Delcourt et Glénat se disputent l’héritage des Pieds Nickelés

4 juillet 2011 16 commentaires
  • Les Pieds Nickelés sont-ils dans le domaine public ? Oui, répond l’éditeur Guy Delcourt soutenu par le Syndicat National de l’Édition. Non, répondent les éditions Ventillard qui publiaient « Les Pieds Nickelés Magazine » et qui exploitent ces personnages en librairie au travers des éditions Glénat. Le Tribunal de Grande Instance de Paris vient de donner raison à Guy Delcourt Productions.

Delcourt et Glénat se disputent l'héritage des Pieds Nickelés
Les Pieds Nickelés de Forton
DR

Les Pieds Nickelés ont été créés par le Français Louis Forton (1879-1934) pour la revue L’Épatant des Frères Offenstadt et 12 albums ont été publiés de ces aventures entre 1908 et 1934, année de la mort de l’artiste.

À la suite d’une campagne stigmatisant leur nom d’origine juive allemande, les frères Offenstadt changent l’appellation de leur maison en Société Parisienne d’Édition (SPE), le 21 septembre 1908.

Premiers grands éditeurs de la bande dessinée française, les Offenstadt seront à l’origine des personnages comme Les Pieds Nickelés, Bibi Fricotin (également créé par Louis Forton), L’Espiègle Lili, et de revues comme L’Épatant, Le Petit Illustré, Fillette, Cri-Cri, L’Intrépide ou Junior. Ils sont la principale cible des campagnes de moralisation de la bande dessinée dans les années 1930.

Les Pieds Nickelés sont les premiers visés. Les personnages de Ribouldingue, Croquignol et Filochard parlent l’argot des mauvais garçons et vivent de filouteries et de larcins. Ruinés en début de chaque épisode, ils refont fortune grâce à leurs entourloupes mais, la morale est sauve, ils perdent tous leurs bénéfices à la fin.

Successions

À la mort de Forton en 1934, le droit d’exploitation des personnages est racheté par la SPE qui les confie notamment à Pellos (1900-1998) qui en assure 112 albums considérés parmi les meilleurs, en particulier ceux scénarisés par Montaubert. Dans les années 1960, la SPE est absorbée par les éditions Georges Ventillard, notamment propriétaires de L’Almanach Vermot.

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Les Pieds Nickelés de Pellos
(C) Éditions Ventilllard
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Les Pieds Nickelés par Philippe Riche
Éditions Vents d’Ouest

Jouissant des droits de publication du personnage, la société Ventillard cède en 2002 la licence d’exploitation des albums aux éditions Glénat qui sort sous sa marque « vents d’Ouest » de jolies intégrales des aventures signées Pellos (9 tomes parus).

À partir de 2006, Georges Ventillard, le PDG du groupe, déclare qu’il est engagé dans un projet de réalisation d’un film en association avec les éditions Glénat.

Glénat envisage aussitôt de continuer les aventures de notre trio d’escrocs, ce qu’il concrétisera en 2011, avec Les Pieds Nickelés de Philippe Riche (Éditions Vents d’Ouest).

Conflit

Or, selon la loi, les droits de Louis Forton sont dans le domaine public à partir de 2005.

Guy Delcourt envisage en 2009 de relancer cette série dont le sujet reste convaincant mais en la modernisant avec des nouveaux auteurs, dessinateur et scénariste, Patrick Cerf & Stéphane Oiry : C’est La Nouvelle Bande des Pieds Nickelés.

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Les Pieds Nickelés promoteurs par Philippe Riche
(C) Vents d’Ouest

Ce faisant, ils s’attachent à ne s’inspirer que des histoires de Forton. Ainsi, alors que Pellos a créé des personnages aux tailles différentes, et affublé Croquignol, le plus longiligne de la bande, d’un monocle d’aristocrate, Cerf et Oiry veillent à les garder tous à la même taille, comme les dessinait Forton, évitant soigneusement les apports ultérieurs.

Le groupe Ventillard ayant eu vent de ce projet assigne Guy Delcourt Productions pour « contrefaçon », « usage abusif » des marques qu’ils ont déposées et pour « concurrence déloyale ».

