Petite sélection estivale de fanzines et autres auto-éditions

23 août 2017 0 commentaire

Histoire de sortir des sentiers battus sans pour autant s’arracher les cheveux, pourquoi ne pas lire quelques fanzines ? Les dessinateurs sont pour beaucoup des passionnés, qui travaillent sans vraiment compter et qui veulent partager leurs créations. Sans prétention, ils sont encore nombreux à auto-éditer des travaux qui leur tiennent à cœur, y compris parmi ceux qui ont par ailleurs acquis une certaine notoriété.

Ces auto-éditions, dessinées en toute indépendance et imprimées artisanalement, parfois en sérigraphie ou en risographie, ne se trouvent pas si facilement [1]. Il faut écumer les librairies - du moins celles qui ne se satisfont pas de relayer les livres les plus connus - et les festivals, naviguer sur les réseaux sociaux et les sites personnels des dessinateurs, s’ouvrir à la rencontre et parfois à l’étrangeté. Patience et curiosité sont les qualités de la lectrice et du lecteur qui souhaitent en découvrir toujours davantage.

Voici donc une petite sélection, forcément lacunaire et subjective, de quelques fanzines édités ces dernières semaines. Émanant d’un collectif ou d’un seul dessinateur, de formats et de paginations variables, ils donnent un aperçu de la créativité de leurs auteurs, infirmant l’idée un peu convenue que le fanzine est le "petit frère rebelle du livre", forcément dans une veine "mi-journal intime mi-tract révolutionnaire" [2].

Petite sélection estivale de fanzines et autres auto-éditions
Dessin extrait du "Triomphe de la Défaite" © Valfret Aspératus 2017

Le Triomphe de la Défaite, de Valfret, se distingue par son quasi-mutisme et sa noirceur. Dans un format assez ample (40 pages en 17 x 23 cm) pour ce type de publication, elle a été sérigraphiée à l’atelier belge Ice Screen. Valfret mêle ironie et grotesque dans un travail à la fois viscéral et intellectuel - il faut y guetter les allusions à Goya ou à Munch. L’ensemble est plutôt sombre, mais pas sans beauté, même si, comme l’écrit l’auteur, "L’amour à la plage - sous les pavés le Xanax".

Dessin extrait de "Poupette" © Le Garage L / Danny Maltais 2017

Le Canadien Danny Maltais, dont nous vous parlions il y a quelques mois et qui sévit également sous le pseudonyme de Pouzzo, s’est associé au Garage L. de Forcalquier (Alpes de Haute-Provence) pour publier Poupette, récit "trashy-comique" (60 pages sérigraphiées en différentes couleurs et au format 12 x 17 cm) qu’il faut prendre avec un grand sérieux - sinon, à quoi bon ?

Lampiste n° 2 "Pourquoi Richard m’a tué" © Matthias Lehmann 2015

Autre publication formant un récit complet, celle de Matthias Lehmann, qu’il n’est plus guère besoin de présenter depuis le succès de La Favorite (Actes sud, 2015). Le dessinateur a édité cet été le second numéro de son Lampiste. Le premier datait d’octobre 2015 et s’intitulait Pourquoi Richard m’a tué ? (20 pages en bichromie, format 10,5 x 14,8 cm, avec également des dessins de Sophie Darcq pour la couverture, Thomas Gosselin, Nicolas Moog et Gilles Rochier pour le dos de couverture). Le second se nomme Comment j’ai été sauvé par des castors (récit daté d’octobre 2016, 20 pages en quadrichromie, format A6, avec un dessin de Sophie Darcq en dos de couverture). Ces deux numéros de Lampiste, pour partie autobiographiques, sont drôles, sans amertume ni même ironie. Matthias Lehmann livre des récits simples et sincères, au ton juste et au trait inventif. Il faut souhaiter que d’autres Lampiste viendront sans trop tarder, car nous y trouvons une expression rare, sans emphase et à la composition subtile.

Lampiste n° 2 "Comment j’ai été sauvé par des castors" © Matthias Lehmann 2017
Bento n° 1 © Radio as Paper / Pierre Maurel & Jérôme Bihan 2017

Paraissant officiellement en septembre (mais les exemplaires pré-commandés ont déjà été livrés), le premier numéro de Bento, dirigé par Pierre Maurel et Jérôme Bihan, rassemble les contributions de sept dessinatrices et dessinateurs. Édité par Radio as Paper, les trente-deux pages de ce nouveau venu sont imprimées en offset dans un format de 16 x 24 cm. Lucien Gurbert signe, en couleurs, la quatrième de couverture. Fanny Grosshans, Lucie Castel, Jérôme Bihan et l’Américain Noah Van Sciver présentent des récits d’inspiration autobiographique, tandis que Pierre Maurel et Matthias Lehmann - décidément en verve - font preuve d’une belle imagination pour nous faire vivre des réalités pourtant bien tangibles. Notons au passage que Bento rend hommage à quelques-uns de ses illustres prédécesseurs nord-américains, tels Blood Club de Charles Burns, Optic Nerve d’Adrian Tomine, Boys Club #4 de Matt Furie, Yummy Fur de Chester Brown ou encore King-Cat de John Porcellino.

Il faut signaler enfin la parution, à la fin du printemps, du premier fanzine des éditions Adverse, fondées par Alexandre Balcaen. Ce VS, que chacun peut librement imprimer, rassemble, en 40 pages au format A5 et derrière une couverture de Thierry Cheyrol, des expériences graphiques et narratives de Claire Nicolet, Yan Cong, L.L. de Mars, Jérôme et Emmanuel LeGlatin, Docteur C. et Jean-Michel Bertoyas. Parfois étouffantes, toujours intrigantes, ces expériences, qui ne renient pas pour autant la narration, ne sont pas sans rappeler Amici, le fanzine de PCCBA, mais valent le détour et sont un moyen de réfléchir à l’immense potentiel de la bande dessinée.

La présentation de ces quelques auto-éditions ne doit cependant pas faire oublier que l’essentiel, pour le lecteur, demeure la découverte. Baguenauder de-ci de-là, l’œil bien ouvert et la curiosité en bandoulière, reste le meilleur moyen de rencontrer le dessin.

Dessin de Thierry Cheyrol pour VS #1 © Adverse 2017

FH

A consulter en complément :

[1C’est pourquoi vous ne verrez pas ici les traditionnels liens vers les enseignes de la grande distribution. Il faudra pour les plus curieux enquêter sur la toile ou ailleurs pour accéder à ces publications.

[2Ces citations sont extraites d’un article récent paru sur telerama.fr, intitulé « Du punk à l’art contemporain, “le fanzine s’inscrira toujours dans la contestation” ».

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?