Comics alla turca - Bruxelles revient sur l’image et stéréotypes des Turcs dans la BD franco-belge

20 mai 2014 10 commentaires
  • Présente de manière visible sur le sol belge depuis le début des années soixante, la communauté turque fête cette année ses 50 ans d'immigration en Belgique. À cette occasion, la Ville de Bruxelles en partenariat avec Plateforme 50, un regroupement d'associations culturelles issues de la communauté turque, proposent une exposition consacrée à la représentation de la Turquie et des Turcs dans la BD belge.
Comics alla turca - Bruxelles revient sur l'image et stéréotypes des Turcs dans la BD franco-belge
En "Mission à Byzance", Timour est envoyé par Charlemagne pour faire alliance avec les Turcs.
Ed. La Boîte à BD

C’est en 1964 que la Belgique et la Turquie signent une convention bilatérale favorisant l’arrivée massive de travailleurs turcs pour occuper notamment des emplois dans les mines du Hainaut, du Limbourg et de la province de Liège.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Belgique a besoin de main d’œuvre pour relancer son économie, en particulier dans le secteur minier. En 1946, l’État belge signe une convention avec l’Italie. Mais suite à la catastrophe du Bois du Cazier en 1956, Rome revendiquera de meilleures conditions de travail pour ses ressortissants. C’est alors que Bruxelles et les directions des mines se tourneront vers d’autres pays pour obtenir des travailleurs. Ce sera le cas avec l’Espagne dès 1956 et la Grèce l’année suivante. Le Maroc et la Turquie suivront au début des années 1960. Dans le même temps, au début des années 1950, la Turquie souhaitait entrer dans l’économie capitaliste mondiale. Pour cela, elle modernisa son secteur agricole, ce qui aura pour conséquence de désintégrer sa paysannerie. Le manque de débouchées suite à une industrie turque encore mal organisée entraina le chômage et la paupérisation de la population venue des campagnes. Des troubles sociaux et politiques éclatèrent dans tous le pays. C’est dans ce contexte tendu qu’une émigration turque s’organisa. D’abord en direction de l’Allemagne, ensuite vers les Pays Bas, la Belgique, l’Autriche ou encore la France [1]

Dès 1919, dans Bécassine, Caumery et Pinchon donnent une image nuancée des Turcs. Il y est fait notamment allusion à la Guerre mondiale et au génocide des Arméniens...
(c) Hachette
Dieter Lumpen de Jorge Zentner et Ruben Pellejero dans "Le Poignard d’Istamboul" dont l’intégrale vient d’être rééditée par Mosquito
(c) Zentner / Pellejero / Mosquito

Tantôt admirée, tantôt moquée, la Turquie a toujours eu une place à part dans l’imaginaire européen. Du XVI ème au XVIII ème siècle, l’Empire Ottoman exerce une grande fascination sur l’Europe. On admire sa culture, son raffinement synonyme de luxe et de volupté. Par contre, dès le Siècle des Lumières, la situation s’inverse. Le Turc est alors associé à la barbarie, à l’infidèle et à la tyrannie.

La BD n’échappe pas à la règle, bons et mauvais clichés parcours la représentation de cette immense pays, à cheval entre l’Europe et l’Asie. Certaines représentations sont plus surprenantes. Ainsi, dans l’album Bécassine chez les Turcs (1919), on s’étonne de l’allusion faite au génocide arménien dans une publication pour enfants !

C’est aussi à ce genre de découvertes que nous convient Alain Servantie et Didier Pasamonik, les commissaires de cette exposition organisée par Plateforme 50 et le Festival Istanbulles. De Corto Maltese à Largo Winch, de Natacha à Djinn. Bestsellers ou œuvres plus confidentielles, l’exposition Comics alla turca interroge notre rapport à l’autre, tout en nous faisant (re-)découvrir la richesse d’un medium trop souvent brocardé.

On découvre dans les vitrines les grands journaux turcs de BD : Gırgır, LeMan, Penguen, Uykusuz...

Quelques originaux signés Hergé, Laudy, Craenhals, Chaillet, Pellejero ou Younn Locard sont accrochés aux cimaises.
Dans une vitrine, des publications des grands classiques turcs.

