Les lignes de fuite et les perspectives de Philippe de Pierpont et Éric Lambé

27 décembre 2017 0 commentaire
  • Auréolés de leur « Fauve d’or 2017 », Philippe de Pierpont et Éric Lambé profitent de la nouvelle édition du FIBD pour publier dans « Apparitions, disparitions et autres mouvements » (Fremok / Actes Sud) un recueil de leurs collaborations, lesquelles ne datent pas d’hier puisque cela fait plus quelque 20 ans que nos complices travaillent ensemble.

« Un palmarès sans scandale » titrions-nous l’année dernière, encore traumatisés par le palmarès 2016 qui avait multiplié les maladresses.

Alors même que le « Fauve d’or » aurait fait d’ordinaire grincer bien des dents et aurait été en d’autres temps qualifié d’ « élitiste », il avait distingué en janvier 2017 ce qu’ActuaBD, sous la plume de Frédéric Hojlo, avait repéré déjà comme « un ouvrage d’une beauté épurée et très poignant [qui] restera sans doute comme l’un des plus marquants de 2016. ».

Le métier –que d’aucuns désignent sous le sobriquet méprisant de « microscosme »- avait alors découvert un couple d’auteurs qui travaillaient ensemble depuis deux décennies, publié par un éditeur : Frémok (ici en association avec Actes Sud) qui lui aussi fêtait ses 20 ans.

Philippe de Pierpont et Éric Lambé endossèrent leur subite célébrité avec la joie simple de créateurs enthousiastes qui ont toujours travaillé pour le plaisir et, oui, il faut le dire, pour l’art. Car chacun des quatre ouvrages qu’ils ont faits ensemble a pris des années à se réaliser. Heureusement qu’ils avaient l’un et l’autre un « vrai » métier à côté…

Les lignes de fuite et les perspectives de Philippe de Pierpont et Éric Lambé
Philippe de Pierpont et Eric Lambé, Fauves d’or 2017
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Aussi, quand leurs éditeurs proposent de réunir en un seul volume les trois ouvrages qui précèdent «  Paysage après la bataille  », souvent publiés avec un tirage "confidentiel", on constate une cohérence : nous avons affaire à une démarche maîtrisée, à la réflexion et à la sensibilité constantes, qui arpente le champ d’une « bande dessinée de poésie » que théorise et défend Frémok depuis sa création.

Alberto G., Seuil-Frémok, 2003.

Dans Alberto G. (Le Seuil / Frémok, 2003), c’est le sculpteur de L’Homme qui marche, Alberto Giacometti, qui sert de viatique à une réflexion esthétique sur la création ; dans La Pluie (Casterman, 2005), ce sont des ondes fluides, vibrantes, quelquefois raides, qui conduisent une introspection aux accents presque mystiques ; dans Un Voyage, c’est la ligne de fuite –au sens littéral- qui structure le récit. Un jeu entre un texte, et plus qu’un texte : un propos, et des images, qui offrent des sensations rares, inédites dans le domaine de la bande dessinée.

La Pluie, Casterman, 2005.

Alors que l’année 2017 s’ouvrait, pour les auteurs comme pour leurs lecteurs, sur « un champ après la bataille », elle se conclut, avec ce regard rétrospectif, sur une perspective qui permet d’apprécier le chemin parcouru. Jolie trace !

Un Voyage. Futuropolis, 2008.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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