Les géants du manga Shueisha et Shogakukan mettent le pied en Europe

31 août 2009 3 commentaires
  • Avec l’acquisition des éditeurs de DVD de dessins animés Kaze (France) et Anime Virtual (Allemagne), les géants du manga Shueisha et Shogakukan se rapprochent de plus en plus d’une exploitation directe de leurs mangas en Europe.

Ce sont les plus grands éditeurs de bande dessinée du monde. Ils pèsent en chiffre d’affaire probablement plus de vingt fois celui du groupe Média-Participations ou de Panini, les acteurs les plus puissants de la bande dessinée en Europe. Ils possèdent en outre les licences de bande dessinée les plus profitables du monde. S’ils viennent de racheter les principaux acteurs de la diffusion des manganimes en Europe, la plupart des observateurs pensent que l’édition des mangas devrait suivre, ce qui apporterait un nouvel acteur de l’édition en France avec en prime, fait inédit, une implantation directe d’un éditeur japonais dans notre pays. Cela dit, jusqu’ici, les intéressés ont toujours démenti…

Shogakukan est la plus ancienne des entités composant le groupe. Elle a été créée en 1922. C’est un éditeur de magazines, de dictionnaires, de livres, de bandes dessinées et de DVD d’animation. Parmi ses licences les plus connues, on compte Detective Conan, Ranma ½, Ping Pong, Monster…

Cette société est à l’origine de la fondation de Shueisha, créée en 1926. Elle aussi édite des magazines (près de 40) dans tous les styles mais surtout des mangas. Son navire amiral est Shônen Jump qui imprime près de 3 millions d’exemplaires par semaine au Japon. Parmi ses licences les plus connues, on compte One Piece, Naruto, Dragon Ball, Death Note

Shueisha créa en 1973 Hakushensha, principal éditeur de Shôjo Manga du Japon.

Bien qu’indépendantes, ces trois sociétés sont liées dans une holding, la Hitotsubashi Group.

Ensemble, elles investissent en 2002 dans la société Viz Comics aux États-Unis qui y publie des mangas depuis 1986, tout en continuant à céder des licences à DC Comics ou à Tokyopop. Cette activité fut fusionnée en 1984 avec ShoPro Entertainment, une filiale de Shogakukan qui exploitait les activités audiovisuelles dérivées de leurs licences. Depuis 2008, un accord avec Warner Home Video favorise la distribution de leurs produits DVD et musicaux sur le marché américain.

Les géants du manga Shueisha et Shogakukan mettent le pied en Europe
En venant fêter les 40 ans de Shonen Jump à Japan Expo l’année dernière, les géants du manga avaient une idée derrière la tête
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Des acteurs européens leaders sur leurs marchés

Kaze est une société d’édition de Japanime créée en 1994 par Cédric Littardi. En quinze ans, elle est arrivée à se donner une position enviable dans le domaine de l’édition de DVD, mais aussi de musique (Wasabi Records), dans les nouveaux médias, dans l’édition (Asuka, acquise l’année dernière), non seulement en France et en francophonie, mais aussi en Italie, en Hollande ou en Pologne.

Créée en 1995, Anime Virtual est une société allemande qui a à peu près le même profil. Principal éditeur de Japanime en langue allemande, cette société ajoute à ses activités de la production musicale et de films. Très implantée en Scandinavie et en Europe de l’Est, cette société est aussi en pointe dans l’exploitation de ces produits dans des circuits aussi bien traditionnels (librairies, grandes surfaces) que virtuels avec notamment la création d’une solide activité dans la Video On Demand.

On n’est pas plus étonné que Kaze qui cherchait un partenaire de développement depuis deux ans ait fait alliance avec celui qui est en définitive son premier fournisseur de licences, et l’un des plus profitables. De même, nous ne sommes pas surpris par ce développement de Viz Europe qui, en dépit des dénégations diverses, avance ses pions en Europe depuis maintenant deux ans.

Benoit de Tauriac, responsable de Citel/Kana Video qui avait raflé deux Japan Expo Awards en juillet dernier a du souci à se faire...
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

La plupart des éditeurs de mangas de l’hexagone ne s’interrogent plus de savoir SI Shueisha et Shogakukan vont créer une activité en France, mais plutôt QUAND et COMMENT ils vont le faire. Les cartes restent ouvertes : des licences importantes continuent à être accordées aux éditeurs historiques Kana, Glénat ou Delcourt. Peut-être s’oriente-t-on vers un schéma à la Disney ou à la Harlequin, à savoir un joint-venture entre ces géants et un opérateur de distribution puissant en France comme Hachette, Média-Participations ou Editis dans laquelle l’édition et le marketing resteraient la prérogative des Japonais et la commercialisation celle des Français.

Toujours est-il que ceci va influencer substantiellement le marché francophone en augmentant l’efficacité de pénétration des mangas dans nos contrées, avec une meilleure coordination en leur diffusion sur les différents médias (télé, portables, etc.) et la commercialisation de leurs produits dérivés dont les mangas font partie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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3 Messages :
  • Euh... En rachetant Kaze ils rachètent aussi les éditions Asuka car Kaze en était propriétaires...

    Donc il n’y a plus à ce demander comment, on le sait...

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    • Répondu par José Jover le 31 août 2009 à  17:04 :

      Et bien voilà... ça devait arriver inévitablement. A mon sens, vu la progression exponentielle sur les 10 dernières années du manga en France (entre 2000 et 2005 il y a eu une progression des ventes de mangas en France de plus de 150 % ! par exemple), il n’y a pas que ce monsieur winner de prix manga, qui a du mouron à se faire... TOUS les éditeurs aussi, notamment et surtout les "petits-moyens" ! (regardez et comparez les chiffres de productions du marché BD manga sur ces années-là par rapport au chiffre de production de la BD "Franco-Belge" - appellation générique non contrôlée - et vous verrez la différence... de mémoire on est passé environ de 10 % à plus de 40 % du marché BD global : 17 millions de mangas vendus en france en 2008 ! de mémoire...). Le manga n’est pas une mode depuis longtemps mais bien une Culture, c’est indéniable... le danger c’est son côté "ultra fans ultra exclusifs" de la part des lecteurs qui n’aiment que ça, je crains bien... là aussi les chiffres des visiteurs de Manga expo ou de Japan expo sont très parlants. Au dernier Manga expo il y a eu 164 000 visiteurs contre 130 000 l’année dernière ? (toujours de mémoire). Alors quoi ? alors les éditeurs "d’origines" viennent prendre le marché en France, directement. Le débat reste ouvert.

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  • A quand des mangas Cambodgiens sur le marché ?

    Voir en ligne : Sothea du Cambodge

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