Dominique David : "La couleur sur papier me permet une plus grande créativité que la couleur à l’ordinateur"

9 mai 2017 2 commentaires
  • Depuis l'arrêt de la série "Lipstick" en 2005, Dominique David s'est peu à peu effacée comme auteure de BD. Elle travaille désormais en tant que coloriste sur les albums de son époux Philippe Berthet, dont le dernier, "Motorcity", est paru en janvier dernier aux éditions Dargaud. Elle nous parle de ses passions et de ce qui l'anime. Un moment rare.

Dominique David : "La couleur sur papier me permet une plus grande créativité que la couleur à l'ordinateur"
Motorcity
Philippe Berthet & Sylvain Runberg. Couleurs : Dominique David
(c) Dargaud

Comment s’est faite la transition d’auteure de BD complet à coloriste ?

Dominique David : Lorsque j’ai arrêté la série Lipstick, j’ai aussi pris la décision d’arrêter le métier d’auteure à part entière car cela me prenait beaucoup trop de temps par rapport à ma vie familiale, aux choses que j’avais envie de faire, mais aussi par rapport aux résultats éditoriaux qui peuvent motivants... ou non.

Comme j’aimais faire les couleurs, je me suis dit que j’allais me réorienter vers le métier de coloriste et finalement, je ne fais les couleurs que pour Philippe Berthet. J’ai d’abord débuté avec l’outil informatique. J’ai travaillé sur les derniers albums de la série Pin-up, Venin puis le Hitchcock. J’ai aussi travaillé sur la mini-série Poison Ivy.

À cette époque, c’était Bertrand Denoulet qui s’occupait de la mise en couleur de la série Pin-up. Il avait lui-même succédé à la coloriste Topaze. Est-ce Berthet qui vous a demandé de reprendre la mise en couleur des Pin-up ?

En fait Bertrand Denoulet n’avait fait qu’un one-shot. Mais lorsque Philippe (Berthet, NDLR) a vu que j’étais disponible, il m’a tout simplement demandé de travailler avec lui. En plus de former un couple à la ville, nous avons aussi les mêmes influences culturelles. Je connais bien son dessin. Nous sommes des “enfants” d’Hergé, même si nous avons chacun notre processus créatif. Nous sommes de l’école belge, avec aussi une forte culture américaine.

Après avoir travaillé un temps avec l’ordinateur, j’en ai vite fait le tour et je suis revenu à une méthode de travail plus traditionnelle, sur papier, comme c’est le cas pour la collection Ligne Noire. Nous imprimons les planches en noir et blanc sur du papier aquarelle, puis je fais la mise en couleur mais dans l’esprit d’un travail en couleurs directes. Ce qui est pratique, car cela nous permet de proposer ensuite de belles expos. Il y a le noir et blanc mais maintenant, nous exposons aussi nos travaux en couleurs, ce qui n’était pas possible lorsque je travaillais à l’ordinateur. Et puis, je ne vous cache pas que pour moi, c’est beaucoup plus gratifiant de faire la mise en couleur de manière manuelle. Cela me permet d’avoir une plus grande créativité.

Les intégrales de Pin-up et Poison Ivy
Yann & Berthet (c) Dargaud

Quelles sont les particularités de ce travail ?

Lorsque je fais les couleurs, je ne pense qu’à ça. C’est à dire que je n’essaie pas de faire des effets, je n’essaie pas de redessiner sur le dessin de Philippe. Je me concentre davantage sur les harmonies et les ambiances.

Lorsque j’ai envie de dessiner ou d’être plus constructive avec les couleurs, alors je fais des pastels ou des toiles. Mon travail de coloriste est vraiment au service du dessin, de la narration. Je n’essaie pas de m’approprier le travail de Philippe Berthet. Je suis assez respectueuse de son univers à lui.

Il y a vraiment deux facettes à mon travail. D’un côté, il y a le job de coloriste, qui est plus un boulot de nuances et d’ambiances au service de la narration. Et de l’autre côté, j’ai mon petit monde personnel qui se traduit par des travaux vraiment très différents de ce que je faisais avant en BD.

N’avez-vous jamais été tentée de prendre une part plus active encore dans la création des albums de Berthet, par exemple dans le scénario ?