Victoire en première instance

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Les Pieds Nickelés de Cerf et Oiry publiés par Delcourt
Éditions Delcourt

L’éditeur de la rue d’Hauteville ne se laisse pas impressionner et publie un premier ouvrage en 2009 et le suivant en 2010. Mieux : le Syndicat National de l’Édition intervient volontairement à l’instance à ses côtés en octobre 2010.

Entre-temps, les éditions Onapaprut publient en 2010, un collectif d’auteurs en hommage aux mêmes personnages.

Leur sort se décidera dans les prétoires.

Or, le Tribunal de Grande Instance de Paris, dans un jugement obtenu le 1er juillet 2011, déboute le Groupe Ventillard de ses demandes :

-  Il confirme que Les Pieds Nickelés sont bien dans le domaine public mais pas les œuvres ultérieures de Pellos qui appartiennent toujours à Ventillard.

-  Il déboute Ventillard de ses demandes en ce qui concerne la contrefaçon de l’œuvre.

-  Déclare « frauduleux » les dépôts des marques faites par Ventillard sur Les Pieds Nickelés et annule les marques « Les Pieds Nickelés », « Le Journal des Pieds Nickelés » et « Pieds Nickelés Magazines », avec communication à l’INPI.

-  Il rejette l’accusation de « concurrence déloyale ».

-  Ventillard est également condamné aux dépens.

Cette décision étant susceptible d’appel, c’est donc une nouvelle affaire à suivre…

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Les Pieds Nickelés bio-profiteurs par Cerf & Oiry
(C) Delcourt Productions

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(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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16 Messages : Participez à la discussion
  • Delcourt et Glénat se disputent l’héritage des Pieds Nickelés
    4 juillet 2011 14:26, par Francois TETEVIDE

    On a tellement été privé des Pieds Nickelés ces dernières années, et surtout de bons albums, que l’on ne va pas bouder notre plaisir au vue de ces nouveautés... Il est à noter que Ventillard et Glénat n’ont pas su exploiter correctement le filon, dormant sur leurs lauriers... et se réveillent au moment où de nouveaux projets surgissent...
    Sans parler, que l’intégrale de Pellos, en plus d’une trentaine de volumes chez Vents d’Ouest, n’est même pas une intégrale puisqu’il manque le volume 120 "Les Pieds Nickelés contre la Pollution"... sans parler de la qualité : des pages et de strips inversés, des titres en sur-impression sur des cases... constat d’un travail effectué à la va-vite pour remplir les caisses...
    Sans parler de tout ce qui a été publié dans les revues SPE / Ventillard et les quotidiens (que de strips inédits de Pellos) et qui n’est pas pas connu du grand public malgré l’excellent travail de sauvegarde par le Club des Pieds Nickelés et l’Association Regards de Jean Pierre Tibéri...
    Et j’espère bien que l’on pourra lire bientôt la version de Corteggiani et Herlé...
    En tout cas, j’en connais 3 qui doivent bien se marrer que l’on se batte au tribunal sans qu’ils soient pour une fois dans le box des accusés...

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    • Répondu le 24 mai 2012 à  12:17 :

      On peut noter qu’il n’y a pas non plus "Les Pieds Nickelés sont sur la bonne voie" dans l’intégrale de vent d’Ouest.

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    • Répondu le 24 mai 2012 à  12:45 :

      Ah, et pour tout dire, il manque aussi la première moitié des "Pied Nickelés courent la Panasiatique", ce qui fait qu’on se retrouve avec deux fois la même histoire dans deux volumes différents, car ils ont choisi la mauvaise version pour leur intégrale.
      Il y a également les "Pieds Nickelés détectives privés" à la place des "Pieds Nickelés contre les gangsters", qui est l’original. Dans la version proposée toutes les bulles et tout le scénario ont été refaits, un vrai massacre.
      Il y a aussi une embrouille avec les 8 premiers volumes, où ils ont choisi la version avec bulle chaque fois qu’ils ont pu.
      Bref, il faut se procurer soi même tous ces volumes pour compléter sa collection.

