La série Alix tourne le dos à « L’École de Bruxelles »

14 février 2019 6 commentaires
  • Voici une curieuse collection dérivée de la fameuse série créée par Jacques Martin, mais qui remplit cependant parfaitement sa mission : donner goût à l’histoire. Un produit éditorial qui indique une stratégie éditoriale mondialisée de plus en plus commune chez les éditeurs disposant d’un fonds classique important.

Alix Origines : L’Enfance d’un Gaulois, par Marc Bourgne et Laurent Libessart (Ed. Casterman.), série dérivée de l’œuvre de Jacques Martin, en étonnera plus d’un. D’abord parce que l’enfance du jeune Gallo-Romain créé en 1948 tourne résolument le dos au style de « L’École de Bruxelles », un vocable inventé par le créateur d’Alix pour désigner ce courant de dessin qui dérive de l’œuvre d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs, que l’on désigne parfois sous celui de « Ligne claire ». Il se caractérise par un trait réaliste, ultra-documenté, et une narration inscrite dans un gaufrier serré où le texte est omniprésent, notamment au travers de narratifs extrêmement descriptifs.

« Alix Origines », au titre très anglo-saxon, ne suit pas cette voie. Les récitatifs sont quasiment absents, ce sont les dialogues qui priment, les pages sont peu denses (six cases en moyenne) et le graphisme est davantage proche des productions actuelles de Disney et des mangas japonais que les standards un peu maniéristes de la production Martin de ces dernières années.

Et le résultat est plutôt réussi : le scénario de Marc Bourgne ne souffre d’aucun temps mort, il est cohérent et le lecteur est immédiatement pris de sympathie pour le jeune Alix, fils d’Astorix, un chef des Eduens venu chercher auprès de Jules César un soutien face aux invasions successives de la Gaule par des Celtes venus de Germanie.

La série Alix tourne le dos à « L'École de Bruxelles »
Alix Origines : L’Enfance d’un Gaulois – Par Marc Bourgne, Laurent Libessart et Jacques Martin
© Ed. Casterman.

On y décrit très bien les enjeux stratégiques du moment : les tribus gauloises doivent choisir leur protectorat entre les farouches Helvètes qui avaient flanqué plus d’une fois une dérouillée aux légions romaines et la république romaine commençant à bâtir son empire. Pas une faute historique dans cet album : tout est étayé par des appuis sérieux, un peu comme l’autre série dérivée d’Alix : Alix Senator.

On voit bien les objectifs visés : rendre la « licence » plus jeune, plus internationale, davantage adaptable sur d’autres supports (cinéma, jeux vidéo…) tout en conservant les qualités de la série Alix  : un commentaire sérieux, passionnant et documenté, de la Gaule au moment de l’invasion romaine qui peut éventuellement servir de support didactique pour éveiller l’intérêt pour l’histoire de l’antiquité auprès des plus jeunes.

Alix Origines : L’Enfance d’un Gaulois – Par Marc Bourgne, Laurent Libessart et Jacques Martin
© Ed. Casterman.

Une mondialisation de la BD franco-belge

Reste que cette nouvelle série montre bien une tendance profonde de la bande dessinée franco-belge de ces dernières années : une concentration sur des marques fortes, transgénérationnelles, si possible « propriétaires », c’est-à-dire appartenant à l’éditeur, disposant d’un catalogue important.

C’est le cas désormais de séries comme Astérix, Blake et Mortimer, Lucky Luke, Thorgal, Boule & Bill, ou Spirou. Mais rares sont les sauts esthétiques qui tournent le dos de façon radicale au canon originel. On se souvient des cris d’orfraies qu’avaient suscité le manga Spirou de Jean-David Morvan et d’Oshiima, ou même les critiques essuyées par le Spirou de Morvan et Munuera. Ils avaient entraîné l’arrêt brutal de ces séries...

