L’affaire de l’assassinat du juge François Renaud s’invite dans la BD

16 août 2016 1 commentaire
  • Avec l'adaptation en BD de l'affaire de l'assassinat du juge François Renaud, Olivier Berlion s'attaque, dans "Le Juge: La République assassinée" (Ed. Dargaud), à l'un des dossiers judiciaires les plus sulfureux de ces quarante dernières années.
L'affaire de l'assassinat du juge François Renaud s'invite dans la BD
Le Juge : La République assassinée T1
Olivier Berlion (c) Dargaud

Veste à carreaux sur les épaules, cigare au bec et le regard du fauve prêt à bondir sur sa proie. Que vous soyez truand ou policier, journaliste ou homme politique, l’impression que laissait le juge d’instruction François Renaud était souvent la même : celle d’un homme coriace et intègre. Une anomalie dans le Lyon des années 1960-70, où le crime et la corruption avaient élus domicile. Son allure et ses méthodes musclées lui avaient valu le surnom de “Shériff”.

L’an dernier, à l’occasion des 40 ans de la mort du célèbre juge, Olivier Berlion et les éditions Dargaud proposaient le premier tome d’une trilogie intitulée Le Juge - La République assassinée, qui revient sur les huit dernières années de la vie de François Renaud, celles qui ont définitivement fait sa légende de justicier qui ne craignait ni la pègre, ni les hommes politiques.

L’assassinat du juge Renaud survint le 3 juillet 1975 à 2 h 30 du matin. Il provoqua un séisme dans toute la France. Pour la première fois depuis la fin de l’Occupation, un juge d’instruction tombait sous les balles. Le ministre de la Justice de l’époque, Jean Lecanuet, assista à la levée du corps à l’institut médico-légal. Il fit une déclaration solennelle : « Je suis ici au nom du gouvernement et de la justice française pour rendre hommage au sacrifice de François Renaud, pour dire à ses enfants notre indignation, notre émotion, notre amitié. Je suis ici pour dire non aux assassins. Qu’ils sachent que vous, comme moi-même, n’allons pas relâcher, mais renforcer notre combat contre la terreur. La justice ne cédera pas. La sécurité des Français sera assurée. Ensemble nous relèverons l’intolérable défi du crime ».

Le Juge : La République assassinée T2
Olivier Berlion (c) Dargaud

Des mots rassurant mais l’enquête sur ce meurtre suscite aujourd’hui encore la controverse. En effet, au cours des années qui suivirent, cinq magistrats instructeurs se succédèrent en neuf ans sur ce dossier, « laissant plus penser à une rotation d’une équipe de cricket qu’à une instruction sérieuse, à la hauteur de la gravité de l’événement », comme l’écrira Francis Renaud, l’un des fils de la victime, dans la préface du premier tome de cette BD. En 1992, une ordonnance de non-lieu sera rendue par un sixième magistrat instructeur, qui deviendra par la suite définitive deux ans plus tard.

Comment expliquer une issue aussi déroutante à l’un des affaires les plus explosives des Seventies ? François Renaud avait-il découvert une collusion entre le S.A.C., le Service d’Action Civique, une association au service du général de Gaulle et le fameux « Gang des Lyonnais », comme le pense son fils ? Nul ne peut l’affirmer avec certitude, même si cette thèse fut reprise par le cinéaste Yves Boisset dans son film Le Juge Fayard, dit Le Shériff, inspiré par cette affaire. Mais ce dont nous pouvons être sûr, c’est que la vérité sur la mort du juge d’instruction François Renaud reste inconnue.

Pour bien cerner la personnalité de cette figure hors du commun, il faut peut être s’intéresser à son passé : François Renaud naît le 5 mars 1923 à Hao Giang (Tonkin), au Viêt Nam, à l’époque une colonie, l’Indochine française. Fils d’un médecin issu d’une noble famille bourguignonne, il rejoint la Résistance en 1943, lorsqu’il a 20 ans. Après la guerre, il reprend ses études de droit, qui le mènent ensuite à devenir juge suppléant dans les colonies africaines de France. De 1956 à 1966, François Renaud sillonna la Côte d’Ivoire, le Niger, le Mali et la Haute-Volta (le Burkina Faso), avant de revenir en France avec femme et enfants, où il est nommé Premier juge d’instruction du palais de justice de Lyon fin 1972.

T1 : Chicago-sur-Rhône

Banlieue de Lyon, printemps 1967 : Attaché sur une chaise au fin fond de sa cave, Jean Schnable dit “le Roi du flipper” subit un interrogatoire musclé de la part de deux petites frappes déguisées en policiers. Ils agissent pour le compte de Jean Augé dit “Jeannot la Cuillère”, rival direct de Schnable dans le business et membre du grand banditisme lyonnais. Lourdauds et imprudents, les deux hommes de main multiplient les gaffes, ce qui pousse leur commanditaire à se débarrasser d’eux. Leurs cadavres gisant au bord d’une rivière seront retrouvés le lendemain matin par la police. C’est alors que le juge d’instruction Renaud entre scène. Celui-ci fait rapidement le lien entre la découverte des corps et la plainte contre X pour séquestration faite la veille par Jean Schnable, qu’il connaît personnellement. En effet, celui-ci était un ancien camarade de résistance durant la guerre. Surtout, le juge estime que la rivalité qui oppose “le Roi du flipper” et “Jeannot la cuillère” est sûrement à la base de ces exécutions. François Renaud mène alors l’enquête. Une affaire qui le mène en eaux troubles, là où les hommes du S.A.C. font la loi.

Le Juge : La République assassinée T1
Olivier Berlion (c) Dargaud

T2 : Le gang des Lyonnais

1973 : Alors que François Renaud enquête sur le casse de l’hôtel des Postes de Strasbourg, un braquage qui eut lieu deux ans plus tôt et au cours duquel ont été dérobé plus de onze millions de francs, celui-ci apprend qu’une vague d’exécutions frappent le milieu de la capitale des Gaules. Entre la montée en puissance du Gang des Lyonnais et le rôle de plus en plus trouble du S.A.C., les affaires se multiplient pour le juge d’instruction. En plus de la surcharge de travail, Renaud doit aussi encadrer la vie de ses deux fils adolescents, dont l’un enchaîne les ennuis avec la justice.

Le Juge : La République assassinée T2
Olivier Berlion (c) Dargaud

Lyonnais d’origine et grand amateur de polars, il paraissait naturel à Olivier Berlion de s’emparer de cette affaire afin d’en faire une BD. Signant le scénario, le dessin et les couleurs, l’auteur de Tony Corso nous livre ici une mini-série dense, complexe et brillamment mise en scène. Avec une telle défense et illustration, la figure de François Renaud devrait continuer à passionner pour des années encore. Comme cela doit être pour n’importe quel défenseur intègre de l’état de droit.

Voir en ligne : Découvrez Le Juge - La République assassinée sur le site des éditions Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : François Renaud
Dessin : Olivier Berlion (c) Dargaud

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