Génération Métal Hurlant

11 novembre 2005 10 commentaires
  • Lundi 7 novembre a eu lieu la soirée de lancement de l'ouvrage de Christian Marmonnier et Gilles Poussin « Métal Hurlant, la machine à rêver » (Editions Denoël), une somme sur l'un des phénomènes éditoriaux qui a marqué les années 80 et révélé une génération de nouveaux auteurs, de Frank Margerin à Olivia Clavel, de Richard Corben à Yves Chaland, de Moebius à Montellier, de Charles Bukowski à Alejandro Jodorowsky... avec à sa tête un jeune homme aux allures de savant fou : Jean-Pierre Dionnet.

De sa haute stature, Jean-Luc Fromental domine la foule venue ce soir-là au Gibus, lieu séculaire des soirées parisiennes. Le dernier rédacteur en chef de Métal Hurlant, aujourd’hui éditeur de Denoël Graphic, responsable de ce livre-hommage, a labouré le carnet d’adresse de toutes les personnes qu’il a rencontrées pendant l’aventure de Métal. Il est content : à quelques exceptions près, ils sont tous là, ceux qui ont fait de Métal une légende. « C’est marrant, lui dit un de ses amis, tu as invité tous mes copains ». « C’est parce que ce sont aussi les miens », lui répond l’éditeur. Pour que la soirée ne passe pas pour une réunion d’anciens combattants (on y croise aussi bien Paul Gillon qui va sur ses 80 ans, que les fondateurs des Humanoïdes Associés : Moebius, Druillet et Jean-Pierre Dionnet), Fromental et son attachée de presse Sylvie Chabroux ont fait venir quelques-uns des jeunes Turcs de la nouvelle génération, dessinateurs à la notoriété naissante, illustrateurs à la valeur montante. Un melting pot qui rappelle la mixité culturelle de Métal Hurlant. Ils sont venus célébrer la parution d’un livre réellement exceptionnel, résultat d’années de travail, compilation d’entretiens avec les principaux acteurs d’une aventure unique qui a marqué le paysage mondial de la bande dessinée à la fin des années soixante-dix et au début des années 80 : Métal Hurlant - La Machine à Rêver .

Génération Métal Hurlant
Dionnet, bien accompagné par son PDA.
Photo : D. Pasamonik.

Dès 21 heures, Chantal Montellier attend à l’entrée. Elle y est rejointe par Moebius, puis par Edmond Baudoin, Willem puis Anne Delobel, brièvement secrétaire de rédaction de Métal. « Je ne me fais pas d’illusions, dit-elle, ils m’avaient engagé car j’étais la compagne de Tardi ! ». L’auteur d’Adèle Blanc-Sec n’est pas venu. Il est fâché avec la bande à Métal depuis vingt ans. Toute la soirée est émaillée de ces petites révélations, un peu comme si chacun voulait prolonger la recherche de Marmonnier et Poussin, mais aussi confirmer l’importance du bouillon de culture qu’a été ce journal, le point de rencontre d’une génération de créateurs, attirés en ces lieux par l’éclectisme, la culture inouïe et l’intelligence de Jean-Pierre Dionnet, par le sens fougueux de la provoc et la rock attitude de Philippe Manœuvre, par la pose de gourou de Moebius, par le geste lyrique et généreux de Druillet, par l’ironie mordante d’Yves Chaland, par l’engagement militant de Chantal Montellier...

Charles Berbérian et Serge Clerc
Photo : D. Pasamonik

Petit à petit, les invités arrivent. À l’entrée, un service d’ordre de rock star. À l’intérieur, une musique « rétro » d’enfer : Sex Pistols, Blondie, The Clashs, Deep Purple... Les fondateurs du journal se font discrets. Manœuvre reste cinq minutes puis se barre, ayant sans doute mieux à faire. Philippe Druillet se demande ce qu’il fait là et hurle au bar : « Un whisky ! ». Il dit qu’il a donné sa dem à l’académie des Grands Prix d’Angoulême : il ne lit plus guère les BD, les mangas et tout cela, il n’y comprend plus rien. Moebius a l’air content de revoir ses amis, Paul Gillon et Jean-Claude Mézières en tête. Jean-Pierre Dionnet tapote frénétiquement sur son PDA : il y inscrit les adresses des auteurs qu’il rencontre et qu’il n’a plus vus depuis longtemps. Il s’interrompt un moment pour expliquer à Christian Marmonnier comment il aurait publié le livre s’il en avait été l’éditeur. Marmo, enfant sage, écoute poliment.

Paul Gillon et Moebius.
Photo : D. Pasamonik

Charles Berbérian et Serge Clerc feuillettent l’ouvrage de concert. Ils tombent sur une photo de leur ami Yves Chaland disparu en 1990. Chienne de vie. Stan Barets, le propriétaire de la librairie Temps Futurs (actuellement Album, 8 rue Dante) qui accueillit le lancement du premier numéro du journal devise avec Florence Cestac dont les premiers gros nez ont paru dans Métal. On croise Philippe Vuillemin, Ted Benoit, Lorenzo Mattotti, Didier Petit-Roulet, Romain Slocombe, Marcelino Truong, Loustal, O’Groj, Dodo et Ben Radis et tant d’autres...

