Batman The Dark Knight Rises : Une tragédie et un film

23 juillet 2012 2
  • L'Amérique est encore sous le choc : ce qui devait être une fête, la sortie du troisième volet de la trilogie Batman, devient un cauchemar, avec en ligne de mire la Geek Attitude aggravée par la législation sur les armes aux États-Unis.

C’était un des films-événements de l’année, la réplique de DC Comics aux Avengers de Marvel. Sans tout à fait surprendre, Christopher Nolan signait un film à la hauteur de ses ambitions : donner consistance à un mythe moderne, tant secoué dans les versions comics les plus extrêmes de Frank Miller à Paul Pope.

Et il y réussit par un savoir-faire consommé des scènes d’action qui commencent dès la première minute du film, avec une méchant digne de ce nom (Bane, incarné ici par Tom Hardy), une Catwoman toujours aussi envoûtante et mystérieuse (Anne Hattaway joue le rôle de Selina Kyle) et puis une Gotham City fantomatique qui a à nouveau besoin de l’homme chauve-souris après l’avoir renié dans le précédent opus.

Cela devait être une des sorties les plus puissantes de l’année qui avait dans l’espoir de se servir du succès d’Avengers, l’adaptation BD la plus rentable des tous les temps avec 614 millions de dollars de recette, comme marchepied pour un succès plus important encore.

Las, un cinglé déguisé a flingué cette sortie qui s’annonçait festive en provoquant un carnage à Aurora dans le Colorado, faisant 12 morts et 58 blessés. Du coup, le lancement barnumesque du film en France est annulé, des trailers sont retirés de la diffusion et la fiction surpuissante de Batman devient dérisoire devant une pareille folie.

Batman The Dark Knight Rises : Une tragédie et un film
Batman The Dark Knight Rises : Une sortie endeuillée
© Warner Bros. France

Je me souviens des emails reçus de Francine Burke, en charge des droits étrangers de DC Comics le 11 septembre. Les deux avions venaient de percuter les tours jumelles de Manhattan et dans le ciel voletaient des milliers de papier issus de l’explosion, des documents sur lesquels se trouvaient parfois inscrits les noms des victimes de l’attentat. La première réaction de Francine a été de se ressaisir, de ne pas se laisser abattre par cet acte de terreur : "Ne laissons pas ces gens régenter nos vies" écrivait-elle. De fait, il faut aller voir le film de Christopher Nolan, le célébrer même, car toute la mythologie de Batman est fondée sur la nécessité de justice.

Il faut se dire que si la psychose d’un jeune homme a pu s’organiser autour de l’univers de Batman, ce n’est pas en raison du personnage lui-même, ou de la bande dessinée et du cinéma en général : d’une manière ou d’une autre, cette psychose aurait eu à s’exprimer. Le vrai problème, c’est le mode opératoire rendu possible par la législation bien trop permissive des armes aux États-Unis et le manque de sécurité de cette avant-première américaine.

On frémit rétrospectivement à ces grands rassemblements où pullulent les geeks déguisés, que ce soit à la Comic Con’ de San Diego ou à la récente Japan Expo. Pourtant, rien de tel n’est arrivé dans ces endroits-là. C’est que les cosplayers sont rigoureusement contrôlés comme en témoigne le règlement du Comic Con’ de San Diego : les costumes comportant des armes doivent être vérifiées dans un lieu spécial de la convention, les armes à projectiles doivent être rendues inopérantes, les armes blanches doivent être solidarisées avec le costume de façon à ce qu’elles ne puissent pas être tirées, les armes doivent comporter une signalétique spéciale qui montre qu’elles ont bien été vérifiées.

De cette manière, aucun "accident" de ce genre n’a eu lieu dans les grandes conventions déguisées aux États-Unis et ailleurs.

Certains Stand du récent Comic Con’ de Villepinte témoignent d’une fièvre miltariste
photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En salle en France à partir du 25 juillet 2012.

 
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