En fait, nous nous sommes rendu compte que ce que les choses que Philippe aime dessiner pouvaient se regrouper dans le registre des histoires noires, de polars. Lorsqu’on analyse tout son travail d’auteur de BD, on s’aperçoit qu’il aime beaucoup le monde policier, les enquêtes. C’est comme cela que nous en sommes arrivés à proposer aux éditions Dargaud, qui éditent la série Pin-up depuis le début, une collection de polars que Berthet souhaiterait raconter en BD. Cette collection permet de regrouper les albums qu’il pourrait faire avec différents scénaristes. C’est comme cela qu’est né Ligne Noire.

Les trois premier albums de l’excellente collection "Ligne noire"
Philippe Berthet, Régis Hautière & Zidrou (c) Dargaud

Parlez-nous un peu de vos travaux plus personnels. Réalisez-vous ces tableaux uniquement pour votre plaisir ou participez-vous aussi à des expositions ?

En 2011, j’ai proposé une exposition dans la galerie Huberty & Breyne à Paris. C’était sur le thème du boudoir. C’était érotique mais soft. Je voulais proposer à travers cette expo, ma vision de l’érotisme mais sous forme de pastels, de peintures à l’huile aussi, mais c’était surtout des pastels. J’ai travaillé avec les doigts afin de proposer des tableaux assez sensuels.

En 2012, j’ai proposé une seconde expo qui s’intitulait Sexy Mother Belgium C’était sur le thème de la Belgique. J’ai fait une vingtaine de pièces dont une nature morte, un triptyque représentant des femmes avec le drapeau belge. Il y avait la Wallonie, la Flandre, Bruxelles, etc.

Actuellement, je fais des dessins de manière un peu plus anarchique, en fonction du temps dont je dispose. J’espère pouvoir refaire une exposition bientôt.

Wallonia
© Dominique David
La première tentation du Christ
© Dominique David

Quels sont les thèmes qui nourrissent votre inspiration actuellement ?

En ce moment, je dessine beaucoup en fonction de l’actualité. Parfois, j’ai envie de me lancer sur une série de dessins sur un certain thème, puis surgissent des infos : un attentat ou un scandale politico-financier, qui fait basculer mon univers. Il m’arrive alors de faire un dessin qui se retrouve complètement isolé, en terme de thématique, du reste de ma production. Je suis trop sensible à l’actualité et ce n’est pas toujours évident de maintenir le cap avec tout ce qui se passe en ce moment en Belgique et dans le monde. On est tout le temps interrompu dans notre concentration.

Pensez-vous à ouvrir un blog pour partager vos dessins avec le public ?

Pas vraiment. Je pense qu’un blog est quelque chose de dynamique. Il faut y être tous les jours et publier très régulièrement car vous avez une audience à créer et à entretenir. Là, je ne suis pas assez disponible pour créer un blog car en plus de mon travail de coloriste, je suis aussi une mère de famille, j’ai mes parents qui sont plus âgés et j’ai aussi ma vie de couple. En tant que femme, on est assez bien sollicité entre les enfants, le travail et la vie de couple. L’épanouissement personnel ne représente qu’un quart du temps dont nous disposons.

Est-ce que la BD vous démange encore ?

Régulièrement, j’ai des pulsions... mais j’ai l’impression d’avoir un peu perdu la magie. J’ai toujours été une vraie passionnée de bande dessinée, mais je pense qu’il faut vraiment y croire à fond pour en faire et j’ai l’impression que ce n’est plus vraiment mon mode d’expression. Maintenant, si j’ai une idée géniale, je pense que je la développerais quand même dans un scénario, mais je ne la dessinerais pas.

Niveau 4
© Dominique David
L’offrande
© Dominique David

(par Christian MISSIA DIO)

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Le samedi 13 mai, Philippe Berthet dédicacera de 14h30 à 19h le tirage de tête de Motorcity à la librairie The Skull à Bruxelles.

Librairie The Skull
Chaussée de Waterloo 336 - 1060 Bruxelles
Téléphone + 32(0)2.538.36.99
e-mail : skullbd@hotmail.com

Expo Philippe Berthet “Only you” Jusqu’au 10 mai
Galerie HUBERTY & BREYNE GALLERY
8A rue Bodenbroeck
Place du Grand Sablon
1000 BRUXELLES
+32/2.893.90.30
contact@hubertybreyne.com
Du mercredi au samedi de 11h à 18h et le dimanche de 11h à 17h

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