Le grand illustrateur Jean-Michel Nicollet, avec son éternelle pipe au bec, est en grande conversation avec le graphiste Etienne Robial, fondateur de Futuropolis, qui avait créé le logo et la maquette du journal de la rue Yves Toudic et qui, depuis, fait l’habillage de chaînes de télé : Canal Plus, M6... Marc Voline, aujourd’hui éditeur chez Albin Michel, rit à gorge déployée avec Denis Sire, la casquette vissée sur le crâne, qui avait introduit dans Métal d’inoubliables pin-ups procédant à des effeuillages sophistiqués. Moebius tombe dans les bras de Paul Gillon, le dessinateur des Naufragés du Temps (il dessine en ce moment la suite de L’Ordre de Cicéron après nous avoir livré un éblouissant Quintett)... L’émotion est présente, c’est évident, les retrouvailles heureuses, même si l’on a du mal parfois à reconnaître les visages.

Un peu avant trois heures du matin, la salle se vide. On ferme boutique. C’est à cela que l’on voit qu’on n’a plus vingt ans et que la plupart des invités travaillent le lendemain.

Jean-Michel Nicollet et Etienne Robial.
Photo : D. Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

L’ouvrage paraît le 17 novembre 2005 aux Éditions Denoël Graphic.

Lire aussi L’interview de Christian Marmonnier

- Commander "Métal Hurlant la machine à rêver" de Marmonnier et Poussin chez Amazon ou à la FNAC

 
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10 Messages :
  • > Génération Métal Hurlant
    11 novembre 2005 18:27, par de Jean-Bernard depuis Montpellier (France du Sud)

    Heureux d’avoir des nouvelles de Serge CLERC, notre dessinateur-espion préféré ! Où en est-il de sa bande dessinée "Metal Hurlant Story" annoncée depuis plusieurs années ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 12 novembre 2005 à  01:47 :

      Il est, m’a-t-il dit, à la page 120 d’un album qui en comporte plus de 200...

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 13 novembre 2005 à  17:50 :

      Quarante euros, mais c’est une grosse bête !

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      • Répondu le 30 novembre 2005 à  03:53 :

        Non, c’est l’arnaque !

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        • Répondu par joe staline le 6 décembre 2005 à  21:04 :

          Qu’est-ce qui est l’arnaque ??

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        • Répondu par bernard le 8 décembre 2005 à  19:36 :

          depuis ton adolescence tu gagne de l’argent...
          non ?
          le prix de la machine à réver !

          sinon c’est vraiment Serge Clerc sur les photos ?

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  • > Génération Métal Hurlant
    13 novembre 2005 15:21, par corben

    Superbe !!!! j’insiste ,cet iniative est formidable j’attends le livre avec inpatience .Y a t-il un prix annoncé ?

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    • Répondu par [SimplyMe] le 14 novembre 2005 à  17:12 :

      Oui... 40€ ! Mais ça les vaut largement !!!

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  • > Génération Métal Hurlant
    17 novembre 2005 09:59, par kronos

    salut
    je suis monté dans la machine en 1975 a l’age de 10 ans (!) je n’en suis jamais redescendu, j’ai entre les mains le n°1 de metal (couverture de Moebius) et quelque part le dernier (de 1987) mouillé de larmes de rage,mais le voyage continue, des que j’ai trois tunes ....

    bruno

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  • > Génération Métal Hurlant
    23 décembre 2005 20:15, par José.

    J’écris du Portugal. J’ai appris la parution de Métal a travers Rock & Folk que j’achetai à cette époque pour lire des choses sur la musique signées Philppe Manoeuvre, Philippe Garnier, Hervé Muller, François Ducray, et surtout Jean Marc Bailleux.

    Le premier annonce de Métal s’afiche à la page 12 de Rock& Folk nº 97, de Février 75. Je l’ai entre mes mains a ce moment avec Led Zeppelin en couverture. J’ai raté le número suivant, comme j’ai raté le premier número de Métal, parce qu’ici il n’y arrivait pas. Il était très difficile de trouver Métal a cette époque lá. J’ai acheté le numéro 7, a travers un ami qui a été a Paris, en Août 76.
    La couverture, c’est Robial. Géniale ! Je lui ai demandé le número auparavant,le 6, mais il était épuisé a ce moment lá.
    Eh bien ! Je l’ai aussi. L’année dernière j’ai été a Paris et j’ai cherché les bouquinistes en marge de la Seine. Je l’ai trouvè ce número magique ! Je l’ai aussi maintenant. Comme j’ai presque tous les números suivants.

    Pourquoi je vous dis tout ça ?!

    Parce que votre culture populaire, dans le dessin des bandes dessinées, est époustouflante ! Beaucoup meilleure que celle des américains !
    Il y a quelque chose de magique dans Moebius e Tardi et Serge Clerc et Yves Chaland et dans les écris sur le rock de Manoeuvre e tous les autres, sans oublier l’estétique que Robial a inventé.
    Formidable !
    Merci.

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