(par Christian MISSIA DIO)

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COMICS ALLA TURCA - Images et stéréotypes des Turcs dans la bande dessinée franco-belge

Du 22 mai au 15 juin 2014

Du mercredi au dimanche, de 13h à 18h - Fermé les jours fériés

Entrée libre

Maison du Folklore et des Traditions

Rue du Chêne 19

1000 Bruxelles

TEL : +32 (0)2/279.64.44

Exposition Comics alla turca

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Destination ailleurs : Regards croisés franco-belges et turcs à Istanbul

Le dessin de l’affiche est tiré de "Dérive orientale" de Yann Locard (L’Employé du moi).

[1Sources : Belgique-Turquie : 50 ans de migration. Étude réalisée par Quentin Schoonvaere (UCL), relue et commentée par Frank Caestecker (UGent) et Andrea Rea (ULB) pour le compte du Centre Interfédéral pour l’Égalité des Chances.

 
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10 Messages :
  • L’insulte légendaire du capitaine Haddok : "Bachi bouzouk !"vient également du turc et fait référence au mercenaires cavaliers turcs.
    Pour info, la plus grande concentration de Turcs à Bruxelles, se trouve à St Josse et il s’avère que ce sont en grande majorité les habitants d’un seul et même village.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 mai 2014 à  14:45 :

      Il y a un original d’Hergé dans l’exposition... Nous parlons aussi de la région d’Alcyon que vous évoquez. Vous êtes le bienvenu à l’inauguration qui a lieu demain mercredi.

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      • Répondu le 20 mai 2014 à  16:02 :

        LA bienvenuE... Merci. Ca commence et se termine à quelle heure ?
        Le vernissage est donc ouvert au public ?

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 mai 2014 à  22:58 :

          Seulement au public lecteur d’ActuaBD ;)

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      • Répondu le 20 mai 2014 à  16:25 :

        L’inauguration commence d’après ce qu’on m’a dit à 18h 30 et se termine à 20H,
        un peu court et donc impossible. Je viendrai donc voir l’exposition à un autre moment.
        Sauf erreur de ma part, il me semble que l’on en a peu parlé de cette expo, une info qui mériterait d’être + diffusée.

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  • Turquie présente également dans Le Treizième Apôtre (Natacha #6) de Walthéry, avec un marchand turc passé par les mines de Cheratte (le village liégeois de l’auteur) et d’autres parlant une langue étrangement proche du wallon...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 mai 2014 à  13:17 :

      Natacha est bien évidemment présente dans l’expo.

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      • Répondu par Jacques le 26 mai 2014 à  16:14 :

        Et puis aussi Max Fridman dans l’album "La porte d’Orient" de Giardino.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 26 mai 2014 à  17:22 :

          Les auteurs exposés : Pinchon, Laudy, Sirius, Jef Nijs, Vandersteen, Tabary, J. Martin, Chaillet, Ceppi, Puchulu, Pratt, Pellejero, Giardino, Manara, Giardino, Walthéry, Ph. Francq, Hergé, Johan De Moor, Pétillon, Ph. Aymond, A. Mirallès, Marini, Palumbo, Bourgeron, O. Pont, O. Ormière, S. Limousin, Eugenio Nittolo, Dany, H. Micol, Y. Locard, Goscinny, Desberg, Dufaux, G. de Bonneval, I. Bauthian, S. Antoni, J. Van Hamme, G. Abolin, F. Le Berre, P. Christin, M. Tillieux, J. Zentner, Caumery, J. Alexander.

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  • Très bien l’expo + belle brochure.

    C’est un plaisir de voir rassemblées des planches orginales (Hergé, Hugo Pratt, etc...)et également d’auteurs bd turcs. Une découverte.
    Comme cela a été dit,certaines planches révèlent bien la complexité de ce pays charnière entre Occident et Orient.
    Bravo.
    le musée se trouve à quelques mètresà peine de l’ annexe du Conservatoire de musique, Pourrait-on imaginer y entendre aussi de la musique turque , comme musique de fond ? ambiance, ambiance.

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