Liverfool - Par Gihef et Vanders - Editions Proust

27 avril 2013 1 commentaire
  • "En vérité, si nous avons bien passé trois jours à Liverpool à glaner de la documentation, nous n’avons jamais rencontré Allan Williams"...

À l’heure où le mensonge et la rédemption occupent souvent la première place dans l’actualité, les auteurs de Liverfool n’hésitent pas à annoncer la couleur ! Leur album sous-titré « histoire vraie du premier manager des Beatles » n’est pas un document, mais une fiction. Un récit certes fortement documenté, mais une fiction tout de même !

Un groupe de touristes en visite à Liverpool va, au gré d’une rencontre avec un vieil homme, découvrir une face méconnue du plus grand groupe de rock. C’est son récit que nous allons suivre au rythme de ses révélations. D’abord incrédules puis troublés par la vraisemblance (mais pas forcément la vérité) avec le quatuor chevelu de cette histoire, les touristes et le lecteur s’interrogent : et si c’était vrai ?

Ou plutôt : si cet Allan William n’était qu’un charlatan de plus comme il en gravite tant autour des stars ou des lieux emblématiques. Où s’agit-il plutôt d’un de ces personnages ayant vécu dans l’ombre de leur idole et victimes de son aventure démesurée ?

Liverfool - Par Gihef et Vanders - Editions Proust
Liverfool un voyage sans complaisance entre réalité et fiction.

On sait que l’histoire des Beatles a débuté à Liverpool, mais on ignore souvent que leurs débuts furent bien laborieux. De concerts dans des boîtes de strip-tease en bars minables des bas quartiers de Hambourg les Fab Four connurent des galères jusqu’à ce qu’un certain Williams (car ce personnage est bien réel !) leur mit le pied à l’étrier.

Modeste gérant de club des bords de la Mersey, l’homme va permettre au groupe de décoller au sein de son établissement « le Jacaranda », bien avant l’arrivée du célèbre manager Brian Epstein qui rafla la mise sans vergogne ni état d’âme. Trop pur ou trop naïf, Williams se retrouvera vite écarté de l’entourage du groupe.

Le récit apparemment fort bien documenté (les auteurs se sont rendus sur place davantage pour des repérages que pour une véritable enquête) rend bien l’ambiance « Liverpoolienne » contribuent à nous fait revivre de manière magistrale une époque révolue.

Racontée à la première personne, l’histoire de ce loser a quelque chose de touchant et de pathétique, offrant au lecteur un point de vue original et inédit sur les débuts du groupe. Derrière l’itinéraire plus ou moins vérifiable d’Allan Williams (qui a d’ailleurs raconté sa propre histoire dans un livre), ce sont les dessous de ce qu’on n’appelait pas encore le showbizness qui nous est décrit de l’intérieur. Derrière les futures stars on perçoit déjà des personnalités, des rivalités, une ambition de réussir au risque de sacrifier les premiers compagnons de route.

Réalité ou fiction ? Le travail de Gihef (Haute Sécurité, Dupuis – Les Enchaînés, Vent d’Ouest) et de son complice Damien Vanders (Welcome to Hope, Bamboo) ne peut laisser indifférent.

La retranscription de l’esprit originel est d’autant plus fidèle que la mise en couleurs renvoie à "l’imagerie de l’époque". Le recours au noir et blanc et au lavis fait penser à la télévision balbutiante, à la figure inquiétante des “blousons noirs”, à la qualité de la presse encore dépourvue de quadrichromie glacée, sans parler de la grisaille ennuyeuse du Liverpool de l’époque ! Un traitement graphique de ce reportage imaginaire qui le rend joliment crédible.

Souvenirs et nostalgie en noir et blanc pour ce retour aux sources du Rock.

En évitant les clichés traditionnels (Sex, drugs and Rock ‘n roll), les auteurs nous dévoilent un monde du rock à la naissance du genre.
Plus qu’une énième histoire des Beatles en BD, cet album, par son jeu trouble autour du vrai et du faux, restitue de fort belle manière l’esprit des sixties, bien avant qu’il ne devienne kitsch ou à la mode.

(par Patrice Gentilhomme)

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Illustrations : © Gihef & Vanders, Emmanuel Proust 2013

 
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1 Message :
  • je trouve le jugement sur Brian Epstein très expéditif : quand il signe le groupe en 1961, non seulement personne ne leur propose vraiment de se développer en dehors des petites salles de Liverpool, mais il se montre très règlo : il ne demande à être payé qu’en cas de bénéfices. Il n’a lésé personne, ni commis d’acte illégal. Et il n’était pas si bon businessman : sur les produits dérivés des Beatles, il a manqué de malice et le groupe a perdu beaucoup d’argent. Sa première et unique motivation, c’était l’amour de leur musique et le coup de foudre ressenti devant le charme du groupe (et surtout Lennon, il faut bien le dire). Faire passer Brian Epstein pour un avisé roublard fait partie des poncifs relayés encore de nos jours. C’est une totale contre-vérité. Avant les beatles, c’était un disquaire sérieux de Liverpool, rien de plus.

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