Je suis Légion - T3 - par Nury & Cassaday - Les Humanoïdes Associés

11 novembre 2007 0 commentaire
  • Dernier volet d'une des collaborations franco-américaines les plus réussies, dans lequel se dévoilent deux créatures fantastiques plongées dans les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. Toujours aussi gonflé et surprenant.

Fabien Nury est un petit malin : si les deux premiers tomes [1] avaient pu laisser croire au lecteur qu’il était face à une nouvelle variation du thème cher à Bram Stoker des chasseurs de vampires ou autres créatures de la nuit (qui, dans ce cas-ci, contrôlent les êtres vivants par leur sang), ce troisième et dernier volet le détrompera totalement. La remarquable mécanique mise en place jusqu’ici prend tout son sens, avec cette série d’affrontements plus ou moins directs entre les différentes fractions en présence. Les enquêteurs britanniques réalisent petit à petit qu’ils ont affaire à Vlad Tepes lui-même, ou du moins à ce qui l’habitait et l’a rendu célèbre ; Karel, le résistant roumain parti pour participer à l’assassinat d’un dignitaire nazi, décide de détruire le strigoi qui se cache dans la jeune Anna ; alors que Von Kleist, l’Allemand se faisant passer pour un nazi mais travaillant pour l’amiral Canaris, est lui aussi à la recherche d’Anna. Et pendant ce temps, Vlad, changeant régulièrement de corps, se rapproche inexorablement d’Anna - ou plutôt de Radu, son frère, qui contrôle la fillette. L’affrontement entre leurs deux volontés va faire des dégâts...

Je suis Légion - T3 - par Nury & Cassaday - Les Humanoïdes Associés

Le scénariste a eu l’intelligence de chercher jusqu’au bout à travailler entre les interstices de l’Histoire, utilisant par exemple la figure de Canaris, historique opposant secret à la politique de Hitler, qui fut en contact avec les Alliés, ou celle de Churchill, présidant un cabinet secret où sont discutées diverses stratégies, y compris l’élimination du projet Légion, monstruosité nazie où les capacités d’Anna sont mises à contribution pour transformer les prisonniers juifs en zombies obéissants. L’idée d’un programme surnaturel nazi n’a rien d’original, et a été souvent mis en scène, par exemple dans les comics de super-héros DC ou Marvel, mais le soin apporté par Nury à l’équilibre entre Histoire et fantastique fait sortir du lot cette série. Les parallèles et oppositions entre les crimes commis par Vlad et son frère et ceux perpétrés par les hommes donne sans aucun doute un supplément d’âme au scénario de Nury.

Évidemment, le travail de John Cassaday n’est pas non plus de nature à faire fuir les lecteurs. S’il nous semble encore plus convaincant sur ce tome, c’est peut-être parce qu’il laisse clairement la place à un style moins photo-réaliste, qui rappellerait celui de David Lloyd (V For Vendetta), donnant aux visages des personnages - y compris ceux d’arrière-plan - une expressivité accrue. La narration est toujours aussi efficace, les cadrages, qu’ils soient en gros plans, de face ou penchés, créant une atmosphère toujours inquiétante qui sied particulièrement à cette histoire. On pourra aussi remarquer une utilisation plus importante des bords perdus, en particulier dans les scènes d’action, augmentant l’implication du lecteur, et des décors plus nombreux dans ce tome.

Je suis Légion est donc une série de très bon niveau, à même de passionner de nombreux lecteurs, amateurs de la grande Histoire ou de fantastique. Un vrai succès artistique, qui, espérons-le, se traduira par un succès de vente pour les Humanos, qui en ont sans doute bien besoin en ce moment.

(par François Peneaud)

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