Festival d’Angoulême : Suite à un "coup de force", 9eArt+ serait reconduit pour 10 ans

23 juillet 2015 7 commentaires
  • Le quotidien régional "La Charente Libre" parle de "coup de force", sur le fil de la page Facebook des Indignés d'Angoulême, on utilise le vocable de "Hold Up"... En se fondant sur des arguties juridiques, 9eArt+ dénie que l'Association du FIBD ait dénoncé le contrat et se considère reconduit pour 10 ans, jusqu'en 2027.
Festival d'Angoulême : Suite à un "coup de force", 9eArt+ serait reconduit pour 10 ans
Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême, premier financeur du FIBD. Il s’est fait avoir comme un bleu...
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Première nouveauté : l’Association du Festival International de la BD à Angoulême s’est dotée pour la circonstance d’un porte-parole, et pas n’importe qui : il s’agit de Delphine Groux, la propre fille de Francis Groux, cofondateur du FIBD, et le signataire de l’accord, voici huit ans entre 9eArt+ et le FIBD alors qu’il en détenait la présidence. C’est dire si l’affaire est d’importance !

Dans son Communiqué N°1 (que vous découvrirez ci-dessous), Madame Groux explique, en l’enrobant d’exhortations de circonstance, que la clause de reconduction tacite qui était sensée avoir été dénoncée début juin, eh bien, elle n’a pas été dénoncée d’une façon valable : "Des courriers ont été envoyés par l’Association à 9eArt+ pour dénoncer la clause de tacite reconduction de l’accord existant entre l’Association et 9eArt+ et prolonger des négociations bilatérales. 9eArt+ a écrit à son tour à l’Association pour émettre des doutes sur la validité du premier de ces courriers."

Donc, si l’on a bien tout suivi, les dirigeants du FIBD sont des gros nuls qui ne sont même pas capables de dénoncer proprement un contrat, ne fut-ce que, 9eArt+ étant n’est-ce pas, un partenaire si merveilleux, pour le renégocier à l’aise dans la bonne humeur et dans la décontraction...

Le président Patrick Ausou et son conseil d’administration ont donc merdé. Et on comprend pourquoi en lisant leur communiqué : ils n’ont même pas encore jusqu’ici réfléchi à leur avenir. Au bout de 42 ans, l’Association n’a ni vision, ni projet. Le texte est croquignolet : "Les mutations qui sont à l’œuvre impliquent que l’Association elle-même redéfinisse ses fondamentaux afin écrire une nouvelle page de son histoire." Et en attendant, on laisse filer un contrat qui confie à un prestataire de décider de votre stratégie à votre place, et ceci sans aucune alternative, ni appel d’offre, un chiffre d’affaire à 40 millions d’euros sur dix ans, au bas mot. Brillant...

Coup de maître pour Franck Bondoux qui reprend les rênes du FIBD jusqu’en 2027.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

« Je suis étonné de ce que je viens d’apprendre et qui n’est pas ce qu’a dit Patrick Ausou devant le préfet et en conseil d’administration de l’Association, a expliqué lundi le président d’honneur de l’Association, Xavier Bonnefont [et Maire d’Angoulême. NDLR]. Mais je ne veux pas réagir hâtivement, c’est un sujet juridique délicat » confie l’élu à La Charente Libre[Maurice Bontinckx, Festival de la BD : le coup de force de 9e Art+, 20 juillet 2015.].

La Charente Libre nous explique de c’est Franck Bondoux lui-même qui a averti le maire de cette situation, Le quotidien charentais ajoute : "C’est en tout cas un camouflet pour la Ville, qui avait exigé cette dénonciation."

Joli coup pour le patron de 9eArt+ qui s’appuie sur le fait qu’en mars dernier, l’Assemblée Générale de l’Association avait donné mandat au président Ausou et à son Conseil d’Administration pour renégocier avec 9eArt+ mais ne lui aurait pas donné mandat pour dénoncer le contrat, selon ce que l’on peut lire dans La Charente. Et comme la direction de l’Association ne semblait pas non plus avoir envie de dénoncer le contrat, il ne restait plus qu’à attendre benoîtement que les délais soient explosés et à annoncer aujourd’hui que, eh oui, ma bonne dame, on a merdé, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Les Indignés d’Angoulême sont encore plus indignés que d’habitude, ils sont même super-indignés si l’on en croit leur Page Facebook : "Les Indignés regrettent vivement le mépris de l’Association. Le refus de prendre en considération l’avis de citoyens, mais également de professionnels de la BD, nous apparaît irresponsable et illégitime. Pour mémoire, notre pétition a rassemblé plus de 300 signataires dont plusieurs grands prix du festival et grands noms du métiers. Nous relevons également que, comme à son habitude, le prestataire 9eme Art + utilise des arguments juridiques (ici la prétendue "non validité" de la lettre de dénonciation de la Convention) pour faire pression sur l’Association et, indirectement, sur les financeurs du Festival."

Comme on le voit, même en plein été, on ne s’ennuie jamais avec le Festival d’Angoulême.
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COMMUNIQUE N°1 DU FIBD

Angoulême, le 17 juillet 2015

« L’association et 9ème art + : une volonté commune de réussite »

L’association du festival de la bande dessinée, forte de ses plus de 40 années d’existence, assure l’ensemble de ses partenaires de sa volonté d’offrir à tous les amateurs de bande dessinée un festival toujours plus ouvert et performant. Sa feuille de route est fixée avec 9eArt+, son partenaire depuis 8 ans. L’Association a voté, démocratiquement, dans ses CA et AG du 14 mars 2015, pour affirmer sa volonté de trouver un accord de partenariat avec 9èArt+. Elle a ainsi donné mandat à son Président, Patrick Ausou, pour agir en ce sens, puis est entrée dans un processus de débats et réflexions internes et de discussions avec 9eArt+ dans le but de parvenir effectivement à un accord.

