Les planches érotiques ont trouvé leur écrin

28 novembre 2015 0 commentaire
  • Vincent Bernière, l'érudit du porno chic, revient avec une nouvelle anthologie du meilleur de la bande dessinée érotique, focalisée cette fois sur la composition des planches et l'art de susciter le désir : de quoi découvrir quelques pans méconnus, ou savourer les grands maîtres par un chemin détourné.

Vincent Bernière, éditeur de la collection Erotix chez Delcourt, est aussi l’auteur d’une remarquable Anthologie de la bande dessinée érotique lorsqu’il ne réalise pas les numéros spéciaux de Beaux-Arts Magazine traitant de la bande dessinée érotique.

Il nous revient avec un nouvel ouvrage présentant autrement les chefs d’œuvre d’un genre parfois considéré comme une bande dessinée de bas étage dans un monde où les illustrés étaient justement destinés aux enfants. Pourtant, cette sélection de planches fait la part belle à l’apport artistique et réserve bien des surprises aux néophytes.

Les planches érotiques ont trouvé leur écrin

Un regard artistique et analytique

Par rapport à sa précédente anthologie, Bernière ne propose plus un réel extrait de chacun des albums choisis, mais bien une seule page, dans l’esprit de bien détailler le graphisme de l’auteur, ses sujets de prédilection et surtout la composition de sa planche. En vis-à-vis de chaque planche, on retrouve une brève présentation de l’auteur et son travail, mais surtout l’analyse de la planche elle-même, ce qui en représente l’attrait pour Vincent Bernière. D’autres documents plus artistiques contextualisent également le sujet de la création, tels que des peintures, images de cinéma, etc.

Fait rare pour être signalé, Bernière souligne quelques éléments dans son texte afin d’attirer le regard du lecteur, et de lui permettre de faire l’aller-retour jusqu’à la planche en vis-à-vis pour comprendre son propos, avant revenir aisément à ce point de repère pour prolonger sa lecture. Une réelle innovation dans le traitement du propos, ce qui justifie pleinement sa publication au sein de Beaux Arts éditions.

De Forest, Cuvelier, Peelleart & Crepax à...Joann Sfar !

Parmi ces cent planches, on retrouve les grands maîtres qui émaillaient déjà les précédents ouvrages de Bernière : Horacio Altuna, Liberatore, Guido Crepax, Magnus, Paul Gillon, G. Lévis, Nik Guerra, Paolo Serpieri, Jordi Bernet, Von Götha, Leone Frollo, Alex Varenne, Georges Pichard, Cavell, etc. Sans surprise, c’est Milo Manara (de nouveau à la couverture) qui remporte la palme des planches étudiées avec sept extraits : du réputé Déclic à des histoires courtes moins connues tels que Rendez-vous fatal.

Plus inattendu, même si c’était déjà le cas dans le numéro HS de Beaux-Arts Magazine de 2014, on note la présence de Ruppert & Mulot ainsi que Frédéric Boilet. Bernière ne se limite donc pas aux auteurs qui ne s’adonnent qu’à la bande dessinée érotique, parvenant ainsi à rassembler les genres, là où les puristes voudraient justement marquer une frontière. On retrouve ainsi une planche de Berthet (Pin Up), Sfar, Carlos Giménez, Killoffer, Loustal, ou encore Jean-Pierre Gibrat avec sa Pinocchia. Sans oublier une planche de Moebius issue du Cœur Couronné, même si l’on eut préféré un exemple du démonstratif de son art, telle que La Tarte aux pommes. Heureusement, Bernière a illustré Griffes d’Ange dans les images jouxtant son texte, accompagnés d’autres exemples plus méconnus, ce qui démontre sa large connaissance du neuvième art.

Petit bémol, l’auteur intitule chaque double-page du nom du livre dont est issue la planche concernée... mais pas toujours ! Parfois, il s’agit du titre de l’album (l’original ou le second), parfois le nom de la série... voire lu titre du chapitre lui-même. Si les fins connaisseurs auront donc l’œil attiré pour confirmer leurs premières impressions, cela devrait chambouler le lecteur lambda, qui aura du mal à mémoriser les styles qui lui ont plu. De plus, comme ces titres aux références aléatoires sont classés par ordre alphabétique, difficile de retrouver un extrait à partir de la table des matières !

Peinture, mobilier, cinéma : Bernière contextualise les créations des dessinateurs

Les omniprésents... et les absents !

La difficulté de l’exercice se ressent à chaque choix : comment résumer le travail d’un auteur en une (ou plusieurs planches) ? Bernière s’est donc focalisé sur la composition de celle-ci, et la particularité qu’elle peut représenter par rapport aux autres choix et aux autres auteurs.

Comme dans toute sélection, chaque lecteur trouvera que des auteurs n’auraient pas dû s’y retrouver, ou manquent tout simplement. Dans son introduction, Bernière explique par exemple que Corben et Gotlib ne désiraient pas qu’on exhibe une de leurs planches en dehors de leurs contextes narratifs. Mais on s’étonne tout de même de l’absence de Chris, Murzeau, Xavier Duvet, Foxer, Hopper, Coq, Mancini et Dany !

Qu’importe ! N’est-ce pas le but d’une sélection ? D’être subjective dans ses choix, et limitée par le nombre ? Avec un format imposant qui permet de se plonger dans les détails des cases, cette nouvelle sélection continue d’apporter des lettres de noblesses à une catégorie de la bande dessinée que l’on ne cesse de redécouvrir à plaisir : à conseiller aux amateurs autant qu’aux néophytes !

(par Charles-Louis Detournay)

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