"Jacques Damour" de Gaël et Vincent Henry : histoire(s) de famille

6 juin 2017 0 commentaire
  • Jacques Damour, communard condamné, banni et évadé, revient à Paris. Il peine à reconnaître sa ville et encore davantage à recomposer sa famille. Gaël (le neveu) et Vincent Henry (l'oncle) s'emparent de la nouvelle d’Émile Zola pour redonner vie au Paris des débuts de la IIIe République. Une reconstitution, de facture certes assez classique, mais fraîche et vivante.

Jacques Damour, que tous ses proches croient décédé au large de la Nouvelle Calédonie, est de retour à Paris. Dix ans après la Commune, pour laquelle il combattit, la ville a connu bien des changements. Non seulement la IIIe République, d’abord, tenue par Thiers et les Versaillais, s’est installée. Mais en outre, la ville elle-même est méconnaissable, conséquence des bouleversements urbanistiques provoqués par le baron Haussmann.

Jacques était cisailleur sur métaux. Humble et sincère, travailleur et aimant, il s’engage dans la Commune de Paris, ne supportant pas les reculades des Républicains auto-proclamés face aux Prussiens. Il échappe de peu aux fusillades du Mur des Fédérés le 28 mai 1871, mais est arrêté, condamné et envoyé, en compagnie de Louise Michel notamment, en Nouvelle Calédonie. Il supporte difficilement l’éloignement de sa fille et de sa femme et parvient finalement à fuir.

Il erre ensuite pendant presque dix ans, tentant sa fortune en Amérique. Après moult péripéties, perdant ses gains cent fois plus rapidement qu’ils ne les avait gagnés, il se décide à revenir en Europe. Apprenant la nouvelle de l’amnistie généralisée, il se précipite à Paris. Mais personne ne l’y attend. Il est sans le sou, prématurément vieilli et usé par ses aventures. Son unique espoir est de retrouver sa fille et son épouse.

"Jacques Damour" de Gaël et Vincent Henry : histoire(s) de famille
Jacques Damour © Gaël Henry / Vincent Henry / Sarbacane 2017

Gaël et Vincent Henry (ce dernier étant aussi éditeur chez La Boîte à Bulles) adaptent chez Sarbacane une nouvelle d’Émile Zola, Jacques Damour, datée de 1880. Le neveu et l’oncle, qui ont par le passé déjà travaillé ensemble, aiment l’écriture de Zola et le lui rendent bien. Reconstruisant le récit, illustrant joliment le Paris des années 1870-1880, ils réalisent un album agréable à lire, avec des personnages attachants et une subtile reconstitution de l’époque.

Les décors de Gaël Henry donnent au Paris du XIXe siècle un aspect vivant. Évitant de surcharger son dessin, il est néanmoins fidèle à ce que nous connaissons de la ville issue des travaux haussmanniens. Son trait fin et souple, qui s’apparente à ceux de Christophe Blain et Nicolas Dumontheuil, insuffle dynamique et expressivité aux personnages. La narration, sans audace majeure, multiplie les allers et retours entre les époques mais demeurent d’une grande fluidité. Certains séquences, presque muettes, sont particulièrement réussies, ainsi celle se déroulant dans le Nouveau Monde.

La composition des planches est d’une grande variété, le découpage s’adaptant au rythme du récit et laissant assez de liberté au dessinateur pour qu’il puisse parfois donner plus d’ampleur à son trait. Les couleurs de Lucie Firoud apportent une certaine fraîcheur au récit assez sombre - quoique moins pessimiste que dans ses romans les plus connus. Gaël et Viencent Henry rendent finalement un bel hommage tant aux Parisiens du XIXe siècle et aux Communards qu’à l’écriture d’Émile Zola.

Jacques Damour © Gaël Henry / Vincent Henry / Sarbacane 2017

Voir en ligne : Le site de l’auteur

(par Frédéric HOJLO)

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Gaël Henry (dessin) - Vincent Henry (scénario) - Lucie Firoud (couleur) - d’après une nouvelle d’Emile Zola - 21,5 x 29 cm - 144 pages en quadrichromie - couverture cartonnée - parution le 3 mai 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

Consulter le site de Gaël Henry.

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