Saint-Barthélémy, T. 1 : Sauveterre - Par P. Boisserie et E. Stanler - Les Arènes

15 novembre 2016 1 commentaire
  • Voilà ce que l’on appelle un excellent album ! Centré sur la folie de la Saint-Barthélemy, retranscrite avec brio, intelligence et passion, voilà un exemple de ce que la bande dessinée historique peut nous offrir quand elle est si bien faite ! Il faut dire qu’elle est l’œuvre de deux auteurs chevronnés : Pierre Boisserie et Éric Stalner.

Pierre Boisserie a publié depuis le premier volume de La Croix de Cazenac en 1999 près de 70 albums, dont Dantès et La Banque, tandis qu’Éric Stalner est l’un des meilleurs dessinateurs réalistes de sa génération, connu notamment pour son travail sur Le Boche ou L’Or sous la neige, dans les deux cas avec son frère Jean-Marie, pour Le Roman de Malemort, La Zone ou sa série Vito. Laurent Mulller, le directeur éditorial des Arènes a su réunir un bien beau duo dont l’alchimie est épatante.

Saint-Barthélémy, T. 1 : Sauveterre - Par P. Boisserie et E. Stanler - Les Arènes

Et pourtant, le sujet était loin d’être évident : la Saint-Barthélemy et ses 2500 victimes au nom de Dieu au mois d’août 1572, d’autant qu’il semblait difficile de passer après le Charly 9, l’adaptation du roman de Jean Teulé par Richard Guérineau, sortie il y a à peine trois ans, et qui était, elle aussi, une très belle réussite.

Comme dans toute bande dessinée historique réussie, les auteurs ont évité le didactisme, rejetant toutes les explications supplémentaires dans un dossier pédagogique en fin d’album, rédigé par Olivier Poncet et n’intégrant dans le corps du récit que les éléments indispensables pour comprendre la situation historique.

À l’inverse de l’album de Guérineau, le personnage central n’est pas ici le frêle Charles IX, roi dépassé. Nous suivons ici Élie de Sauveterre, à partir de 1562. Ce jeune Protestant combat aux côtés de l’armée du prince de Condé, à la recherche de son frère et de sa sœur enlevés, et prend part à tous les combats de la fin des années 1560, jusqu’à se trouver aux côtés du roi de Navarre au moment du mariage sanguinolant conclu à Paris avec la reine Margot.

Le scénario est très fluide et permet de mettre au cœur de l’intrigue non pas un individu, mais une pulsion : la violence. « Arrive un moment où la question de tuer au nom de Dieu ne se pose plus… Nous tuons, nous prions… et nous recommençons… ». L’album essaye bien de souligner la convergence d’intérêts différents, tant politiques qu’économiques et sociaux, qui ont permis d’aboutir à un tel fanatisme, faisant perdre tout sens commun pendant quelques instants à un peuple entier.

Le dessin de Stalner est juste parfait, d’une élégance rare et d’un dynamisme absolu. Le dessinateur arrive clairement, avec cet album, au sommet de son art. Les couleurs crépusculaires de Florence Fantini magnifient encore son trait, arrivant à nous faire voir au-delà du noir de cette nuit et du rouge du sang qui la teinte.

Nous avons hâte de découvrir les prochains tomes de cette série, qui fera, à n’en pas douter, autorité dans cette thématique et deviendra, à coup sûr, rapidement un classique de la bande dessinée historique !

(par Tristan MARTINE)

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1 Message :
  • Le dessin et les couleurs sont formidables, mais ce qui gâche tout ce sont les bulles informatiques. Déjà que le lettrage informatique rend désagréable la lecture des BD, les bulles régulières directement faites au logiciel sont tellement artificielles dans les dessins que ça annihile tout le travail d’harmonie fait au préalable. Pourtant ce n’est pas compliqué, si on ne veut pas faire les bulles sur les pages originales, de les tracer à la main séparément et de les intégrer après, de même qu’il est aisé de créer un lettrage informatique avec pour chaque lettre un choix de plusieurs graphies, la diversité du lettrage étant dans ce cas plus naturelle et plus en phase avec le dessin.
    Trop d’albums actuellement souffrent de ce défaut.

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