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Festival du livre de Paris 2024 : la lecture des jeunes, enjeu crucial

Par Didier Pasamonik - L’Agence BD le 13 avril 2024                      Lien  
Le Festival du livre de Paris 2024 bat son plein avec aujourd’hui une floppée d’invités prestigieux sur quelques beaux thèmes avec le Canada comme invité d’honneur. Si l’on en croit les discours de l’inauguration, la lecture des jeunes est une vraie préoccupation. Il en résulte des réflexions très alarmistes pour le métier du livre de la part des politiques -ça ne mange pas de pain- mais c’est bien au métier du livre, à ses acteurs et à ses auteurs de s’adapter. Avec on l’espère les soutiens de l’Etat (ministère de la Culture, de l’Education nationale, etc.) les plus adaptés. Si vous êtes parisien, passez voir au festival aujourd’hui prendre le pouls d’une activité qui est quand même formidable dans le domaine de la bande dessinée.

Le fait saillant dans l’étude opportunément livrée par le Centre National du Livre à l’occasion de l’événement, c’est qu’un jeune de 16-19 ans sur trois ne lit pas du tout dans le cadre de ses loisirs : « Si 84% des jeunes lisent pour l’école, leurs études ou leur travail, dit le rapport (soit -2 pts vs 2022 et -6 pts vs 2016), chez les 16-19 ans, cette proportion chute à 68% pour les filles (vs 74% en 2022, soit -6 pts) et 59% chez les garçons (vs 68% en 2022, soit -9 pts).

Ce décrochage est encore plus fort dans le cadre des loisirs, puisqu’ils sont 81% à lire au global (soit -2 pts vs 2022), mais à 16-19 ans, ils ne sont plus que 74% à le faire chez les filles (vs 85% en 2022, soit -11 pts) et 50% chez les garçons (vs 65% en 2022, soit -15 pts). »

Festival du livre de Paris 2024 : la lecture des jeunes, enjeu crucial
Source : Centre National du Livre 2024
Source : Centre National du Livre 2024

Autre fait saillant : au quotidien, les jeunes passent dix fois plus de temps sur les écrans qu’à lire des livres : 19 minutes par jour pour la lecture alors qu’ils passent 3h11 en moyenne sur les écrans (IMPORTANT : on ne compte pas la lecture d’un livre numérique ou l’écoute d’un livre audio…). On pourrait se dire : « Bah, ils lisent quand même un peu sur les écrans… » Meuhnon : « 48% des lecteurs (69% des lecteurs de 16-19 ans) font autre chose sur écran en même temps qu’ils lisent et ce plus fortement qu’avant (+5 pts vs 2022). Parallèlement, 20% des lecteurs loisirs lisent moins de 15 minutes sans s’arrêter et 27% des non-lecteurs loisirs estiment qu’ils ont aussi du mal à se concentrer (+10 pts vs 2022).

Source : Centre National du Livre 2024

La BD et (évidemment) le manga, lecture favorite des jeunes

On s’en doutait mais l’étude le confirme : quand ils lisent pour leurs loisirs, les jeunes se tournent prioritairement vers les BD et les mangas : « Les BD/Mangas/Comics poursuivent leur progression chez les lecteurs loisirs (+4 pts vs 2022 ; +13 pts vs 2016), grâce aux mangas (+7 pts), plébiscités par toutes les tranches d’âges et en particulier par les garçons de 13-15 ans ; plus des trois quarts des lectures personnelles de ces derniers sont des mangas. » Loin derrière, le roman avec un intérêt marqué pour les romans sentimentaux (Harlequin sauce moderne, quoi) et la Dark Romance.

Source : Centre National du Livre 2024

Important : Près de la moitié des jeunes a désormais déjà lu un livre numérique, majoritairement sur smartphone, ce qui confirme le potentiel de ce secteur : « 44% des jeunes (49% des lecteurs de mangas) ont désormais déjà lu un livre numérique (+11 pts vs 2022 ; +25 pts vs 2016), majoritairement sur smartphone, en très forte progression (+6 pts vs 2022 ; +33pts vs 2016). Ils sont également 42% à avoir déjà écouté un livre audio. Par ailleurs, 10% des jeunes ont déjà eu envie de lire un livre grâce à une personnalité suivie sur les réseaux sociaux et, pour leurs loisirs, les lecteurs choisissent plus fortement qu’avant leurs livres après en avoir entendu parler sur les réseaux sociaux (+5 pts) ou par un influenceur livre (+7 pts), et ont davantage envie de lire un livre après avoir vu une série ou un film sur une plateforme (66% des lecteurs loisirs ; +12 pts). »

