogue ! C’est peut-être cet énorme manque qui a décidé de ma carrière. J’avais tellement envie de faire rire les gens ! Par contre, notre maison était envahie d’animaux, et c’est certainement pour cela qu’il y en a tellement dans les gags de Gaston."

1929, le 10 janvier
"Le Petit Vingtième" publie les deux premières planches de "Tintin". André Franquin, lui, dessine sans arrêt.

"Cinq ans, c’est le véritable âge de mes débuts dans le dessin. Je dessinais par vagues, beaucoup à certains moments, pas du tout à d’autres. Et mon envie d’être dessinateur est venue très vite mais je ne visais pas du tout la bande dessinée. En fait, quand je me suis présenté aux Editions Dupuis, je n’en avais jamais fait. Par contre, j’en dévorais. Je lisais mes illustrés sur le chemin de l’école, les aventures de Tintin, mais aussi "Mickey", "l’Os à Moëlle", "Robinson", etc. Parfois, je recopiais certains des dessins, mais cela ne me satisfaisait pas..."

1929, le 4 février Biographie de Franquin (1) : premiers dessins
Son premier dessin est immortalisé.

"Je l’avais dessiné sur un tableau noir. Mon père l’a trouvé tellement réussi qu’il l’a apporté chez un de ses amis photographes. Il l’avait nettoyé complètement auparavant, et il avait ajouté mon nom et la date précise de la réalisation de cette "oeuvre immortelle" avant de la faire photographier. "

C’est ce dessin qui figure ci-contre, repris de l’intégrale de Franquin, parue chez Rombaldi.

1935, le 4 août.
Le jeune André Franquin envoie ses dessins au quotidien "La Nation Belge", à l’occasion de la grande exposition mondiale. Et se voit publié à plusieurs reprises. Un demi-siècle plus tard, pour l’intégrale de Spirou chez Rombaldi, des rats de bibliothèque ressortent ces premiers dessins.

Comme Franquin est fondamentalement gentil, il leur a finalement pardonné.

1936
André Franquin entame ses humanités à l"Institut Saint-Boniface.

"C"était une école catho qu’avait également fréquentée Hergé, des années plus tôt. Il y était déjà considéré comme une star. Ses albums étaient les seules bandes dessinées qu’on trouvait à l’étude et nous étions autorisés à les lire lorsque nous avions terminé nos devoirs. Autant dire que ça ne traînait pas !"

1942
A la fin des humanités, vient le choix des études supérieures. Il est fait. Mais tout le monde n’est pas d’accord.

"Mon père, qui était très autoritaire, avait décidé que je serais ingénieur agronome. Mais, avec l’aide de ma mère et de quelques voisins, j’ai résisté. Et à la fin de mes études d’humanités j’ai pu m’inscrire à l"école Saint-Luc. Le plus drôle, c’est que mon père m’y a suivi, aux cours du soir... Il faut dire qu’il avait réalisé des dessins pour son club d’ornithologie et qu’il avait certaines dispositions.

Saint-Luc, à l’époque, était une école d’art religieux. Pas de nus féminins, donc. Nous devions poser à tour de rôle comme modèles. Pour l’anecdote, je me souviens qu’un de mes professeurs, qui ne partageait pas du tout la philosophie catho de l’école, nous invitait chez lui pour travailler sur des nus féminins, dans son propre atelier. Mais après un an de ces études artistiques, j’ai commencé à m’ennuyer. J’avais l’impression d’avoir fait le tour de ce qu’on pouvait m’y apprendre."

1943
Franquin rencontre Eddy Paape.

"Eddy Paape était un ancien élève de Saint-Luc et il revenait régulièrement rendre visite à ses anciens maîtres. C"est à l’une de ces occasions qu’il a vu mes dessins. Il travaillait alors dans un petit studio de dessins animés et il a tellement été séduit qu’il m’a proposé d"y entrer. Comme, à cause des bombardements, l"école a été fermée, je n’ai pas hésité beaucoup.

Et je me suis donc retrouvé là, en septembre 1944, comme animateur. Ce qui était un comble puisque je n’y connaissais rien et qu’on ne m’a jamais rien expliqué des techniques d’animation. "

1944
Franquin rencontre Morris et Peyo.

"Mon expérience dans ce studio n’a pas été bien longue, car la Belgique a été libérée quelque temps plus tard. Avec les soldats américains, sont venus les dessins animés d’Outre-Atlantique. Le petit studio CBA ne pouvait rien face à ce nouvel envahisseur, et il a fait faillite. Entre temps, j’y avais rencontré Morris (il était encreur et silhouetteur), et Peyo (gouacheur), qui était plus jeune que nous."

1945
Les premiers dessins de Franquin sont publiés dans "Le Moustique", "Plein-Jeu", "Bonnes Soirées". Bientôt, il entrera à "Spirou". Par la petite porte.

(par Patrick Albray)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Les commentaires de Franquin proviennent d’entretiens inédits,
mêlés à des citations librement remaniées extraites de
"Signé Franquin" (Dupuis, 1992)
et de "Et Franquin créa la gaffe" (Schlirf/Dargaud, 1985). Les illustrations de ce dossier sont ©Marsu-Productions, ©Dupuis, ©Audie/Fluide Glacial et ©Lombard.

Le catalogue de l’exposition peut être commandé sur Internet.

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