Planetary t.1- Ellis, Cassaday, Depuy - Semic

5 avril 2004 0 commentaire
  • Après un album sorti chez Soleil comprenant quatre numéros et dont aucune suite n'a vu le jour, c'est au tour de Semic d'entreprendre la publication de la magnifique série Planetary en nous proposant six épisodes. Derrière ce qui pourrait apparaître comme un comics de super-héros de plus se cache une formidable mise en abyme du genre.

Pourtant Planetary reste avant tout une formidable série d’aventures qui conte les enquêtes d’une équipe composée de trois membres : Elijah Snow, né le 1° janvier 1900 qui peut contrôler la température, Jakita Wagner, sorte d’Emma Peel post-moderne et Le Batteur, capable d’interagir directement avec toute sorte de machines. Le mystérieux quatrième homme de Planetary, celui qui fournit l’argent pourrait, lui, être n’importe qui (« de Bill Gates à Hitler »).

Les épisodes présentés ici vont mettre aux prises les trois héros avec des phénomènes paranormaux qui ne manqueront pas d’éveiller chez les amateurs du genre des réminiscences. On citera en vrac : un écrivain japonais fou, des monstres préhistoriques sur une île isolée, un policier fantôme et un mystérieux vaisseau spatial à la recherche d’un pilote.
La première histoire débute sans les usuelles origines des personnages (qui seront dévoilées aux fils des épisodes) et on y rencontre, cachés sous les montagnes des Adirondacks, un homme mal en point qui rappelle fortement le Doc Savage de l’âge d’or. Lorsque ce dernier conte son histoire d’envahisseurs venus d’un autre univers, on ne peut s’empêcher de penser à la façon dont Philip José Farmer a, il y a longtemps, joué avec les mêmes codes et les mêmes personnages issus de la culture pulp (Tarzan et Fu Manchu font partie de l’équipe du Doc dans Planetary). Les lecteurs de comics retiendront plutôt la structure de l’équipe d’envahisseurs qui est un décalque de la Justice League of America du silver age de la Bd américaine.

Par l’intermédiaire de cette association entre des héros venus de différentes époques et le décalage que leur confrontation instaure, Warren Ellis nous offre une intrigue à deux niveaux de lectures qui comblera les amateurs comme les spécialistes. Son ambition de créer des héros pour le troisième millénaire passe par un retour aux sources et une réapropriation de certains mythes en vue d’en faire émerger de nouveaux. Son but premier était de raconter l’histoire secrète de l’univers Wildstorm (label qui appartient maintenant à DC comics et sous lequel est publié Planetary aux Etats-Unis) mais la création qu’il nous livre dépasse le cercle de ses ambitions et embrasse tout un pan de la culture populaire (le mot n’est en aucune manière péjoratif) dans lequel nous baignons tous.

Il ne faut pas oublier de rendre justice à John Cassaday et à son imprégnation dans cette sub-culture qui lui permet de mettre en image les délires de son scénariste. Ses dessins sont soignés et assez subtils pour permettre au double sens de lecture de fonctionner à plein. Certaines scènes du troisième épisode sont, tant sur le plan narratif que purement graphique, à couper le souffle et il est pour un grande part dans le succès que la série rencontre aux Etats-Unis où le dix-neuvième épisode vient de sortir. Espérons que Semic fasse mieux son travail d’éditeur que Soleil et continue d’offrir aux lecteurs français la série, qui est, n’ayons pas peur de le dire, une des meilleures publiées aux Etats-Unis actuellement.

(par Laurent Queyssi)

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