Centre Belge de la bande dessinée : la nomination d’Isabelle Debekker fortement contestée

8 novembre 2019 2 commentaires
  • Ce matin, la manchette de l’hebdomadaire "Le Vif" de Bruxelles cogne fort : « L’avenir du Musée de la BD compromis par des bachibouzouks ». En cause, la nomination de la nouvelle directrice du Centre Belge de la Bande Dessinée, Isabelle Debekker : « occasion ratée », « décision de boutiquiers », « elle n’y connait rien à la bande dessinée »… La parole se libère, notamment du côté des auteurs. Le débat est en tout cas lancé.

« Est-ce le bon choix pour la pérennité de cette institution désormais trentenaire ? » concluions-nous notre article empreint de scepticisme sur la nomination, en octobre dernier, d’Isabelle Debekker, la nouvelle directrice du Centre Belge de la bande dessinée.

Nous pointions notamment les conflits d’intérêt possibles entre cette institution et ses fournisseurs, notamment son prestataire événementiel appartenant à la famille de la nouvelle directrice élue. Pour forcer le trait, il est reproché au Conseil d’Administration du Centre d’avoir donné les clés de la maison à son traiteur, ce qui est un peu curieux pour une institution culturelle de cette ampleur.

Ce qui frappait en outre, c’est que cette personne recrutée par l’ancien directeur du Centre, Jean Auquier -qui s’est aussitôt félicité de cette nomination- était précédemment sa secrétaire générale et donc qu’elle a répondu à un appel d’offre qu’elle a probablement elle-même conçu. Dans notre forum, un des membres de ce Conseil d’Administration, M. François Maingoval, affirmait que « le CA veillera à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt entre les différentes parties… » Comment pourra-t-il valider les décisions d’une directrice dont la sœur gère le restaurant sous convention avec le Centre ? Sera-t-elle totalement neutre lorsqu’il faudra renouveler le marché de cette concession ? Le doute est permis.

Centre Belge de la bande dessinée : la nomination d'Isabelle Debekker fortement contestée
L’article du Vif : "Le Musée de la BD passé "sous contrôle" d’un traiteur ?"

Quel projet artistique ?

Plus généralement, des auteurs comme François Schuiten montent au créneau sur la question de sa légitimité artistique et sur la stratégie de cette nouvelle directrice -un projet dont on ignore tout- alors que des offres culturelles concurrentielles s’apprêtent à arriver à Bruxelles (Musée du Chat de Geluck, Fondation Boon pour les arts narratifs,…) et qu’il y avait parmi les candidats des personnalités (Daniel Couvreur, Thierry Bellefroid, Eric Verhoest…) dont la compétence est largement reconnue.

Autre question : n’y avait-il pas en interne des personnes ressources susceptibles d’assumer ce poste ? On pense en particulier à Willem Degraeve, ancien bras droit de Jean Auquier, actuel directeur en charge notamment de la communication et qui a une parfaite connaissance de la bande dessinée ? Ce néerlandophone a en outre l’avantage d’être parfaitement bilingue. Bref, cette nomination, c’est un peu la bouteille d’encre en termes de transparence.

Un écrin Art Nouveau pour la BD à Bruxelles

Dernière question, et ce dernier pourra peut-être directement y répondre : pourquoi lors de la fête des 30 ans du Centre, celui qui l’a accompagné depuis tant d’années, en l’occurrence Jean Auquier, était-il absent de la fête ? Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la bande dessinée belge ? Il va bien falloir y répondre.

Enfin, on est surpris par la discrétion de la nouvelle directrice qui n’a fait jusqu’à présent aucune annonce programmatique. Pourquoi cet effacement ? Comme le disait Elsa Triolet : « Le silence est comme le vent : il attise les grands malentendus et n’éteint que les petits… »

Voir en ligne : L’ARTICLE DU VIF (accès payant)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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2 Messages :
  • Le Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD), une très belle institution qui n’est que l’ombre de son projet initial pour différentes raisons.
    Jean Auquier n’a pas été invité aux festivités du trentenaire ? Le sommet de l’iceberg apparemment : Gos et moi n’avons pas été invités non plus et je doute fort que nous fûmes les seuls auteurs oubliés par les gestionnaires de ce Titanic.

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    • Répondu par François Maingoval le 11 novembre à  17:43 :

      Si je peux me permettre trois précisions ...
      1) Jean Auquier était bien évidemment invité ! Dois-je aussi rappeler la belle fête que nous avons fait pour son départ, en juin, pour le remercier de ses presque trente années passées au centre ?
      2) On est vraiment désolé pour Walt et Gos. Ce n’est évidemment pas intentionnel. On a invité plus de 2.500 personnes, et il y a en effet eu quelques couacs non voulus (pourtant on s’est basé sur les listes reçues des éditeurs). Walt, toutes nos excuses sincères !
      3) Bien entendu, Isabelle Debekker n’a pas rédigé l’offre d’emploi !!! Et elle n’a en rien été impliquée dans sa rédaction. Seul le conseil d’administration, après avoir d’ailleurs mandaté une mission de consultance externe, s’est occupée de ce recrutement.

      Je rappelle aussi que le Centre Belge de la Bande Dessinées est une institution privée, qui ne dépend en rien d’un quelconque organisme public. La transparence est une chose, mais le détail du recrutement (et des négociations) n’a pas vocation à s’étaler sur la voie publique.

      Bien cordialement,

      François Maingoval

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