Paul Pope, Ed Brubaker et Darwyn Cooke triomphent aux Eisner Awards 2007

29 juillet 2007 0
  • La ComicCon de San Diego vient de fermer ses portes sur la cérémonie des Eisner Awards, la distinction la plus convoitée par les auteurs de BD Outre-Atlantique. En distinguant Paul Pope, Ed Brubaker et Darwyn Cook, le jury a choisi des artistes qui allient modernité et classicisme.
Paul Pope, Ed Brubaker et Darwyn Cooke triomphent aux Eisner Awards 2007
"Batman Year 100" de Paul Pope
Une version décoiffante de Batman. (c) DC Comics.

C’est une belle année pour Paul Pope, déjà détenteur d’un Eisner Award l’année dernière, il rafle cette année les distinctions pour la meilleure série courte et surtout celle du meilleur auteur complet (dessinateur et scénariste) de l’année. Cette consécration, il la doit à son ébouriffante interprétation de « Batman Year 100 » dans lequel, près de 20 ans après que Frank Miller lui ait fait subir un premier traitement de choc, et en intégrant l’influence d’Alan Moore (Pope décrit cette histoire comme « une réponse américaine à V pour Vendetta »), il imagine une mini-série de 200 pages où le Justicier de la nuit est créé non pas en 1939, mais 100 ans plus tard, en 2039. Cela donne une uchronie étonnante qui, si elle ne bouleverse pas les fondamentaux du mythe, est néanmoins caractéristique de l’art de Paul Pope, que les magnifiques couleurs de José Villarubia (injustement oublié dans les nominés cette année) renforcent encore dans l’expression d’une puissance graphique sans équivalent au sein de la nouvelle génération. Paul Pope qui avait été publié en France par Bethy et Vertige Graphic revient en force cet automne chez Dargaud avec, dans un premier temps, son chef-d’oeuvre Heavy Liquid, en attendant un inédit produit pour l’éditeur français qui sera mis en couleurs par José Villarubia.

"Criminal" de Ed Brubaker et Sean Philips
Editions Delcourt

Ed Brubaker est aussi une des valeurs montantes de la nouvelle génération, un scénariste qui se distingue par un sens aigu du suspense et de l’ambiance Hard Boiled. Il est honoré pour avoir produit la « meilleure série » mais surtout comme le « meilleur scénariste » de l’année 2007, en particulier pour son intervention sur Criminal (dessin : Sean Philips, aux éditions Delcourt). Déjà publié en France (on lui doit notamment L’automne, avec Jason Lutes, au Seuil), il est lui aussi un auteur capable de passer de la small press au mainstrean le plus commercial.

Le graphiste et dessinateur de BD canadien Darwyn Cooke, issu de l’animation, est un de ces autres wonder-boys de la nouvelle génération. Déjà vainqueur de trois Eisner Awards en 2005 pour la magnifique série La nouvelle frontière (Panini Comics), pour laquelle il rafle une distinction supplémentaire cette année, il se caractérise par un graphisme marqué au sceau des fifties, une élégance et une sophistication référentielle comparable à un Yves Chaland dans nos contrées. Son duo avec Brubaker (oui, le même que tout à l’heure) sur Catwoman (en France, chez Semic) dont il a complètement renouvelé le costume et le look, avait également été salué par des critiques laudatives. Il reçoit un nouvel Eisner Award pour son interprétation du… Spirit, avec Jeff Loeb au scénario, lequel fait une rencontre improbable avec Batman. Un Eisner Award pour le Spirit, Cooke ne pouvait imaginer meilleur compliment !

Un dessin du fabuleux Darwyn Cooke
(c) DC Comics

On notera aussi la distinction accordée à Fun Home d’Alison Bechdel (chez Denoël Graphic) (Meilleure œuvre documentaire), un chef-d’œuvre que nous n’avions pas manqué de vous signaler.

Intégrale Peanuts de Charlie Schultz (Fantagraphics)
Editée en france par Dargaud

Le prix du meilleur album étranger revient à Hemingway du dessinateur norvégien Jason (chez Carabas en France), le prix de la meilleure réédition (équivalent à notre « prix du patrimoine ») pour l’Intégrale des Peanuts (publiée en France chez Dargaud). Et enfin signalons le phénomène américain du moment : American Born Chinese de Gene Luen Yang aux éditions First Second, un album qui a raflé presque tous les prix disponibles aux États-Unis, du Reuben Award au Publisher’s Weekly Best Book of the Year. Impressionnant !

Quant aux nominés français, ils rentrent bredouilles cette année.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?