Source : Centre National du Livre 2024

Une programmation qui reflète les tendances de la BD

Si l’on considère les plateaux qui s’affichent autour de la BD aujourd’hui, outre la présence de Michel Rabaglati qui justifie la présence du Canada invité, on s’aperçoit que les thèmes concernent souvent des tendances « grand public », comme la cuisine, l’actualité (notamment les 30 ans du génocide des Tutsi au Rwanda), l’écologie, et le féminisme, soit la non-fiction, plutôt pour les lecteurs adultes. La seule concession à la fiction est la reprise des grands classiques (Blake et Mortimer, Simenon, Thorgal…)

La ministre de la Culture Rachida Dati feuilletant "Petit Pays" de Gaël Faye, Marzena Sowa et Sylvain Savoya (Aire Libre) en présence de la directrice générale des éditions Dupuis, , Julie Durot
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Au Festival du Livre de Paris : Gaël Faye, Sylvain Savoya, Marzena Sowa, l’attachée de presse de Dupuis Sophie de Saint-Blanquat et le président de Dupuis Julien Papelier
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Les mangas sont singulièrement absents de la programmation (contrairement au Festival d’Angoulême, par exemple), ce qui est légèrement contradictoire avec la réalité du marché. Bah, Japan Expo nous attend dans trois mois.

(par Didier Pasamonik - L’Agence BD)

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2 Messages :
  • C’est quand même affligeant, cette désaffection des jeunes pour la lecture, hors numérique ! Bon enfin lire des publications débiles ou des SMS sur son smartphone, est ce vraiment de la lecture ?
    C’est le renouvellement du lectorat qui est en jeu ! Les lecteurs traditionnels, sans être issus de l’ENA ou de l’X, vont peu à peu disparaitre, mais ne seront pas remplacés. Du coup, je comprend mieux la disparition de la presse BD des kiosques, pourtant plus accessible financièrement que l’achat d’albums cartonnés !
    Cela reste bien triste ! La lecture permet de se cultiver, de se distraire, d’apprendre... BD ou pas. Et ne me dites pas que les collégiens actuels sont meilleurs en calcul qu’en culture générale !

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    • Répondu par Milles Sabords le 15 avril à  19:52 :

      Le problème est beaucoup plus structurel que la simple désaffection des jeunes pour la lecture, Gina. Bientôt, on va finir par perdre le lectorat adulte à force de vouloir éparpiller le public pour occuper des niches commerciales. Avec la prolifération d’albums qui tournent autour des 30 euros, on ne peut plus rendre la BD accessible à tous et toutes. Plus d’aventure, plus de fiction, ni de création de nouveau univers, de nouvelles séries, de nouveaux mondes, juste des sujets de magazines - maladie, cuisine, hygiène, sports, philo, causes humanitaires, faits divers, sujets d’actualité, de politique, manque que le bricolage - et des licences que l’on maintient en vie, par peur d’euthanasier les poules aux œufs d’or et qui ne laissent aucune place à la création de nouvelles séries. Ben oui, c’est trop long de lancer une série et d’attendre qu’elle rapporte, l’édition est devenue malade du symptôme internet : tout et tout de suite. La presse magazine n’a pas disparue des Kiosques, non, elle s’est juste réincarner dans la BD. Non pas que tous ces sujets doivent disparaître, mais il faut aussi retrouver un certain équilibre et proposer à nouveau l’essence même de la BD, son ADN, l’évasion ! Et si les magazines BD s’éffacent les uns après les autres, c’est aussi parce-que depuis longtemps il y est plus question de causeries dans d’interminables articles, de promotion déguisée entre "ce qu’il faut lire ou pas", au détriment de vraies pages de BD, avec des cartes blanches afin de faire découvrir de nouveaux talents. L’édition BD doit se réinventer si elles veut survivre et ne pas perdre son dernier lectorat, plutôt que de vouloir s’embourgeoiser jusqu’à en éclater, ou de vouloir conquérir les cimaises des plus grands musés et les cotations des salles de ventes. Pour retrouver la fantaisie disparue de la BD, il vaut mieux regarder Netflix, Amazone Prime, Disney+ et autres joyeusetés de plateformes, là au moins, les séries sont inventives, intrigantes, bluffantes, enthousiasmantes !

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