Charlie fait sa guerre dans le Musée de Meaux

24 octobre 2014 0 commentaire
  • Saluée par la critique et les lecteurs, {La Grande Guerre de Charlie} de Pat Mills et Joe Colquhoun investit le Musée de la Grande Guerre de Meaux jusqu'au 5 janvier. Une exposition d'une grande intelligence dans un lieu exceptionnel.

Incongrue il y a seulement dix ans, la présence de la bande dessinée dans les musées est devenue aujourd’hui une évidence pour nombre de directeurs de ce type d’établissements culturels. Au Musée de la Grande Guerre de Meaux, le 9e Art fait un peu partie des meubles puisque l’incroyable collection (50 000 objets ! dont 15% sont exposés) présentée dans ses murs appartenait, avant sa donation, à Jean-Pierre Verney. Oui, celui-là même qui fournit à Jacques Tardi la foisonnante documentation et les conseils scientifiques pour les albums sur la Guerre de 1914 de l’auteur d’Adèle Blanc-Sec. Et qui écrivit les textes de Putain de Guerre et Des lendemains qui saignent. Quoi de plus normal alors que la bande dessinée prenne ses quartiers dans ce superbe musée ?

Charlie fait sa guerre dans le Musée de Meaux
Un musée avec des pièces exceptionnelles.

En revanche, on aurait pu s’attendre à une nouvelle exposition Tardi, qui cannibalise à juste titre la période auprès des auteurs de BD et du grand public. Fort heureusement pour la variété des accrochages de bande dessinée, le regard de Michel Rouger, directeur du Musée de la Grande Guerre, s’est porté vers d’autres auteurs et un autre pays. Déterminante fut sa rencontre avec Laurent Lerner des éditions Delirium qui publient depuis 2011 les recueils d’un feuilleton créé par les Britanniques Pat Mills et Joe Colquhoun (décédé en 1987) à la fin des années 70. Un épisode de trois pages de La Grande Guerre de Charlie, puisque c’est de cette série qu’il s’agit, était publié chaque semaine dans la revue Battle Picture Weekly. Et décrivait la vie sur le front d’un jeune Tommy, engagé volontaire dès 1914 alors qu’il n’est même pas majeur. Une histoire pleine de boue, de sang et de fureur, mais aussi d’amitiés indéfectibles, de cas de conscience, d’actions héroïques, de morts absurdes, de peurs et de joies. Un panorama des différents bataillons, armes et événements qui ont ponctué la Guerre de 14. Et tout simplement le destin d’un petit gars dans l’enfer du premier conflit mondial.

Le tome 7 sorti le 14 octobre, avec une préface de Jacques Tardi.

La qualité du scénario, fluide malgré la brièveté des épisodes et particulièrement attachant, ainsi que des dessins, pourtant réalisés à la chaine, font de La Grande Guerre de Charlie un classique de la bande dessinée sur le sujet. Michel Rouger n’a pas mis longtemps pour être convaincu. D’autant plus que "Join Now !", une exposition sur le Corps expéditionnaire britannique dès l’ouverture des hostilités, était prévue en cette fin d’année 2014. Ne restait plus alors qu’à trouver une façon d’exposer les 18 planches originales choisies pour l’occasion. La très bonne idée fut d’éviter l’accrochage toujours très monotone dans une seule petite salle. Ainsi, les pages et leur explication sont réparties au sein du musée, dans les espaces qui coïncident avec le sujet traité. Un principe qui incite à s’arrêter plus longtemps sur chaque planche, tout en profitant au mieux du musée. Les thématiques abordées dans La Grande Guerre de Charlie sont tellement nombreuses que Pat Mills, Michel Rouger et Laurent Lerner n’ont eu que l’embarras du choix pour faire la sélection. La petite heure de trajet depuis la Gare de l’Est peut en refroidir certains. Mais la qualité de la visite (prévoir une demi-journée pour tout voir/lire/entendre) en vaut largement la chandelle.

Pat Mills décrivant l’une des planches exposées.
La planche...
...et l’explication en vis-à-vis.
Les uniformes de toutes les armées.
Joe Colquhoun prenait un soin particulier pour dessiner les titres des épisodes, dans un style toujours différent.
Michel Rouger devant une autre planche.
Malgré un rythme effréné de trois planches par semaine, les dessins de Joe Colquhoun ne montrent pratiquement aucun repentir. La propreté du dessin, pourtant hyperdétaillé, est assez fascinante.
Quelle qu’était la religion, le terminus fut le cimetière pour des millions de jeunes gens.
L’une des préoccupations du musée, dont le public scolaire est très important, est de ne pas transmettre une fascination malsaine aux enfants. La salle dédiée au service de santé et aux gueules cassées permet de remettre les choses à leur place dans les jeunes cerveaux.

Jacques Tardi est également présent dans les lieux avec cette fresque dans l’une des salles du Musée.

(par Thierry Lemaire)

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Photos (c) Thierry Lemaire

Exposition "Charley’s War"
Musée de la Grande Guerre
Rue Lazare Ponticelli - 77100 Meaux
jusqu’au 4 janvier
http://www.museedelagrandeguerre.eu

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