Mourir Au Paradis - Par Christin & Mounier - Dargaud

11 novembre 2005 0 commentaire
  • {{Pierre Christin}} aime alterner les genres et écrire, de temps à autres, des scénarios plus engagés. {Mourir Au Paradis} correspond à cette catégorie. On se prend alors à rêver d'une histoire de la qualité des {Phalanges de L'Ordre Noir} et de {Partie de chasse} (tous deux avec Enki Bilal), qui furent des ovnis aux début des années 80, mais hélas ce n'est pas le cas. {Mourir Au Paradis} traite des dérives des « villages privés » aux États-Unis, de la libre utilisation des armes à feu, du racisme, et de la montée de l'extrême droite. Mais malheureusement ces sujets dérangeants sont maladroitement exploités. Si bien que cette histoire se révèle être fort monotone.

« Heaven’s Estate » est un petit paradis sur terre. Un village reconstitué, aux sublimes résidences, gardé par une milice privée. Nul ne peut rentrer dans ce lieu ceinturé par des murs en béton et des barbelés sans montrer patte blanche ! Bien évidement, les habitants sont à l’abri du besoin. Ils consacrent plus leur temps aux loisirs qu’à exercer leur profession, où même qu’à éduquer leurs enfants. Les jeunes s’ennuient et passent le temps comme ils peuvent. Bart, par exemple, se prend pour un haut gradé de l’armée nazie et collectionne les armes.

Il organise une petite fête dans une maison en construction. Sans trop que l’on sache pourquoi, il décide de déguiser chacun de ses amis pour symboliser certains sympathisants au régime d’Hitler, durant la Seconde Guerre mondiale... Le nazillon donne également une arme à chacun, et il décide que l’un deux ouvrira la première bouteille de champagne en tirant sur le goulet. Le premier coup de feu atteint son objectif. Mais il est suivi par d’autres. L’un des adolescents a pris peur et, par réflexe, a appuyé sur la gâchette... Provoquant ainsi un échange de tir, qui se soldera par une mort d’homme et des blessés.

En Novembre 2004, Pierre Christin nous parlait de ce récit : « Pour la première fois, j’y tue un enfant. Cela m’a coûté d’imaginer et d’écrire des scènes aussi tristes. J’ai toujours contourné la violence. Même dans les récits réalisés avec Enki Bilal (Partie de chasse, Les Phalanges de l’Ordre Noir), où la violence y est plus métaphorique. Mais aujourd’hui le monde est devenu tellement violent... Et mon dégoût des États-Unis s’est malheureusement approfondi d’année en année. J’avais donc logiquement envie de traiter ce sujet  ». Ce dégoût de la violence se sent profondément dans l’album, car la scène de « la tuerie accidentelle » est maladroitement amenée, sans trop instaurer un climat privilégiant ce type de comportement, comme l’avait si bien fait Gus Van Sant dans Elephant [1]. Quelques pages plus loin, il se rattrape cependant en étant plus crédible lorsque Bart accuse les latinos de ce bain de sang...

Mounier, par contre, a mis le meilleur de lui-même dans cet album. On sent qu’il a été motivé par ce thème et son style se fait encore plus précis et méticuleux que sur ces précédents albums (Les Abîmes du Temps, le sixième Décalogue).
Le dessinateur a donné un physique très typé à chacun des personnages, pour correspondre au mieux au scénario. En effet, La plupart des personnages sont fort caricaturés (le nazillon, le gros bêta), sans doute pour éviter de devoir les présenter sur de nombreuses pages. Si bien qu’aucun d’eux ne paraît sympathique. Il aurait peut-être fallu traiter cette histoire sur plusieurs albums pour laisser la tension s’installer. On attendait mieux de Pierre Christin pour des thèmes aussi forts.

(par Nicolas Anspach)

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[1Que Pierre Christin cite en exemple dans le même article

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