Il semble bien que ces conversions sont de moins en moins complexées, obéissant davantage à la loi du marché qu’à ces "emmerdeurs" d’ayants droits. De là à imaginer un Tintin avec des grands yeux dialoguant avec des petits hommes verts aux confins de la galaxie, il n’y a qu’un pas…

Alix Origines : L’Enfance d’un Gaulois – Par Marc Bourgne, Laurent Libessart et Jacques Martin
© Ed. Casterman.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Alix Origines : L’Enfance d’un Gaulois – Par Marc Bourgne, Laurent Libessart et Jacques Martin – Ed. Casterman.

 
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6 Messages :
  • Le premier réflexe est de se dire : "Noon, ils ont osé !"
    Commentaire sans doute un peu facile, et certainement trop attendu...
    Alors après tout, pourquoi pas ? Si cela permet de faire venir de nouveaux lecteurs vers la série mère.
    Jacques Martin n’aurait peut-être pas cautionné cela, mais il ne vivait pas à la même époque... On ne doit sans doute pas s’enfermer dans les schémas qui ne finissent plus qu’à parler aux gens qui ont déjà un pied dans la tombe.

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    • Répondu par CHRIS le 17 février 2019 à  21:11 :

      … les schémas qui ne finissent plus qu’à parler
      aux gens qui ont déjà un pied dans la tombe.

      La « grande faucheuse » ne fait pas le distinguo des générations et des époques,
      elle est plus éclectique dans ses choix !
      Je ne suis pas fan de Alix, mais je peux tout à fait comprendre que quelques fidèles lecteurs de Jacques Martin peuvent être heurtés de cette refonte pour prépubères.

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      • Répondu par Norbert le 18 février 2019 à  10:49 :

        je peux tout à fait comprendre que quelques fidèles lecteurs de Jacques Martin peuvent être heurtés de cette refonte pour prépubères.

        Si vous lisez entre les lignes, vous aurez compris que je me range plutôt dans cette catégorie, bien que n’étant pas non plus un "fidèle’ de Jacques Martin. Seuls quelques albums ont retenu mon attention, pour dire la vérité. Ceci explique peut-être mon indulgence envers une certaine forme de modernité (dont la valeur peut toujours se discuter).

        Après, personne ne nous oblige à acheter ce préquel.
        Je pense juste que c’est une façon d’attirer de nouveaux lecteurs qui iront peut-être ensuite vers la série mère.

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        • Répondu le 21 février 2019 à  17:46 :

          … C’est cadré merchandising pour faciliter l’adaptation visuelle les produits dérivés
          sous toutes ses formes, figurines, jeux video, animations, jouets, boites à fromage,
          parcs d’attractions, cinema etc, etc…
          Ces BD sont orientées comme de simples prospectus de boîte aux lettres…
          Disney, Marvel/DC, StarWars, etc…
          C’est de la campagne de pub (de Prisunic) pour générer de la licence s’adressant
          aux enfants (prescripteurs).
          C’est devenu le sport favoris du marketing éditorial !!

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  • La série Alix tourne le dos à « L’École de Bruxelles »
    18 février 2019 17:40, par Sam Switch

    Laurent Libessart reprend Alix pendant qu’aux Etats-Unis, c’est Tom Scioli qui reprend la franchise Go-Bots.

    Je lance un appel solennel à Casterman et IDW pour que ces deux auteurs s’échangent leurs franchises le temps d’un album/tradepaperback.

    Si cette remarque vous paraît basée sur du rien, visitez un peu le deviantart de M. Libessart.

    Quand à Scioli sur Alix, ça nous donnerait un Alix kirbyen, ce qui, après tout, n’est pas si bête.

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  • la clarté du dessin / cette vue du village qui fait rever
    alix la serie mere c est un livre dessiné . un documentaire qui bien que passionnant n est pas ce qu on lit le plus souvent comme une bd
    le remake modifié est plus facile a lire / je suis du genre feignant - on a dessine pour moi le decor autour de l ecriture et c est le principe de toute bd - sinon je lirais un roman en ecritures sans dessin , mais la ce ne serait plus de la detente (c est une opinion perso) /la une bd surchargee de textes ,a lire, cela devient ,pour moi , une contrainte
    alix version jeunes c est bien , je trouve

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