Le passionnant retour de Miracleman

9 juin 2014 4 commentaires
  • L'éditeur Marvel a récemment mis la main sur les droits d'édition d'une ancienne et obscure série anglaise, {Miracleman}. Cousin pas si éloigné du personnage de Captain Marvel (Shazam) de l'écurie de personnages de DC Comics, le super-héros britannique Miracleman voit désormais ses aventures être rééditées dans une version restaurée. Panini nous propose cette réédition dans un rythme de parution quasi-simultané avec les États-Unis. Kimota !

Miracleman est un personnage qui est né à une époque où l’on faisait peu de cas de la propriété intellectuelle sur l’autel de l’édition. Comme nous l’apprend le recueil, un éditeur britannique voulait dans les années 1950 continuer à vendre des Comics auprès des jeunes du pays, et ce malgré la faillite de l’éditeur américain Fawcett qui lui proposait les très populaires aventures du super-héros Captain Marvel. L’éditeur a donc demandé au scénariste Mick Anglo de lui créer une série ayant pour héros un personnage similaire. Miracleman entre ainsi en scène en 1954.

Le passionnant retour de Miracleman
Miracleman en action dans les années 1950.
© Marvel - Panini Comics

Ce recueil ne propose pas les épisodes de la première série Miracleman qui a débuté dans les années 1950, mais les épisodes de son second lancement en 1982 (la série ayant cessé de paraître en 1965). Les années 1980, les Comics et les auteurs britanniques à succès, c’est une longue histoire qui a laissé de si belles traces de part et d’autre de l’Atlantique... Miracleman s’inscrit dans ce phénomène de « l’invasion britannique », une époque où les auteurs du Royaume-Uni se mettent à produire à la chaîne des œuvres majeures qui s’imposent à celles de leurs homologues américains (citons par exemple l’œuvre d’Alan MooreWatchmen, V pour Vendetta – ou celle de Chris Claremont, le père de l’époque moderne des Uncanny X-Men).

Le propos de Miracleman est étonnamment moderne pour les Comics, et ce, même si plus de trente ans nous séparent de ces aventures. En effet, les différents auteurs nous proposent une vision très pragmatique de la vie des super-héros et des règles qu’ils ont instaurées.

Miracleman est, comme son modèle Captain Marvel (Shazam), l’alter-ego d’un humain ordinaire, Michael Moran. Si ce dernier prononce le mot-clé : « Kimota », il laisse place dans notre réalité à Miracleman, le super-héros à la force atomique quasi-divine. La série part sur ce postulat pour expliquer l’absence du personnage entre 1965 et 1982 : que se passerait-il pour Miracleman si Michael Moran oubliait son avatar super-héroïque et quen conséquence, ’il ne prononçait ainsi plus pendant près de vingt ans le mot magique ?

À l’occasion d’une prise d’otages dans une centrale nucléaire, Miracleman revient à la vie en 1982.
© Marvel - Panini Comics

La dualité entre Miracleman et Michael Moran est passionnante à suivre, tant les auteurs savent trouver et exploiter les failles de ce postulat où deux personnes partagent une même existence. Par exemple, la femme de Michael est dans une situation très compliquée où elle doit composer avec un mari qui perd sa confiance devant les prouesses et la perfection que représente Miracleman, mais aussi avec un super-héros qui prend une place importante dans leur couple alors qu’il ne fait qu’un avec son époux. L’histoire prend d’ailleurs une tournure inattendue à ce niveau et nous vous invitons à la découvrir.

Miracleman est aussi un récit qui s’intéresse à la genèse des super-héros et à leur place dans la société. Quoi de mieux qu’une époque pleine de crainte comme celle de la fin de la Guerre froide pour proposer à lire les théories des plus farfelues et des plus intrigantes ? C’est avec talent que la série nous invite à contextualiser de tels personnages dans un temps marqué par les tensions et la peur. Miracleman et ses comparses se retrouvent ainsi projetés dans des machinations qui touchent à leur essence même et qui donnent un regard nouveau sur les règles qui les caractérisent.

Existerait-il beaucoup d’autres super-héros créés par les Britanniques durant la Guerre froide ?
© Marvel - Panini Comics

Que serait un recueil de super-héros si nous n’avions pas d’action à se mettre sous la dent ? Ces aventures de Miracleman proposent des moments intéressants à suivre à ce niveau, parfois très violents sur le plan graphique. Il est à relever par ailleurs que les illustrations de ce recueil sont du plus bel effet et valorisent la belle intrigue qui est narrée (on retrouve ainsi par exemple le dessinateur Alan Davis qui fera les beaux jours de nombreuses séries majeures de l’autre côté de l’Atlantique les années suivantes).

Miracleman est une série très intéressante à découvrir : elle dégage des idées qui continuent de faire force quelques décennies après leur parution. Le sort de ce super-héros britannique et de ses comparses est absolument passionnant à suivre. De plus, on peut retrouver dans ce recueil une série annexe de science-fiction cosmique qui a suivi dans les années 1980 la parution de Miracleman : là encore, le charme opère malgré les décennies pour peu que l’on soit réceptif au genre. Miracleman se place en tout cas comme une bonne pioche du catalogue Panini Comics du moment.

(par Romuald LEFEBVRE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Miracleman, Tome 1 : Un Rêve éthéré – Collectif (trad. Makma/Mathieu Auverdin) – Panini Comics

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4 Messages :
  • Le passionnant retour de Miracleman
    9 juin 2014 11:36, par Frencho-id

    C’est pour jouer le jeu que vous ne citez Alan Moore qu’incidemment ?

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    • Répondu par Michel Dartay le 9 juin 2014 à  14:40 :

      Il s’agit modestement de la reprise des épisodes écrits par Moore à partir de 1982, pour le magazine noir et blanc Warrior, puis repris par Eclypse comics. Alan Moore est susceptible comme on sait, il semble que ce soit lui qui ait insisté pour que son nom n’apparaisse pas dans ce volume. Plus d’infos sur le lien suivant : http://www.mdcu-comics.fr/news-0014210-panini-comics-miracleman-arrive-chez-panini.html

      Il s’agit d’une oeuvre importante,longtemps rendue indisponible pour cause de procès. Moore l’a écrit en même temps que V for Vendetta. Il prend un vieux personnage populaire du passé et le redéfinit totalement, comme il le fera peu de temps après pour Swamp Thing ou Watchmen (composé à la base des super-héros Charlton).

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      • Répondu par Prof le 10 juin 2014 à  17:21 :

        Certes, mais que ce soit Alan Moore qui refuse de voir son nom sur la couverture ou qu’il s’agisse d’une question de droits, cela n’empêche pas de le citer parmi les auteurs de cette reprise (très réussi, par ailleurs).

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        • Répondu par Michel Dartay le 10 juin 2014 à  19:18 :

          Le fait que le nom de Moore ne figure pas sur l’album ne doit pas empêcher chroniqueurs et libraires de le mentionner. Pour tout ce qu’il a écrit au cours des années quatre-vingt (et il a beaucoup écrit dans cette décennie !), le nom d’Alan Moore est sinonime de qualité et mérite donc d’être mis en avant.

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