RUN (Mutafukaz) : « Je veux prouver qu’il y a un public en France pour le film d’animation pour adulte »

9 mai 2018 0 commentaire
  • Alors que le film d'animation "Mutafukaz qu'il a lui-même co-réalisé à partir de sa propre bande dessinée sort au cinéma le 23 mai, RUN revient pour nous sur cette expérience qui lui a pris huit ans.

En débutant sa série de bandes dessinées Mutafukaz il y a dix ans, RUN dynamitait les codes graphiques de la BD franco-belge en même temps que naissaient les éditions Ankama.

Aujourd’hui directeur de collection du label 619 chez l’éditeur roubaisien, et dessinateur/scénariste d’une série qui compte officiellement 5 tomes et qui ressort en intégrale "augmentée" de pages supplémentaires, RUN signe également la réalisation de l’adaptation en long-métrage d’animation de Mutafukaz avec Shōjirō Nishimi du mythique studio 4°C (Mind Game, Amer Béton) après y avoir travaillé huit ans dessus.

Cet entretien ayant été co-organisé avec l’équipe de l’émission Cross/Over de Radio FMR à Toulouse pour une diffusion en direct, nous avions convenu d’un rendez-vous téléphonique que RUN, très pris par la promotion de son film, a fini par oublier.

Rencontre avec un auteur occupé, sorti en catastrophe d’une salle de cinéma durant un rare jour de repos...

Peux-tu nous présenter l’univers Mutafukaz ?

Nous sommes dans Dark Meat City, une mégalopole vraiment crasseuse qui est une sœur jumelle maléfique de Los Angeles, dans laquelle évoluent trois losers complètement en marge du reste de la société, et qui se retrouvent confrontés à une situation qui les dépasse complètement. En gros ça reprend le même esprit que le film Invasion Los Angeles de John Carpenter, ou les aventures de David Vincent dans la série Les Envahisseurs. Ce sont des marginaux, des laissés pour compte qui savent quelque chose que les autres ignorent. Comme David Vincent avec son brushing impeccable, qui avait déjà bien galéré pour convaincre les autorités de son époque de l’existence des extraterrestres, ils partent eux aussi de très très loin. Au fur et à mesure de l’histoire, Angelino va découvrir ses spécificités… Le tout dans un univers très imbibé de culture West Coast, de culture latino, et un peu de lucha libre.

Tu habites à Roubaix…

Oui, la petite Californie du Nord !

RUN (Mutafukaz) : « Je veux prouver qu'il y a un public en France pour le film d'animation pour adulte »
Couverture de l’intégrale "Mutafukaz"

... donc assez loin de la culture West Coast et de la météo californienne. Comment t’est venue cette fascination pour Los Angeles et as-tu déjà nourri des complexes de légitimité par rapport à ce décalage ?

Déjà, grâce aux voyages. Une fois sur place, je me suis aperçu du décalage entre le mythe délivré par Hollywood et la réalité. Et à travers ma BD, je voulais partager cette vision plus crade et underground que j’avais eue des Etats-Unis et de Los Angeles. Et comme tous les gamins des années 80, j’étais rivé sur la télé, donc le décor de Los Angeles était plutôt familier, à travers toutes les séries que je regardais : Chips, L’Agence tous risques… tout se passait à Los Angeles. Naturellement, quand je dessinais mes BD étant gamin, je ne dessinais pas vraiment de décor franco-français tel que je l’avais sous les yeux, mais plutôt un truc à l’américaine. Forcément, tout ça m’est resté. De plus, dans l’univers de Mutafukaz, il y a aussi en arrière-plan tout ce côté ufologie, ce qui se rapporte aux OVNI, et l’ufologie à la française est assez limitée. Le floklore vient beaucoup des Etats-Unis : Roswell, la première apparition de ce que l’on a appelé les soucoupes volantes en 1947… Et il y a aussi l’exotisme des paysages et les courses en voiture, que j’ai toujours voulu dessiner. Par opposition, le périphérique parisien, ça le fait moyen !

Concernant la légitimité, c’est une question que je me suis souvent posée. Il faut savoir que je me documente beaucoup, je me suis souvent rendu sur place, et l’univers passe très bien auprès des américains. Nous avons projeté le film à Chicago et à Los Angeles. J’avais très peur, car pour moi, il fallait absolument que ce soit validé par les States, et l’accueil a été très bon. Ça m’a donc conforté dans mes choix.

Les albums publiés au label 619 chez Ankama, comportent énormément de documentations additionnelles sur la culture américaine dans les pages bonus. C’est toi qui les écris ?

