Dupuis lance ses sorcières

23 avril 2010 0 commentaire
  • Avec une nouvelle collection centrée sur un thème bien connu des bédéphiles, Dupuis met en valeur les auteures et détourne les clichés de l'Heroic Fantasy. Deux premiers albums dans les bacs, alors que trois autres sont déjà en gestation.

Les albums de filles pour filles restaient souvent cantonnés à des témoignages intimistes, et donc aux collections et aux éditeurs "auteuristes".
L’ambition de Dupuis avec Sorcières, c’est de s’adresser à un public probablement plus jeune qui passe facilement du manga de type Nana au fantastique romantique.

Optant pour un grand format élégant, le label se fixe plusieurs règles : des signatures 100% féminines et des titres d’album qui sont des prénoms. Bianca et Hypathie seront ainsi suivis de Eva, Nina et...Jeanne d’Arc.

Lucien Rollin, qui a eu l’idée de la collection, a lui-même pas mal exploré le thème. Il commence l’aventure avec des auteures proches comme Virginie Greiner et Alexine, avec la volonté de mettre en avant de jeunes scénaristes et dessinatrices.

Les deux premières livraisons s’avèrent assez différentes à tous points de vue. Bianca évoque un drame familial fantastique où une petite fille (Carmine) se voit destinée à reproduire des rituels ancestraux, tout en écartant Bianca, sa sœur ainée. Une apprentie sorcière involontaire luttant contre la véritable sorcière de la BD, sa grand mère omnipotente. Si le scénario avec ses intrigues intra-familiales évoque vaguement... La Guerre des étoiles (le frère ignoré/amoureux potentiel évoque fortement la relation Leia/Luke), l’album offre de somptueux décors de You bien mis en valeur par des couleurs subtiles et très variées signées Elvire de Cock. Dupuis lance ses sorcières

Hypathie s’approche du thème de façon beaucoup plus indirecte : la demoiselle qui donne son prénom au titre est une brillante savante de l’antiquité affrontant les obscurantistes machistes de Rome et d’Athènes au Ve siècle. C’est le complot visant à l’éliminer qui va transformer Hypathie en sorcière.
Tout cela s’avère tiré par les cheveux, de même que le final peu convaincant, d’une violence excessive. Il faut noter que cette histoire s’inspire de faits réels, cette mathématicienne et philosophe ayant péri sous les coups de chrétiens fanatiques. Une figure portée à l’écran par Alejandro Amenabar (Agora) et également évoquée par Hugo Pratt dans Fable de Venise.

La variété qui s’annonce pour cette collection Sorcières dénote d’une volonté d’innovation, de sortir de certains clichés, notamment ceux liés à l’image des femmes dans la BD fantastique. Assez d’ambition pour attendre avec curiosité les futures productions, dont le calendrier fourni fait la preuve d’un dynamisme indéniable.

(par David TAUGIS)

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