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  • INPI ??
    4 juillet 2011 15:19, par Tic & Tac

    INPI, cette officine ferait bien mieux, avant de valider tout et n’importe quoi, comme dépôt, par le premier lascar venu, de tenter de vérifier si le dépositaire est réellement le propriétaire de ce qu’il veut protéger. Dans l’industrie c’est devenu catastrophique ces dépots frauduleux, si celà touche maintenant à la BD, c’est du grand n’importe quoi, il faudrait revoir votre copie messieurs de la propriété (??) industrielle !

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  • La version de Philippe Riche n’est pas terrible, graphiquement ça rappelle la dernière version de Tif et Tondu (qui les a achevé) de sinistre mémoire. La version de Oiry est nettement plus sympathique et finalemnt bien plus fidèle à l’esprit des Pieds nickelés, dans le fond comme dans la forme.

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    • Répondu par Oncle Francois le 4 juillet 2011 à  18:12 :

      J’avais feuilletté à l’époque les nouveaux Pieds-Nickelés, sorti chez Onapratut il y a un an. C’était une compilation de récits de jeunes dessinateurs, mais il m’avait semblé y percevoir bien de l’amour et du talent. J’ai bien peur que l’on ne trouve plus ce beau livre en librairie, c’est dommage !

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    • Répondu par Géraud le 4 juillet 2011 à  19:43 :

      Les goûts et les couleurs...
      Je trouve plutôt la version "Riche" très intéressante (dessin et scénar) tandis que la version "Oiry", à trop vouloir coller à l’ "esprit" Pellos, bien pauvre et bien convenue.

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    • Répondu le 5 juillet 2011 à  09:55 :

      La version de Trap et Oiry a su conserver un graphisme plus proche du dessin de presse que de la bande dessinée franco-belge, ce qui était une des caractéristique faisant l’originalité de la série, que ce soit entre les mains de Pelos que de Forton. Celle de Philippe Riche (que je n’ai fait que feuilleter) m’a parut trop propre, même si le graphisme pourrait être séduisant dans un autre contexte.

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      • Répondu par Ostap78 le 5 juillet 2011 à  21:20 :

        Pourquoi faire de beau album cartonné ?
        L’original etait en couverture souple a 2f50
        Et si l’avenir des pieds nickelés etait sous la forme du manga ?
        Et puis comme ils sont tombé dans le domaine public, laissons libre court a toute les initiatives, mais attention a ne pas désorienter un public néophyte ou noltagique mais pas forcément passionés de bd

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        • Répondu le 7 juillet 2011 à  15:41 :

          Les Pieds nickelés n’ont aucun intérêt à être muséifiés. Ce sont des personnages actuels. Des tronches de Pieds Nickelés, on en voit toujours dans les troquets de France et de Navarre. Par pitié, utilisons-les sans nostalgie !

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          • Répondu le 8 juillet 2011 à  00:10 :

            Justement, avec Oiry ils ne sont pas muséifiés, ils sont très actuels.

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  • Je me souviens -dans mon enfance (début 70)- avoir lu dans mon quotidien local les "Pieds Nickelés" (par Pellos) en strip. Je n’ai pas rêvé, non ? Qq’un a-t-il vu ce travail ? A-t-il été publié en livre ?

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    • Répondu par Francois TETEVIDE le 18 août 2011 à  16:59 :

      Oui le Club des Pieds Nickelés et les Amis de Pellos - Regards font du trés beau boulot pour préserver les strips presse de Pellos en les proposant à leurs adhérents en album.

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  • demande de renseignements
    16 mars 2015 09:48, par BOUTRON DANIELLE

    je possède moi même quelques exemplaires des pieds Nickelés ,je pense des originaux ,imprimerie Charaire,a Sceaux
    le premier 6-29 .
    pourriez- vous me donner quelques informations sur ces livrets (n°1 à 12)
    dans l’attente de votre réponse
    cordialement

    Danielle

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  • À partir de 2006, Georges Ventillard, le PDG du groupe, déclare qu’il est engagé dans un projet de réalisation d’un film en association avec les éditions Glénat.

    Pas vu le film, ce doit être tombé à l’eau, en même temps un producteur n’a besoin de demander la permission à personne puisqu’ils sont dans le domaine public.

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