C’est moi qui en écris la grande majorité, environ 90%. De temps en temps, je demande un petit coup de main par manque de temps ou parce que je suis retenu par autre chose. C’est une réminiscence du temps où je lisais des BD étant gamin, il y avait toujours des pages “culture” dans les années 80. Bon, à l’époque, ces pages me faisaient chier, mais ça m’est resté. Je trouve très important de donner au lecteur des clés pour approfondir l’histoire, découvrir des légendes, du folklore. Je me suis aussi aperçu, en créant Mutafukaz, que les gens pouvaient passer à côté du discours simplement par manque de référence…

Extrait de l’intégrale "Mutafukaz"

Et cela apporte une cohérence à l’univers, au sujet des guerres des gangs, des codes utilisés dans les prisons par exemple…

Voilà, par exemple dans Puta Madre, je mets en scène une association entre la Aryen Brotherhood et les gangs mexicains. Intuitivement, le lecteur se dirait que ça ne tient pas la route. Mais dans les prisons américaines, ce genre d’alliance se crée régulièrement entre les nazis et les mexicains pour contrer les afro-américains. Donc si on n’explique pas ce genre de détails, ça peut passer pour des éléments loufoques. Je trouve au contraire que mettre le doigt dessus et expliquer de manière très pédagogique aux gens la réalité sur le terrain, peut permettre d’accéder à une nouvelle lecture.

Tu obtiens ces informations en achetant des livres en anglais pour te documenter sur l’univers carcéral ? En parlant à certains américains ?

C’est un peu tout. Je t’avoue que j’ai pas mal de livres, et j’ai été confronté aux gangs la première fois que je suis allé aux Etats-unis à San Antonio, qui m’ont vraiment impressionné et j’ai décidé d’en savoir plus. Les mecs prenaient tout le trottoir, habillés des mêmes couleurs, et ce qui est marrant, c’est que 50 mètres plus loin, ils étaient suivis par deux flics à vélo ! (rires) A l’époque, on ne parlait pas tant que ça des gangs américains. Même Enquête exclusive n’avait jamais parlé de Mara Salvatrucha… Au fur et à mesure, j’ai donc approfondi ma connaissance sur le sujet, et j’ai notamment commandé des livres. Par exemple, aux Etats-Unis, des officiers de police répertorient des tatouages de gangs pour former d’autres officiers, et en font des livres, même si les dessins sont tous bancals car ce ne sont pas des dessinateurs, mais ça reste très instructif.

Extrait de l’intégrale "Mutafukaz"

Chez Ankama, tu es passé de dessinateur de bandes dessinées à responsable du label 619, et à présent réalisateur. Cette expérience t’a donné envie de développer d’autres films ou au contraire, suscité un énorme besoin de revenir aux crayons ?

Il y a clairement les deux, et d’ailleurs, je n’ai jamais lâché le crayon. La production du film a quand même duré huit ans, en comptant la pré-production et la post-production, ce qui est très long. Si j’avais lâché le crayon, il n’y aurait pas eu de label 619, ni de nouveaux tomes de Mutafukaz. Il y a donc cette forte envie de revenir à mon travail d’auteur “papier”, en ce moment, je suis d’ailleurs en train d’écrire un autre spin-off de Mutafukaz, et même un deuxième arc, pour l’instant, j’ai découpé 32 pages. En ce moment, mon programme est très dense avec la sortie du film, le label 619 me prend énormément de temps également, car il ne s’agit pas juste de dégoter des mecs, de leur faire créer la BD tranquille puis d’envoyer ça à l’imprimeur, c’est plutôt un accompagnement quasi quotidien, même si certains auteurs sont rodés. Je suis aussi entouré par une équipe, avec Yuck et Tony qui bossent avec moi tous les jours, mais le cumul est quand même lourd, entre le rôle de directeur éditorial et le travail d’auteur, et si on rajoute la couche “réalisateur” par-dessus, le tout devient ingérable…

Et tu mets même en page l’affiche de ton film !

Et les bandes annonces cinéma ! (rires) Heureusement mon chargé de post prod me décharge sur certaines tâches… Mais ça me plaît aussi, je pense que je dégage aussi l’image de quelqu’un qui sait tellement ce qu’il veut au millimètre, que les gens me laissent faire. Au final, je me retrouve à faire énormément de choses en même temps, et je suis sonné par la masse de travail. Je vais donc accompagner le film jusqu’à sa sortie le 23 mai, puis je me remettrai sévèrement à la BD, mais j’ai également deux autres projets : je voudrais adapter le concept Doggybags en série animée, et j’aimerais vraiment me frotter à un projet live !

