Nyarlathotep - Par Rotomago & Noirel, d’après Lovecraft - Akiléos

9 mars 2007 0 commentaire
  • Lovecraft n'en finit pas d'inspirer des artistes de tous horizons, avec des fortunes diverses. Cette adaptation d'une de ses courtes nouvelles est une belle réussite narrative et graphique.

L’un des noms les plus connus parmi ceux des créatures imaginées par H.P. Lovecraft est sans nul doute celui de « Nyarlathotep », qui apparut pour la première fois dans une très courte histoire écrite en 1920 à la suite d’un cauchemar de l’auteur [1]. Le scénariste Rotomago s’attaque donc à nouveau à une adaptation de l’écrivain, après son U-29 pour le même éditeur, et collabore cette fois-ci avec Julien Noirel, un dessinateur au style fortement influencé par celui de l’Américain Richard Corben (Den).

Racontant l’arrivée dans une Amérique en proie à l’agitation d’un homme mystérieux, mi-gourou mi-génie scientifique, quelque part entre Aleister Crowley et Nikola Tesla, le texte de Lovecraft, écrit à la première personne, est un bijou d’atmosphère étouffante et de montée de l’étrange, de passage du monde réel à une fantasmagorie onirique. Du très bon Lovecraft, quoi.
À noter que la traduction est le fait du scénariste lui-même, qui réalise un très joli travail. Il n’est pas si facile de rendre de façon convaincante cette prose hallucinée.

Nyarlathotep - Par Rotomago & Noirel, d'après Lovecraft - Akiléos

Rotomago et Noirel nous en proposent une adaptation toute en retenue, où les pleines pages prennent le pas sur une narration limitée mais très efficace. Le rythme est lent, pesant, aussi hiératique que le style de Noirel, chez qui le réalisme s’accompagne d’un léger décalage, même dans les scènes les moins fantastiques - on pourrait penser à l’atmosphère des films de Lynch. On notera en particulier une superbe page en six cases au début de l’album, représentant six endroits différents, sans explication, sans lien apparent, qui illustrent les "lieux sombres et solitaires" du texte de l’écrivain. Ambiance glaçante garantie.

Le choix de ne pas créer de dialogues, de se contenter du texte de Lovecraft, apporte un effet de distanciation particulièrement bienvenu. Le lecteur, comme le narrateur de l’histoire, n’est que le témoin impuissant du très perturbant enchaînement des événements.

L’album contient également un sonnet mettant en scène le même personnage, écrit une dizaine d’années plus tard, accompagné de quelques illustrations en noir et blanc par Julien Noirel, ainsi que la reproduction de la lettre de Lovecraft décrivant à un ami les circonstances qui l’ont amené à écrire sa nouvelle. Enfin, signalons que l’éditeur a mis les petits plats dans les grands en publiant un album de grand format à dos toilé.

Ce Nyarlathotep n’est certainement pas à réserver aux amateurs de Lovecraft. Un album aussi prenant et aussi réussi mérite un bien plus large public.

(par François Peneaud)

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