"La colère de Fantômas" : une adaptation sombre et flamboyante

9 avril 2015 1 commentaire
  • Fantômas, ce bourreau aux 100 visages, a signé son retour en bande dessinée dans une trilogie épique. Une œuvre sombre, qui traduit au mieux l'atmosphère des romans tout en sachant s'en détacher si nécessaire. Porté par un découpage très moderne, cette adaptation profite d'un superbe dessin, qui mérite le détour à lui seul !

Paris, 1911. Le peuple s’est rassemblé pour assister à l’exécution du plus grand criminel de la capitale, Fantômas, qui a terrorisé les foules et mis les brigades de police sur les dents pendant seize longues années. Alors que l’inspecteur Juve regretterait presque cette période terrible mais palpitante, un événement spectaculaire vient secouer les esprits. Lors d’une représentation théâtrale mettant en scène la vie de Fantômas, celui-ci surgit d’outre-tombe, et massacre acteurs et spectateurs.

Et Fantômas le clame : il est en colère ! Son nom a été traîné dans la boue, on s’est moqué de lui, mais surtout... certains de ses comparses l’ont volé ! Le criminel sans visage ni états d’âme jure alors de dérober tout l’or de la capitale. Dans une frénésie galopante, et avec pour seule compagnie l’énigmatique lady Beltham, il tue les témoins embarrassants et pille les coffres-forts de la Banque de France. L’inspecteur Juve et Fandor se lancent rageusement à sa poursuite pour qu’enfin cessent ses crimes. Mais peut-on réellement arrêter Fantômas ?

Un best-seller du crime

Créé il y a plus d’un siècle par Marcel Allain et Pierre Souvestre, Fantomas fut un des romans-feuilletons qui draina le plus de public à son époque. L’aspect sombre, les énigmes et la force des personnages en firent un des summum du genre. Mais comme le précise le scénariste Olivier Bocquet dans l’introduction de cette adaptation, pour notre public contemporain, "Le Prince de l’Effroi n’est qu’un pitre au masque bleu, poursuivi par un clown, à bord d’une DS volante." Pour revenir à l’esprit des origines, le scénariste réhabilite à sa manière celui qui est selon lui le premier super-héros de l’Histoire.

Ainsi, il reprend des scènes mythiques comme l’évasion de Fantômas après qu’on lui ait tranché la tête ou la fameuse scène des barriques sur les quais de Seine ! Sans toutefois s’interdire de tordre le canevas des romans existants : ainsi, la rencontre entre Juve et Fandor prend une toute autre dimension, car la mère du jeune journaliste va jouer un rôle important dans cette nouvelle adaptation en bande dessinée. Pour les mêmes raisons, le récit ne fait pas mention d’Hélène, l’éternelle fiancée de Fandor ! Peu développé, le journaliste passe d’ailleurs pour un coureur de jupon invétéré.

"La colère de Fantômas" : une adaptation sombre et flamboyante
Paris, 1895 : la première rencontre entre Juve, Fantomas, alors que la mère de "Fandor" n’abandonne le jeune garçon aux bonnes grâces du policier
Un troisième tome, dotée d’un couverture surréaliste. L’action prend le pas, accélérant le rythme de lecture, mais le final est grandiose !

Par contre, les sbires de Fantômas sont incontournables, car ils représentent à eux-seuls cet esprit apache et violent qui fascinait tant les lecteurs. On retrouve donc Bouzille, la mère Toulouche et les autres. Cette focalisation sur le côté sombre de la série est pleinement assumée par les auteurs. Alors que les romans laissaient Fantômas dans l’ombre, tisser les fils de son machiavélique forfait avant que ne tombe le rideau, cette adaptation en bande dessinée le place au centre du récit. Peu de pages où il n’intervient pas directement ou indirectement, ce qui permet de donner un rythme trépidant à l’ensemble.

Une modernité affichée, du découpage au dessin

En effet, si La Colère de Fantômas adapte des romans de plus d’un siècle n’ayant pas aussi bien vieilli que d’autres, ces trois bandes dessinées sont résolument modernes ! En plus de quelques allusions à de films policiers (dont L’Arme Fatale), le découpage est extrêmement tonique, et emprunte au comics. Les scènes de denses discussions se succèdent à d’autres muettes, lorsque ce ne sont pas de pleines pages qui posent l’atmosphère de plus en plus pesante.

Adapter par le dessin un héros négatif qui n’a pas de visage, et qui change en permanence de déguisment, tel est le défi réussi par Olivier Bocquet et Julie Rocheleau

Le dessin de Julie Rocheleau est bien entendu l’autre incroyable gage de réussite de cette série. Multipliant les outils, elle se fond dans les époques et les différents climats du scénario, afin de renforcer les climax et d’évoquer au mieux l’esprit du moment. Tour-à-tour posée ou sans dessus-dessous, chacune de ses cases est réfléchie et apporte du sens au récit.

Malgré une bagarre finale grandiloquente, le mythe de Fantômas sort extraordinairement grandi de cette aventure éditoriale. Si l’on peut regretter que le méchant personnage principal se dévoile si peu, c’est justement pour que, fidèle aux romans, il se permette un incroyable moment de confession au moment où l’on s’y attend le moins.

Intense, parfois drôle ou émouvante, mais surtout remplie de suspense et d’une sombre noirceur, La Colère de Fantômas est une grande réussite. Les fans des romans se délecteront, pour peu qu’ils acceptent qu’on joue un peu avec les codes de la série. Et les novices seront séduits en quelques pages par son dessin énergétique s’ils prennent la peine de dépasser ce bref aperçu hors-norme. On espère un second cycle !

(par Charles-Louis Detournay)

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