Plus qu’un dessinateur, auteur, directeur de collection, ou réalisateur, ton profil ressemble plus à un directeur artistique multimédia. As-tu le sentiment d’être un OVNI dans la BD actuelle ?

Je ne sais pas dire. Nous sommes quand même plus ou moins installés, depuis que nous avons essuyé les plâtres. Au début, ce que je proposais avec ma bande dessinée Mutafukaz n’était pas du tout accepté par les éditeurs de BD franco-belge traditionnelle, qui pour moi était clairement en perte de vitesse et franchement poussiéreuse, on ne va pas se mentir. Donc quand j’ai eu l’opportunité de prendre les manettes en menant mes projets à ma sauce, ça a pris, ça a même servi de modèle à d’autres maisons d’édition avec un historique certain en leur montrant que ça bougeait ! Et c’est le même topo pour l’édition BD et pour le cinéma. Les mecs prennent zéro risque, mais quand un tiers prend le risque et que ça fonctionne, ils se disent qu’il y a peut-être un créneau à prendre. Donc je ne sais pas si le label 619 reste encore autant OVNI qu’il y a dix ans, en tant que directeur de collection, je sens que l’esprit commence à prendre. 10 ans, c’est quand même long ! Au sein du label, nous essayons chaque fois de surprendre le lecteur, de ne pas sombrer dans la facilité. C’est pour ça que nous avons arrêté Doggybags au numéro 13, pour éviter de ronronner, et rester dans une dynamique créative.

Un aperçu de la page Instagram de RUN

Tu es devenu un véritable expert des réseaux sociaux, notamment sur instagram avec des lives en dessin, des critiques d’album, des billets d’humeurs dans la voiture… Ces choix sont-ils préparés en amont ?

Mais pas du tout, c’est complètement spontané ! Clairement, je poste ça parce que je m’emmerde dans ma bagnole dans les embouteillages ! Pour l’instant, je n’ai pas énormément de gens qui me suivent, ma page instagram garde un aspect familial. Evidemment, je ne connais pas tous les gens qui me suivent, mais j’essaie de répondre à tout le monde, même si le message se résume à un cœur. Et c’est cette dimension familiale qui me permet de me lâcher, si ma communauté s’agrandit, je ferai un peu plus attention à ce que je raconte.

Tu réduiras le nombre de gros mots…

Oui, par exemple, je m’en rends compte surtout quand je me réécoute. (rires)

L’affiche du film "Mutafukaz"

Parlons à présent du film Mutafukaz, co-réalisé avec le studio japonais 4°C, qui avait déjà signé Mind Game et Amer Béton. Même si ton expérience sur le film s’est révélée très atypique, est-ce que la réalisation d’un film d’animation correspond à ce à quoi tu t’attendais ?

Je n’avais aucune idée préconçue, je découvre tout au fur et à mesure, et j’imagine que l’expérience aurait été très différente en France. Nous étions au Japon, il y avait déjà la barrière de la langue et la barrière culturelle. Pour moi, la clé résidait dans la traduction. Nous avions une traductrice extraordinaire, Ayako, qui pendant une journée, n’avait pas pu être présente. Ce jour-là, j’ai cru que tout la production partait en vrille ! Ayako traduisait non seulement les paroles, mais assurait aussi l’interprétation culturelle, avec aussi son sens de l’humour, ce qui créait un bon liant entre le co-réalisateur Shōjirō Nishimi, les équipes japonaises et moi. Ensuite, cette expérience a été une super aventure humaine malgré des hauts et des bas. J’ai beaucoup appris, ne serait-ce que dans le storytelling, mais aussi dans mon rapport au monde, aux gens et au travail.

Tu as dit aussi que les japonais ne disent jamais “Non” frontalement, et qu’il faut composer avec ce code social ?

Un japonais ne te dira pas non, car c’est très déplacé. Il te dira donc “oui”, ce qui devient vite problématique dans le cadre du travail. Mais une fois que tu as réussi à discerner le “Oui” qui veut dire “Oui” et le “Oui” qui veut dire “Non”, tu fais pareil après ! (rires) Il y a une façon non verbale de dire les choses, des expressions telles que “Oui, mais…” En fait, il ne faut jamais aller au bras de fer. A partir du moment où tu valides une proposition qui nécessite ensuite une correction, c’est un exercice périlleux, mais dans la relation de confiance dans laquelle j’étais avec le co-réalisateur, je pouvais valider pour libérer la production d’un poids, tout en revenant ensuite dessus en argumentant, bien sûr. Par la suite, quand il avait un peu de temps, il revenait dessus. Il s’agissait donc d’un ping-pong mental intéressant.

