La Nueve - Par Paco Roca (trad. J.M. Boschet) - Delcourt

2 mai 2014 0 commentaire
  • L'auteur du formidable [{La tête en l'air}->14301] part sur les traces d'un ancien combattant de la division Leclerc. Un gaulliste ? Un déserteur des armées d'Afrique du Nord ? Non, un républicain espagnol qui marchera sur Paris après un périple de plusieurs années. Un témoignage captivant qui constitue aussi un solide cours d'histoire.

Mission difficile pour ce jeune auteur de BD, arrivé dans un petit village français. Le vieil homme dont il veut recueillir le témoignage se montre plus que réticent au départ. Personne dans son entourage ne sait qu’il a été combattant contre Franco, puis engagé dans l’armée des français libres du général de Gaulle. Paco (mais oui, c’est bien l’auteur lui-même) parvient à convaincre Miguel, et tout au long des quelques jours de leurs échanges, tout un pan de la lutte contre le fascisme durant les années 1930-1945 se dévoile.

Miguel, fuyant dans un premier temps l’Espagne franquiste, débarque en Afrique du Nord, puis rejoint les alliés arrivés en Tunisie en 1942. Le charismatique capitaine Dronne, qui commande la neuvième compagnie de la division Leclerc, promet à ses soldats, pratiquement tous Républicains exilés, une future conquête de l’Espagne. Mais la première étape passera par la Normandie, et une arrivée triomphale à Paris, avec à la proue des chars le drapeau mauve, jaune et rouge de la République.

La Nueve - Par Paco Roca (trad. J.M. Boschet) - Delcourt
© Guy Delcourt Productions 2014

A la manière -toutes proportions gardées- du Maus de Spiegelman, Paco Roca insère nombre de scènes contemporaines, dans l’intérieur douillet de Miguel, entre les épisodes de ses mémoires. Astucieusement inversé, le flash-back s’attache à garder de précises couleurs, tandis que le présent se contente du noir et blanc. Pour Roca, pas question d’enjoliver la guerre et l’exil. Son trait se fixe sur l’essentiel, avec des perspectives toujours justes dans des paysages changeants (Afrique, France, Angleterre).

une des plaques commémoratives apposées sur les murs de Paris (13ème arrondissementMême les connaisseurs du sort des résistants à Franco sortiront stupéfaits de tant d’événements dans la vie du nonagénaire Miguel Ruiz. Là ou d’autres avaient gagné l’Amérique du Sud, ou étaient coincés dans les camps français, il a choisi comme ses camarades de La Nueve de rejoindre d’autres guerriers.

L’émotion constante du roman graphique tient autant aux épisodes dramatiques que déclenchent tous les conflits qu’aux états d’âme contemporains de Miguel, entre fierté retrouvée et nostalgie inconsolable. D’autant qu’en filigrane un drame sentimental s’est greffé à la lutte.

La réussite de la Nueve lui offre un statut de référence, et malgré la traduction un peu trop sage de Jean-Michel Boschet, le récit possède une force romanesque sans faiblesse. Un album idéalement préfacé par la nouvelle maire de Paris, Anne Hidalgo, dont l’histoire familiale lui accorde toute légitimité pour cet exercice.

(par David TAUGIS)

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- A propos des Républicains espagnols, lire aussi :
Le combat et l’exil : le destin des républicains espagnols en BD
- Une bonne synthèse au sujet de la Nueve sur Wikipedia

Du même auteur :
- La tête en l’air
- Le Phare

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