Des courriers ont été envoyés par l’Association à 9eArt+ pour dénoncer la clause de tacite reconduction de l’accord existant entre l’Association et 9eArt+ et prolonger des négociations bilatérales. 9eArt+ a écrit à son tour à l’Association pour émettre des doutes sur la validité du premier de ces courriers. Elle l’a fait en précisant qu’elle reste ouverte à la refondation d’un nouvel accord de partenariat entre les deux entités.

C’est cette proposition que l’Association veut aujourd’hui retenir, précisément pour avancer dans le sens que la grande majorité de ses membres ont souhaité. Elle va par conséquent poursuivre ses discussions avec 9eArt+ afin de clarifier la situation et progresser de concert. L’Association a la volonté, en toute indépendance, de définir également sont propre projet qui ne se limite pas aux problématiques du seul Festival. En effet, depuis sa création, elle a toujours recherché l’excellence, tant sur le plan artistique, que culturel et international. Elle est, avec ses partenaires, un acteur essentiel de la bande dessinée, du développement du territoire et de son rayonnement.

L’Association ne méconnait pas les enjeux du futur pour les événements culturels dans leur ensemble et le Festival en particulier.

Elle n’ignore pas non plus que les acteurs du monde de la bande dessinée et les pouvoirs publics ont leurs propres enjeux lorsqu’ils s’associent à l’événement. Les mutations qui sont à l’œuvre impliquent que l’Association elle même redéfinisse ses fondamentaux afin écrire une nouvelle page de son histoire. Elle a la volonté de s’y engager, conduite par son Président Patrick Ausou, en débattant et construisant, dès la rentrée, avec tous ses adhérents un processus visant à : Renforcer sa mission associative Définir les axes stratégiques du Festival en cohérence et complémentarité avec son partenaire 9eArt +. Accompagner le rayonnement du Festival. Les résultats de ces travaux feront naturellement l’objet de présentations à son Conseil d’Administration et son Assemblée Générale.

Loin de toutes les polémiques qui viseraient à ternir l’image du Festival, l’Association du FIBD poursuivra le cap qu’elle s’est fixé : concevoir avec son partenaire, 9eArt+, un festival de la bande dessinée, connu et reconnu, des amateurs et professionnels pour la plus grande satisfaction de tous. Par ailleurs, le président et son conseil d’administration ont proposé à Delphine Groux, membre de l’association de prendre en charge, à titre bénévole, la responsabilité de la communication de l’association, ce qu’elle a accepté. À ce titre, elle sera l’interlocuteur des médias.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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7 Messages :
  • Peut-on s’étonner d’un tel résultat ?
    A combat bancal, résultat bancal ! Avouons quand même une certaine forme de naïveté de ces "zindignés" qui s’offusque que "le prestataire 9eme Art + utilise des arguments juridiques" (sic) pour remettre en cause la dénonciation du contrat.
    Si "arguties" il y a, que les "zindignés" aillent au carton et porte plainte puisqu’ils semblent certains de leur bon droit !
    Dans cette affaire, on ignore toujours s’il y a une vraie problématique d’illégalité où si on est juste dans une histoire d’Iznogoud !

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    • Répondu le 26 juillet 2015 à  18:50 :

      Depuis le début de cette histoire, deux conceptions s’opposent : une vision "légale" et une vision "morale". Ce qui est peut-être parfaitement légal et autorisé peut être condamnable d’un point de vue moral, éthique, déontologique, confraternel, etc. C’est sans doute cela que les "indignés" (ce z que vous ajoutez est aussi méprisable qu’il est méprisant sous votre plume) entendent.

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  • Ce "chiffre d’affaire à 40 millions d’euros sur dix ans, au bas mot", rappelons que les auteurs n’en perçoivent pas un centime. Les auteurs sont la raison d’être du festival, génèrent beaucoup d’argent mais sont des bénévoles (ils y sont même de leur poche pour beaucoup). Si cet éternel embrouillamini de personnes se tirant dans les pattes pour le pouvoir ou l’argent (ou les deux) lasse ou dégoute les auteurs, qu’ils ne viennent plus se cailler les miches en janvier en Charente. Sans auteurs plus de festivaliers donc plus de festival et l’affaire est réglée.

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    • Répondu par jp le 24 juillet 2015 à  11:08 :

      Vous avez raison, les auteurs sont essentiels pour la vie de ce Festival. Mais ne vous laissez pas non plus impressionner par la présentation volontairement spectaculaire de ce "chiffre d’affaires" de 40 millions d’euros... Les journalistes aiment bien sortir les grands chiffres, c’est toujours plus impressionnant, mais il ne faut pas oublier que le chiffre d’affaires n’est pas un bénéfices. Cette présentation ne veut juste...rien dire !
      On peut aussi s’amuser à cumuler le chiffre d’affaires de Casterman sur les 30 dernières années, ça doit être super impressionnant !!....

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      • Répondu le 24 juillet 2015 à  22:22 :

        Les gens de 9eArt+ doivent s’accorder des salaires bien supérieurs à ce que gagnent la plupart des auteurs.

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        • Répondu le 24 juillet 2015 à  23:51 :

          Pour vivre de la bd il faut surtout ne pas en faire.

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        • Répondu le 25 juillet 2015 à  07:11 :

          Pas besoin d’aller jusque chez les grands vampires de la profession pour trouver des revenus supérieurs à celui de la plupart des auteurs .

          En fait, ça doit être le cas d’à peu près n’importe quel salarié à plein temps ( et c’est bien normal ) de n’importe quelle maison d’édition...avantages sociaux en plus...

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