Réunion de pré-production dans les locaux du studio 4°C, extrait de l’artbook "Mutafukaz : le film"

Il existe de très grands studios d’animation en France, pourquoi avoir opté pour un studio japonais ?

Rien n’avait été calculé, et c’est d’ailleurs pour cette raison que ça a pris autant de temps, et que nous avons été en galère ensuite concernant la distribution. D’ailleurs, clairement sans Ankama, le film n’aurait jamais pu être produit en France sous cette forme. Nous avons toujours été fan du travail du studio 4°C, et une opportunité s’est ouverte. Tot, le directeur artistique d’Ankama, a ouvert Ankama Japan, et a rencontré à cette occasion l’ensemble de la scène de l’animation japonaise. Il est tombé sur madame Eiko Tanaka, fondatrice et directrice du studio 4°C, et quand il a montré les bandes dessinées éditées chez Ankama, elle a bloqué directement sur Mutafukaz en disant : “Nous aimerions travailler sur cet univers”. Tot m’a donc dit : “Le studio 4°C est chaud pour bosser avec nous mais sur ce projet-là. Qu’en penses-tu ?” Il s’agissait donc d’une opportunité. Après, il y a plein de super studios d’animation français, j’ai envie justement de créer des mélanges sur des prochains projets.

Les japonais ont une méthode de travail très particulière, quel a été ton degré d’implication sur le film Mutafukaz ?

J’ai été extrêmement présent durant la phase de pré-production. Je donnais le La, je gérais le script car je signais l’adaptation de la bande dessinée, je n’étais pas censé m’en occuper au début mais nous nous sommes vite rendu compte que ça ne pouvait passer que par moi. Car il y a ce que je montre dans la BD, et aussi et surtout ce que je ne montre pas mais que je sais sur les personnages et l’univers. J’ai donc été très impliqué dans la bible littéraire et la bible graphique, au cours de la pré-production qui a duré deux ans, car Nishimi-san avait besoin de tout connaître avant de démarrer son storyboard.

En plus, il ne connaissait pas grand chose sur les Etats-Unis, et encore moins sur la culture West Coast, le folklore ufologique et les hommes en noir… Il a donc fallu pousser très loin les explications. Par exemple, quand je parlais des gangs West Coast, je voyais qu’il était vraiment largué, et pour expliquer les gangs de manière pédagogique, il m’a fallu remonter aux oppositions ethniques dans les universités, donc expliquer aussi la ségrégation, puis la traite négrière transatlantique ! Il fallait donc tout reprendre ! Mais c’est normal, car si par exemple je devais réaliser un film sur le shintoïsme, j’aurais moi aussi besoin de quelqu’un qui m’apprenne en partant de zéro.

Recherches de personnages. Extrait de l’artbook "Mutafukaz : le film"

J’ai aussi travaillé avec Guillaume Singelin, un habitué du label 619, qui a dessiné des intentions de storyboards, qui n’étaient ni plus ni moins que des storyboards mais pour ne pas froisser les égos, nous les avons appelés des intentions de storyboards ! Ensuite, pendant la production, j’ai laissé Nishimi-San en phase avec les équipes techniques car je ne souhaitais pas interférer. Il était dans le studio depuis plusieurs années et connaissait tous les collaborateurs, je n’étais plus que l’homme de l’ombre, le Mister K en quelque sorte ! (rires) Je me rendais régulièrement au Japon pour faire des points et procéder à des validations. Mais de toute façon, tout était tellement cadré avec la pré-production que les risques d’accidents étaient très limités. Sans être non plus trop confortable, mon rôle nécessitait moins de charge de travail. Et au final, durant la post-production, j’ai repris les rennes du projet à 100%, pour la musique, le sound design dans lequel je me suis énormément impliqué, car je suis allé moi-même à Los Angeles : chaque quartier présent dans le film Mutafukaz correspond à une réalité sur le terrain, je voulais donc un son authentique, jusqu’à aller enregistrer le son du désert ! Un silence !

J’ai donc cumulé plusieurs casquettes. Je suis même allé voir le sound designer avec une animatique que j’avais sonorisée de A à Z ! Je savais exactement ce que je voulais ! J’ai bossé une temp track, des morceaux de musique provisoire en attente de la vraie bande originale pour caler un mood et un rythme. Pierre-Jean, le lead sound designer me disait que c’était la première fois qu’il voyait un réalisateur aussi pointilleux. Mais c’était normal car pour moi, le son sur un film compte pour 50% du produit fini.

Suite à cette expérience, serais-tu prêt à retravailler avec un studio japonais ?

