« Le Dernier Atlas », une dystopie qui rebat les stéréotypes

21 août 2020 0 commentaire
  • Couronnés en tandem par le Prix Goscinny 2020 du scénario, Vehlmann et Bonneval poursuivent leur uchronie franco-algérienne avec le deuxième tome de leur triptyque. Une réflexion sur la colonisation mâtinée de fantastique et d’une anticipation aux accents bien contemporains. Un cocktail original qui peut dérouter certains lecteurs mais qui en ravira beaucoup d’autres.

Rien n’est plus contemporain que cette narration rythmée comme une série TV de Netflix : des personnages bien campés au casting international cochant toutes les cases de la diversité : un truand charismatique investi dans une mission rédemptrice comme personnage principal, un équipage composé d’une Indienne un peu ronde à la sagesse profonde et au pouvoir insoupçonné, avec sa ravissante assistante qui lui porte le thé comme une stagiaire en observation alors qu’elle est diplômée en génie civil et en géopolitique, un truand russe téléguidé par la mafia pour prendre le contrôle de la mission, un cul de jatte soudeur, des militaires sur le retour quelque peu subclaquants venus faire un dernier baroud d’honneur, un mafieux à l’ancienne qui gouverne son monde en exécutant toute les deux minutes ses subordonnés et une reporter de guerre qui accouche à 53 ans un bébé qui porte une mystérieuse marque sur le front…

« Le Dernier Atlas », une dystopie qui rebat les stéréotypes

Le tout dans une intrigue dystopique (à notre époque, donc) qui imagine la France héritière d’un De Gaulle qui aurait rebâti le pays avec des robots nucléaires géants, les « Atlas », maintenu l’Algérie française dans l’empire, laquelle sert de laboratoire technologique et social à une « civilisation » dispensée par la métropole.

Évidemment, tout cela part en vrille, et les Atlas sont mis au rebut après le grave incident de Batna qui eut lieu pendant une Guerre d’Algérie qui n’est pas celle que nous avons connue… Ismaël Taïeb, le truand charismatique à la gueule carrée et aux tempes grises, est missionné par le caïd pour aller chercher une pile atomique que recèle le dernier Atlas en train d’être démantelé dans une casse en Inde… Là-dessus intervient le péril suprême : une invasion extra-terrestre de première ampleur apparemment centrée sur l’Algérie…

On voit bien que nos scénaristes, Fabien Vehlmann & Gwen de Bonneval, s’en donnent à cœur joie pour organiser leur récit comme un manteau d’arlequin composé de motifs aux ressorts très personnels.

La trame n’est pas toujours d’une grande clarté (comme dans la plupart des productions télévisuelles modernes), constellée de « plantings » (d’indices) prometteurs et de rebondissements inattendus. Mais cela reste haletant de bout en bout.

Quant au dessin, assuré pour les personnages par le talentueux Hervé Tanquerelle, efficace comme un Tardi des bons jours, il est aidé par un Fred Blanchard inspiré qui lui construit des machines grandioses. Les couleurs de Laurence Croix achèvent d’illuminer cette BD à grand spectacle. Paru en mai, c’est pourtant un des incontournables de la rentrée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

Le dernier Atlas T .2 – Par Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard, Editions Dupuis, 232 pages couleurs, 24,95€.

-  [Lire notre interview de Fabien Vehlmann : « En tant qu’auteurs de fiction, notre rôle est de divertir le lecteur tout en y mettant du sens » (7 février 2020)-https://www.actuabd.com/Fabien-Vehlmann-En-tant-qu-auteurs-de-fiction-notre-role-est-de-divertir-le]

  Un commentaire ?