Plus question de fuir ! T1 - Par Kazumi Kazui (Trad. Nathalie Terisse) - Soleil Manga

27 septembre 2014 0 commentaire
  • Naho rêve de devenir une {Office Lady}, d’avoir des collègues avec qui partager des repas et de vivre une jolie histoire d’amour dans sa boîte... Des aspirations ordinaires pour une jeune femme aux ambitions très modérées. Lorsqu'elle se présente pour un énième poste de remplacement dans une petite société, en attendant de trouver mieux, elle ne s'imagine pas que désormais sa vie n'aura plus rien d'ordinaire...

Les éditions Soleil Manga nous proposent ce tout-nouveau Josei manga [1], débuté en 2011 et toujours en cours de publication, comptant pour le moment sept tomes au Japon.

Qui dit Josei, dit changement de désignation en France [2]. Dans le cadre de Plus question de fuir !, le titre devient un Shôjo [3], certainement parce qu’il s’agit avant tout d’une romance.

Naho Nodakura, vingt-quatre ans, poursuit l’espoir depuis sa sortie d’université de se faire engager dans une grande société en tant qu’Office Lady. Un rêve sans grande ambition car, au Japon, ce vocable désigne une personne employée de bureau effectuant uniquement des tâches rudimentaires et administratives, sans perspective de carrière. En effet, l’Office Lady, selon la tradition japonaise, a pour vocation de quitter la vie professionnelle une fois mariée...

Cependant, loin de ces considérations professionnelles et sociales, Kazumi Kazui met en scène ce cadre -relativement courant dans le Josei manga- pour souligner le côté banal, voire formaté de son héroïne, au caractère faible et naïf. Ainsi, au début du manga, Naho attend un dernier entretien pour enfin réaliser son rêve mais, manipulée par un autre candidat à l’apparence sympathique et affable, elle le rate et se retrouve à son point de départ !

Plus question de fuir ! T1 - Par Kazumi Kazui (Trad. Nathalie Terisse) - Soleil Manga
Une héroïne trop ingénue pour survivre dans le monde du travail ?
© 2011 Kazumi Kazui / SHOGAKUKAN / Soleil Manga

Parallèlement à cette mésaventure, Naho a trouvé un remplacement dans une petite agence de design comptant uniquement un jeune patron et deux employés. Ce patron, temporaire, du nom de Sakisaka Takumi, se présente comme un individu lunatique et exubérant. Il se prend d’une sorte d’affection perverse et ambiguë pour Naho. Il passe son temps à lui faire des blagues et à la tourner en bourrique, tout en profitant de certaines occasions pour lui mettre un peu de plomb dans la tête.

Outre l’aspect humoristique, notre héroïne découvre aussi dans la manière d’être de cet étrange patron, un autre cadre de travail, moins rigide et formaté, où les employés travaillent à leur manière, aménageant leur horaire de bureau en fonction de leur charge de travail.

La face tsuntsun : exaspérante au possible
© 2011 Kazumi Kazui / SHOGAKUKAN / Soleil Manga

Le fil rouge du récit repose sur la relation de Naho, travailleuse et pleine de bonne volonté, avec Sakisaka. Nous apprenons rapidement qu’il est en réalité un designer de légende qui a arrêté de travailler depuis cinq ans, se contentant de gérer son studio et d’encadrer ses deux employés. Il passe le plus souvent ses journées à rêvasser, à se comporter comme un enfant ; mais cette légèreté cache un secret, sans doute un drame, qu’il garde au fond de lui, préférant se cacher derrière le masque de la frivolité et de l’inconstance.

Soulignons que sa relation avec Naho est basée sur l’archétype tsundere, dont les japonais sont friands. Il s’agit d’un personnage alternant deux faces dans sa relation avec une tierce personne. Une face dite tsuntsun qui se présente comme déplaisante, voire violente, et une face deredere représentant un aspect amoureux ou tendre.

Dans le cadre de la mise en scène standard du tsundere, la face tsuntsun est celle que le personnage porte en permanence, tandis que celle deredere apparaît de façon plus ponctuelle ; comme un masque qui tombe un court instant pour être aussitôt remis. Le but de ce genre de récit étant que le personnage tsundere s’ouvre totalement.

Sakisaka apparaît ainsi comme un tsundere se moquant et faisant des misères continuellement à Naho, et qui se montre à l’occasion bienveillant, voire protecteur, prodiguant des conseils pour éviter qu’elle se fasse « dévorer ».

Ce premier tome installe la situation et ses quelques personnages. L’essentiel du récit repose pour le moment sur la relation entre Naho et Sakisaka, et la découverte par cette dernière de la personnalité complexe de son patron. Kazumi Kazui s’amuse à souffler le chaud et le froid, et à dessiner des situations ambiguës.

Le trait de Kazumi Kazui repose sur un style qui relève de l’esquisse, aux traits rarement « achevés ». Elle a recours d’ailleurs à de simples croquis lors des moments légers, humoristiques. Le résultat apparaît comme épuré et simple, sans que cela gêne la narration, apportant au contraire un petit côté “rêverie”, agréable.

Pour peu qu’on soit sensible au motif du patron tsundere et qu’on mette de côté la couverture un brin racoleuse -ne représentant pas le contenu exact du tome- ce début d’histoire nous apparaît sympathique. Les situations s’enchaînent sur un bon rythme tout en proposant un univers convaincant. Rien de follement original ou d’inattendu, mais voici un manga qui plaira assurément aux amateurs ou amatrices du genre.

La face deredere : plus douce mais également gênante vu l’instabilité de leur relation
© 2011 Kazumi Kazui / SHOGAKUKAN / Soleil Manga

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Plus question de fuir ! T1. Par Kazumi Kazui. Traduction Satoko Fujimoto. Soleil Manga, collection "Shôjo". Sortie le 3 septembre 2014. 192 pages. 6,99 euros.

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[1Josei : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale des femmes adultes.

[2Sur la question du Josei en France, voir nos présentations de Chihayafuru et Gokusen.

[3Shôjo : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale des adolescentes.

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