Sur mon projet d’adaptation de Doggybags, j’aimerais travailler avec un studio français, un japonais et un américain. Ce n’est pas une blague “Un français, un belge et un japonais…” ! (rires). Ce serait avec des réalisateurs différents, mais pour le coup, c’est peut-être une utopie. Je suis en train de creuser l’idée, nous récupérons des contacts et voyons si c’est possible. Ce ne sera pas envisageable pour le cinéma français, car celui-ci impose un vrai chemin de croix pour les films de genre, et concernant l’animation pour adulte, c’est encore pire ! Nous verrons de toute façon ce qu’il se passera pour Mutafukaz et j’espère en tout cas que les gens se déplaceront au cinéma, car de la même manière que la création du label 619 a donné un élan au paysage éditorial français, j’espère montrer aux décideurs qui pensent qu’il n’y a pas de public, que c’est l’inverse. On me tenait d’ailleurs le même discours au sujet de ma BD…

J’aimerais donc retravailler avec un studio japonais, comme avec un studio français. Je pense qu’il y a une bonne synergie entre les français et les japonais depuis l’époque d’Ulysse 31, je ne fais que suivre une tradition qui a commencé bien avant moi.

Guillaume Singelin et RUN. Extrait de l’artbook "Mutafukaz : le film"

Aura-t-on des publicités de Doggybags dans le film Mutafukaz ?

Non, Mutafukaz est vraiment différent de Doggybags. Par contre, il y aura bien les ruptures graphiques qui font partie de l’ADN du projet, comme des passages en noir et blanc avec des teintes rouges, il y aura aussi des intégrations de typographies. Pour un film, il fallait faire attention de ne pas en faire trop, pour éviter l’aspect patchwork. Par contre, dans le projet Doggybags que j’essaie de monter actuellement, j’y pense en effet. Il faut qu’entre chaque épisode, il y ait au moins deux ou trois publicités pseudo locales et what the fuck !

C’est Toxic Avenger qui a composé la bande originale du film Mutafukaz. A quel point s’est-il investi dans le film ? L’avais-tu déjà en tête avant de commencer le projet ?

Je ne l’avais pas forcément en tête pour le film, mais je suivais son travail, nous partageons le même genre d’univers, il a par exemple utilisé des images d’Invasion Los Angeles dans ses clips, qui est la grosse référence de Mutafukaz. Il a une manière très cinématographique de travailler. Quand je lui ai proposé le projet, il a tout de suite accroché, et a très vite vu comment il pouvait trouver sa place. Nous avons beaucoup échangé, c’est un mec très instinctif, il me faisait beaucoup de propositions, parfois jusqu’à six en une seule journée ! La seule difficulté a concerné la musique diffusée dans le camion de glace sur l’autoroute, car je voulais que la musique du camion de glace, qu’il a composée spécialement, se recoupe avec le score de la course-poursuite. Nous nous sommes super bien entendus, c’est un mec adorable et très productif, mais si je l’ai contacté, c’est parce que je savais qu’il collerait parfaitement à l’univers.

Le camion de glace du film à l’échelle 1.

Pour conclure, peux-tu nous présenter le programme des animations autour du film ? Une pizza box, des évènements itinérants sont prévus…

La pizza box est une série limitée qui contient des petits goodies en forme de clin d’oeil pour les fans qui suivent le projet, mais en 24 heures, toutes les box ont été vendues sur l’Ankama Shop. Par contre, il nous en reste 300 sous le bras pour les évènements au cours desquels nous organiserons des dédicaces. Elles contiennent des patchs, des cartes postales de Dark Meat City, un tshirt, un genga original du studio 4°C, avec son certificat d’authenticité… Nous sommes en tournée dans plusieurs villes en France. Nous avons reconstitué à l’échelle 1 le camion de glace iconique du film, dans lequel nous produisons même des glaces noires qui ressemblent à des machos, les extraterrestres dans Mutafukaz, mais pour des raisons de sécurité, nous ne pourrons pas venir avec le camion pour chaque date.

C’est important d’aller voir le film le jour de sa sortie le 23 mai ?

Les gens se disent qu’ils verront les films en DVD, mais ne se rendent pas compte que ça tue le film. Moi-même je réagis aussi parfois comme ça. Quand il s’agit de gros studios du type Marvel, ce n’est pas bien grave parce que les films engrangent leurs entrées. Mais pour des petits films comme Mutafukaz, si les spectateurs ne se déplacent pas dans les salles, attendent la deuxième semaine ou la sortie DVD, ils envoient juste le signal aux exploitants de salles que le public pour ce genre de film n’existe pas. Et nous sommes repartis pour 25 ans de comédie française !!

Propos recueillis par Thomas Berthelon et Yannick Edom

(par Thomas Berthelon)

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