Oreillers de laque - Par Sugiura Hinako - Picquier Manga

5 septembre 2006 0 commentaire
  • Une plongée dans l'univers des anciennes courtisanes japonaises superbement mise en valeur par un graphisme inspiré des estampes d'Hokusai ou d'Utamaro.

De cet ensemble d’histoires courtes publiées par Sugiura Hinako entre 1981 et 1985, les plus fascinantes sont sans conteste la série de portraits de courtisanes (et, par ricochet, de leurs clients) parue en 1981 dans le magazine d’avant-garde Garo. La mangaka y adopte en effet un style graphique inspiré des estampes japonaises traditionnelles tout simplement somptueux.

On plonge avec d’autant plus de plaisir et une impression d’exotisme d’autant plus forte dans ces histoires délicates, à déguster lentement. De la maison la plus prestigieuse, qui accueille des fils de bonne famille, à la plus mal famée, fréquentée par des artisans aux moyens limités, on découvre ainsi le quotidien et le statut ambigu des courtisanes japonaises : à la fois amantes, confidentes, conseillères et exutoire, leur objectif reste de sortir de leur condition avant que leurs charmes ne se fanent. Soumises par nature, elles peuvent ainsi chercher à s’affirmer, et le jeu de pouvoirs qui les unit à leurs clients n’est pas le moins fascinant (ni le moins attristant) de cette exploration.

Sugiura Hinako, spécialiste de la culture populaire d’Edo (l’ancienne Tôkyô du XIXe siècle), fait preuve d’un art du récit remarquable et typiquement japonais, fondé sur l’esquisse et la rupture de ton. Les dialogues, dans lesquels une caresse peut toujours cacher un claquement de fouet, sont un miroir de l’âme redoutable pour tous ces personnages pris dans des fonctions sociales qui sont autant de prisons.

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

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