Old Dog T1, vers mon père – Par Min-ho Choi – Kotoji, Asian District

11 septembre 2017 0 commentaire
  • Un auteur singulier pour un roman graphique émouvant, où l’intimité coréenne rejoint des sentiments universels.

Old Dog T1, vers mon père – Par Min-ho Choi – Kotoji, Asian District

Séoul, Gare centrale. Trains de banlieue, dessertes d’aéroport, TGV, bus, cars, métros, taxi... Les destins s’enchevêtrent en tourbillon aux pieds des buildings qui cachent mal la colline voisine, où subsiste un dédale de petits bâtiments. Dans ce quartier, équivalent d’un Belleville du matin calme, le temps semble figé dans les années 1960, ignorant l’élan international du pays.

De la frénésie contemporaine à la nostalgie, les premières pages d’Old Dog offrent ce parcours. Le récit présente un trentenaire à la recherche du temps perdu depuis la mort de son père. Lui qui a grandi dans ce quartier pénètre dans l’immeuble où sa famille cohabitait avec les strates du Séoul populaire. Passés et présents s’exposent tour à tour. Le lecteur perçoit l’intimité et les particularités de la société coréenne. Il éprouve également des sentiments communs à l’ensemble de l’humanité, de ceux qui vibrent en se frottant aux souvenirs d’enfance.

Min Ho-ho Choi se situe en bordure du mainstream, artistiquement et socialement. Une position qu’il assumait dès sa première œuvre publiée en France, Moi, jardinier citadin où il montrait comment cultiver des légumes en zone urbaine. Ensuite, avec les Naufragés, il s’attachait à décrire les marginaux du miracle économique.

Pour Old Dog, sa marque graphique peu commune séduit de nouveau. Ses personnages opèrent une étrange fusion entre caricature et réalisme. Avec leurs contours d’aspect fragile mais précis, ils s’invitent dans un décors photographique. L’effet rappelle le Cyril Pedrosa de Portugal qui lui aussi interroge un passé familial et les traces quasi fantomatiques que les générations laissent dans un paysage immuable.

Comme le regard interrogateur d’un vieux chien fidèle, Old Dog provoque une émotion qui s’imprime durablement derrière la rétine.

(par Laurent Melikian)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?