Le prodigieux athlète - Par Samuel Guillet - La Cinquième Couche

4 novembre 2008 0
  • Divisée par ses chefs de bandes, une grande ville rejette l'autorité centrale pour créer des mini-états. Un conte cynique et caricatural de nos sociétés attisées par le profit rapide. Le tout est servi par un dessin noir et blanc particulier et intéressant.

Les aventures rocambolesques d’un justicier masqué à travers une ville que se partagent les gangs. Les chefs de bande ont rassemblé les voyous et les basses couches de la société pour créer des états indépendants sur lesquels ils règneront sans partage.
Leurs manœuvres visent à déposséder la ville et son chef de la police des clubs de jeux d’argent, pour mieux asseoir leur pouvoir. Mais rapidement, des dissensions se créent , alimentées par l’ancien pouvoir central, entre les bandes. Comment rétablir l’équilibre ?

Le prodigieux athlète - Par Samuel Guillet - La Cinquième Couche

En présentant la métaphore de cette cité-état partagée entre ses anciens héros détachés du peuple et des arrivistes démagos, le prodigieux athlète est une fable cynique et dérangeante. On situe mal de quel côté on doit vraiment placer le bon droit, et l’intervention (malheureusement un peu tardive) de cet héros bondissant ne donne pas plus d’éléments de repères. C’est bien là qu’il faut situer l’intérêt de l’œuvre : une recherche constante de sauveurs pour la population n’est pas toujours le meilleur moyen pour se garantir d’une vie prospère, et le rejet, voire la haine pour son voisin, peut provoquer la perte de tous les partis.

Côté dessin, le noir et blanc de Samuel Guillet est hypnotisant ! En présentant une majorité de planche sans case, et où le regard louvoie entre les bulles, il casse certains codes de la bande dessinée, pour en détourner d’autres à son avantage. Les personnages tiennent plus de la caricature, et les représentations immobilières lorgnent vers d’anciennes gravures, ce qui perturbe encore le jugement : on ne sait plus si le conte est ancien ou actuel, s’il faut en tirer une leçon du passé ou s’il s’agit là d’un avertissement. La multitude des personnages principaux (une quinzaine) et les traits similaires ne facilitent malheureusement pas leur distinction, ce qui casse souvent la lecture de ce pavé parfois un peu long (115 pages).

Fable agressive du capitalisme sauvage et de l’autocratie plébiscitée, ce nouveau conte de la Cinquième Couche est aussi intéressant graphiquement que scénaristiquement. Il faut pourtant passer outre ses quelques défauts pour prolonger la lecture et aborder le fond du problème.

(par Charles-Louis Detournay)

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Les illustrations sont © la Cinquième Couche.

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