La ligne claire toxique de Charles Burns

5 novembre 2010 0 commentaire
  • Charles Burns fait partie des auteurs américains contemporains les plus fascinants. Les éditions Cornélius font paraître le premier volume de sa nouvelle série : {Toxic}. Portrait.
La ligne claire toxique de Charles Burns
Dessin pour la pochette du disque "Brick by Brick" d’Iggy Pop, paru en 1990
© Virgin Records

Né en 1955, Charles Burns vient à la bande dessinée au début des années 1980, d’abord dans Heavy Metal puis dans le contexte de la revue d’avant-garde Raw, animée par Art Spiegelman et Françoise Mouly. Rapidement, une constante va s’installer dans l’oeuvre de Burns : un regard noir et caustique sur la société américaine. Le profil très contrasté et la puissance évocatrice de son dessin fait de Burns un illustrateur demandé dans le domaine de la publicité, de la presse magazine ou du rock.

A partir de 1994, il entame la série Black Hole, où un mal mystérieux frappe les adolescents des suburbs américains, une métaphore évidente du SIDA. Compilé par Fantagraphics, édité en français par Delcourt, Black Hole est distingué du prix Essentiel lors du Festival d’Angoulême 2007. Grâce à ses personnages inquiétants, un sentiment de malaise profond se dégage des cases de Burns. En 2008, Charles Burns fait partie de l’équipe du long-métrage d’animation Peur(s) du Noir, qui réunit des séquences cauchemardesque imaginées par Blutch, Marie Caillou, Pierre di Sciullo, Lorenzo Mattotti et Richard McGuire.

Charles Burns en 2008.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Cet automne, les éditions Cornélius entament l’adaptation française de sa dernière oeuvre en cours : Toxic. Pour la réalisation de ce nouvel opus, Burns a choisi de mêler les influences d’Hergé et des expérimentations cut-up de l’écrivain William S. Burroughs [1] . Ainsi, ce premier album déroute par d’incessants aller-retours dans une histoire fragmentée, où un jeune gars à houppette exhume de sa mémoire d’étranges souvenirs d’une soirée punk, de scarifications sur polaroïds, de lézards qui parlent, dans un écho aux images d’Hergé.

Un extrait de "Toxic"
© Burns - Cornélius

En faisant siennes les méthodes d’écriture de la Beat Génération, Burns signe avec Toxic une sorte de rêve éveillé extrêmement troublant. On reste fasciné par ce livre intellectuellement excitant, proposé dans une version album toilé du meilleur effet.

Signalons que l’auteur lui-même orchestre une édition contrefaite de son livre qui paraît au Dernier Cri à l’occasion de l’exposition de ses originaux à la Galerie Martel à Paris.

Edition contrefaite par Burns lui-même. A la manière des albums pirates asiatiques.
© Burns - Le Dernier Cri

(par Morgan Di Salvia)

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Illustrations © Burns - Cornélius , sauf mention contraire.

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A propos de Charles Burns, sur ActuaBD :

> Black Hole

> Angoulême 2008 : "Peur(s) du noir" n’a peur de rien

[1Figure majeure, avec Jack Kerouac, de la Beat Generation, Burroughs (1914-1997) est l’auteur du Festin nu. Il est devenu une icône de la culture pop américaine en collaborant à la fin de sa vie avec Sonic Youth, Kurt Cobain ou REM.

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