10e Rencontres du 9e Art d’Aix - Blexbolex ne fait pas tapisserie

15 avril 2013 0 Actualité par Thierry Lemaire
  • Présent à Aix le week-end dernier, Bernard Granger, alias Blexbolex, est au centre d'une des 19 expositions du festival. L'occasion de voir au Musée des Tapisseries une petite partie de la production récente du lauréat du {Worldwide Best Book Design Award} 2009. Le livre illustré comme objet d'art.

Par sa confluence entre la bande dessinée et les autres arts graphiques, son souci de toucher le grand public tout en gardant une grande exigence graphique et narrative, Blexbolex incarne parfaitement la philosophie des Rencontres du 9e art. Tout comme Stéphane Blanquet, l’un des premières têtes d’affiche du festival. C’est d’ailleurs ce dernier qui a fait connaître le rendez-vous d’Aix à Blexbolex, dont c’est la première visite cette année.

Il faut dire que le dessinateur se fait très rare en festival. Pouvoir le croiser et voir une exposition qui lui est consacrée est donc un rendez-vous à ne pas manquer. « Je me sens moyennement à l’aise dans ce genre d’événements, précise-t-il. Il faut vraiment que l’ambiance soit vraiment très détendue, comme ici ou à Bastia. Avant sa disparition, je privilégiais un festival comme Périscopages, à Rennes, ou encore Fotokino à Marseille. Parce que je me sens plus proche de cette scène-là, tout simplement. Pour moi, Aix-en-Provence, c’est déjà un gros festival. »

10e Rencontres du 9e Art d'Aix - Blexbolex ne fait pas tapisserie

La présence de Blexbolex pendant le week-end réservé aux dédicaces n’est pas un hasard puisqu’au Musée des Tapisseries se tient l’exposition « Blexbolex, couleurs fines et papiers de qualité depuis 1992 ». Une version (raccourcie par rapport à l’édition originale) qui dresse le panorama des œuvres de l’artiste depuis trois ou quatre années. « Cette exposition a été créée à Paris en 2012 par Arts Factory, à la galerie Lavignes-Bastille à Paris, dans le cadre de mes 20 ans de carrière. Donc, cette année ça ne pouvait évidemment pas fonctionner comme ça. À Aix, ça a été recentré sur la production la plus récente. »

"L’oeil privé" chez les Requins marteaux

Une production qui oscille entre création pour la jeunesse et albums pour les adultes. Et on peut se demander ce qui pousse Blexbolex, illustrateur à l’univers parfois un peu inquiétant, à créer pour un jeune public. « Parce que j’aime ça, tout simplement. D’ailleurs, je dessine presque plus pour les enfants. On pourrait très bien tourner la question à l’envers : pourquoi est-ce que je m’obstine à faire des albums pour adultes ? En réalité, la base commune à tout ça, c’est l’image. C’est le domaine privilégié dans lequel je m’exprime. Même les albums que je destine aux adultes donnent la priorité à l’image. Et puis il faut noter que la situation a évolué. Les gens sont plus en demande de dessins qu’il y a 15 ou 20 ans quand j’ai commencé. En dehors de la bande dessinée, c’était soit l’illustration jeunesse soit la scène punk, avec Bazooka par exemple. »

"Blauer lotus"

Difficile pour Blexbolex de ne pas naviguer d’un continent éditorial à l’autre pour exprimer toute sa sensibilité. « J’ai vraiment envie de redonner de l’image narrative aux adultes. Et j’ai aussi besoin d’exprimer une certaine « méchanceté », qui serait immédiatement censurée pour les enfants. Bon, quand je fais des livres pour enfants, je ne pratique pas pour autant l’autocensure. Et j’ai beaucoup de chance avec les éditeurs d’Albin Michel, qui ne me censurent absolument jamais. Et quand il y a des coéditions étrangères, ils résistent et ne cèdent pas. C’est vraiment précieux. »

À travers l’exposition, l’allusion à Tintin et le Lotus bleu ne passe pas inaperçue. Un clin d’œil pas très surprenant lorsqu’on connait l’attachement de Blexbolex à l’œuvre d’Hergé, Tintin en tête. « Évidemment, c’est une lecture d’enfance. Mais j’ai lu Hergé plusieurs fois dans ma vie, à des âges différents et donc de différentes manières. Et je l’ai redécouvert avec les rééditions noir et blanc. Ça m’a donné accès à un nouvel Hergé beaucoup plus brut, plus maladroit, parce qu’il est en train de créer sa ligne. Il est totalement en recherche. Dans les Soviets, c’est plein d’un langage qui lui est très propre. Il y a des accidents d’auto où les pièces de la voiture sont complètement mélangées, et ça fait une sorte de nature morte un peu bizarre. Ce genre de scènes un peu étranges disparaît au fur et à mesure que son style s’affine. Il n’y a plus cette légère folie graphique qu’on trouve aussi dans Quicke et Flupke. Je comprends qu’un amateur de Hergé préfère l’œuvre plus aboutie, épurée. Mais moi j’aime beaucoup ce premier Hergé. »

"Hors-zone" chez Cornélius
"Hors-zone" chez Cornélius

Mais Hergé n’est pas, on l’imagine aisément, le seul artiste qui exerce une influence sur Blexbolex. D’autres classiques alimentent sa réflexion graphique. « Pour moi, Frans Masereel est le très grand narrateur en image. On n’est plus dans la bande dessinée, mais ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est l’image narrative. Comment parle le dessin. Comment par une suite de dessins, amener une lecture. Je trouve ça fascinant. Masereel, c’est un maître. J’admire énormément ce qu’il fait. Après, dans la bande dessinée, j’ai mille influences, de Charles Burns à Gary Panter. J’avais aussi acheté La Marque jaune, la couverture est tellement forte avec cet espèce de logo. La lecture ne m’avait pas emballée, mais les images sont très fortes, dramatiques. Jacobs n’a pas le dynamisme d’Hergé. On n’est pas dans le mouvement. On est vraiment sur l’arrêt et ça aussi c’est très chouette. Et puis il a également un dessin fabuleux. »

"Die fröhlichen masken"
"fétiches" chez Arts factory

(par Thierry Lemaire)

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Photos (c) Thierry Lemaire

« Blexbolex, couleurs fines et papiers de qualité depuis 1992 »
Musée des Tapisseries
Place de l’Archevêché
Jusqu’au 20 mai
Entrée gratuite